L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


MILLERIOUX Louis, Marie, Joseph




Louis Millerioux est né le 13 février 1904 à Sainte-Gemme (Cher), où il habite au moment de son arrestation.
Il est cultivateur, fils de petits paysans de Sainte-Gemme.
« Il raconta dans « l'Émancipateur » du 4 août 1929, sous le nom de Jean d'Églantine, l'impression indélébile que lui laissa le départ en août 1914 des hommes, dont son père, en pleine période de travaux des champs. Dès l'âge de onze ans, il quitta l'école pour travailler dans les fermes comme domestique agricole, puis à la petite propriété familiale. » (Maitron).
En 1928, Louis Millerioux crée la cellule communiste de Sainte-Gemme dont il devient le secrétaire. Il est candidat au conseil général en 1931 (il n'obtient que 1,7 % des suffrages des électeurs inscrits). Il milite à la Confédération générale des paysans-travailleurs, participe activement à la propagande et à l'organisation de réunions publiques. « Il écrivit dans l'Émancipateur de nombreux articles sur la situation des paysans ». Louis Millerioux devenu secrétaire du rayon de Sancerre, est candidat au conseil d'arrondissement dans le canton de Vailly en 1934 et aux législatives de 1936 (il recueille 9,5 % des suffrages des inscrits). Il est candidat au conseil général en 1937 et délégué au congrès du Parti communiste (Arles 1937). «Millerioux demeura le dirigeant du Parti communiste dans le Sancerrois jusqu'à la guerre». (Maîtron).
Dès septembre 1940, on note des actions de Résistance dans le Cher : sabotages, manifestations pour les salaires durant l'hiver, grève à l'usine d'aviation SNAC. La police française perquisitionne son domicile (ainsi que ceux d’une dizaine d'autres militants) le 15 décembre 1940.
Louis Millerioux est arrêté vers 21 heures le 22 juin 1941 à Sainte-Gemme, par « un policier en civil et deux soldats allemands » (témoignage de sa mère), le même jour que Georges Rousseau (l’ancien maire communiste de Vierzon), Lucien Michel, Isidore Thiais, Joseph Germain et Magloire Faiteau (qui seront avec lui déportés dans le convoi du 6 juillet 1942).
Le 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique, sous le nom de code «Aktion Theodorich», les Allemands arrêtent plus de mille communistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police française. 
D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy (ici prisons de Vierzon, de Bourges), ils sont internés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht et qui ce jour là devient un camp de détention des “ennemis actifs du Reich”. 
Louis Millerioux est détenu à la prison de la place de la Mairie à Vierzon, puis à celle de Bourges ("le Bordiot"). Il est interné au camp de Royallieu à Compiègne le 27 juin 1941.
Le nom de Louis Millerioux figure avec celui de 43 autres militants sur une liste de communistes de la région militaire susceptibles d’être choisis comme otages. Parmi ces militants 6 d’entre eux seront déportés à Auschwitz avec lui :  Faiteau Magloire, Germain Joseph, Michel Lucien, Rousseau Georges , Thiais Isidore , Kaiser (Keyser) Albert et son fils Jacques (condamné à un an de prison). Cette liste a été établie après un attentat « auf der Frontbuchland in Chartres » (contre une librairie militaire de Chartres). Elle est datée du 24 octobre 1941 à Bourges (In document XLIV- 66, document du 22 avril 1942. Source CDJC. Echange de correspondances, datées du 04/09/1941 au 29/12/1941, entre la Feldkommandantur 668 de Bourges et l'état-major du chef du district militaire A à Saint-Germain-en-Laye, sur la finalisation (compléter par informations...) de la liste de 44 otages (tampon "Militärverwaltungsbezirk A" (district A de l'administration militaire allemande en France) tampon "Geheim" (confidentiel).
Depuis le camp de Compiègne, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Louis Millerioux est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
On ignore le numéro d’immatriculation de Louis Millerioux à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Louis Millerioux meurt à Auschwitz le 26 août 1942 d’après le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz, Tome 3 page 815). Sa fiche d'état civil établie en France à la Libération porte la mention «décédé le 1er septembre 1942 à Auschwitz (Pologne)». Il est regrettable que le ministère, à l'occasion de l'inscription de la mention "mort en déportation" sur son acte de décès (JO du 21 décembre 1995), n'ait pas corrigé cette date, alors que l’ouvrage qui publie les relevés de l’état civil d’Auschwitz est paru en 1995. Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz

Son nom est inscrit sur le monument aux morts de Sainte-Gemme.
Son nom est honoré sur la plaque commémorative apposée dans la section du PCF à Bourges, 45 rue Théophile Lamy. "Honneur à nos morts tombés pour que vive la France" (relevé Memorial Genweb / Claude Richard).

Sources
  • Liste d'otages (cote XLIV-66 au CDJC), établie le 24 octobre 1941, in document allemand du 23 avril 1942 établie à la suite de l’attentat du « Buchhandlung Front » (bibliothèque du Front), à Chartres (même région militaire).
  • Témoignage de sa mère sur son arrestation (Bureau des archives des conflits contemporains (BAVCC) Caen.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Bureau des archives des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen (dossier individuel consulté).
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom. Note de Claude Pennetier. Reproduction de la photo (campagne électorale de 1936) de la notice de 2011 du Maîtron.
  • Reproduction du journal « l’Emancipateur » : l’appel au Peuple de France (octobre 1940).
  • Photo Site Prrine André
Biographie rédigée en décembre 2010, complétée en 2016, par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
*Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com
Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. Si, membre de la famille du déporté, vous ne souhaitez pas que cette biographie soit publiée sur Internet, je vous prie de me le faire immédiatement savoir : elle sera aussitôt retirée du blog.

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