L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


LE FEVRE Marcel, Louis



Marcel Le Fèvre @ ARMREL

Matricule "45764" à Auschwitz

Marcel Le Fèvre est né le 3 janvier 1895 à Levallois-Perret (ancien département de la Seine - aujourd’hui Hauts-de-Seine). 

Il habite place de l'Eglise à Saint-Rémy-sur Avre (Eure-et-Loir) au moment de son arrestation.
Il est le fils d'Anna, Joséphine Thillmann, 26 ans, blanchisseuse et d'Auguste, Albert Le Fevre, 25 ans, peintre en bâtiment, son époux.
Marcel Le Fèvre est entrepreneur en peinture à Saint -Rémy. 

Il a épousé Augustine, Mélanie Walter le 26 mars 1918 à Clichy (Seine). Le couple a deux enfants (Gisèle et André, âgé de 12 ans au moment de l’arrestation de son père).
Conscrit de la classe 1915 (matricule 4094), Marcel Le Fèvre s'est engagé volontairement. Il a été blessé pendant le conflit et est décoré de la Croix de guerre et de la Médaille militaire (avec 5 citations).
Militant communiste, Marcel Le Fèvre est le secrétaire de la cellule communiste de Saint-Rémy-sur-Avre. Selon sa fille il est actif lors du Front populaire.
En septembre 1939 «à la signature du pacte germano-soviétique, la police française a fouillé toute notre maison, mais mon père n’a pas été inquiété car prévenu par dans la nuit par des camarades de Dreux il avait fait disparaître les papiers de la cellule.» 

Elle cite le nom d’un de ces militants de Dreux, Bessières, qui a été fusillé(1). Pour sa fille il est engagé dans la Résistance («je pense qu’il distribuait des tracts et l’Humanité clandestine. Mon père n’en a jamais parlé à ma mère ».
Le 3 juillet 1941, des policiers allemands l'arrêtent sur un chantier de peinture, à Saint Rémy. Il est emprisonné à Chartres pendant environ un mois. Puis il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), en août 1941. 

Sa fille signale qu'un des gardiens allemands a pris de gros risques en (..) faisant passer des lettres, et en le faisant sortir pour travailler hors du camp dans des maisons occupées par les nazis : "Nous pouvions ainsi très souvent aller à Compiègne, et être près de lui pour quelques instants."
Depuis le camp de Compiègne, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Le 6 juillet 42, il "a réussi à glisser un mot entre les planches du wagon, qui a été trouvé par un cheminot à Pagny-sur-Moselle, qui nous l’a fait parvenir ». Sa veuve écrit « un petit morceau de papier jeté du wagon me disait qu’il partait pour travailler en Allemagne ».
Marcel Le Fèvre est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. 
Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45764".

Marcel Le Fèvre meurt à Auschwitz le 18 août 1942 d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz, Tome 2, page 284). 

Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a été pas retrouvée parmi les 522 photos que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Eugène Garnier le connaissait sous son deuxième prénom : Louis. Ci-contre extrait de sa lettre du 5 février 1965 adressée à sa veuve. "Ce fut un vrai bon copain, tant à Compiègne qu'à Auschwitz". Il l'a vu mourir, de dysenterie chronique dit-il, et rapporte ses dernières paroles : "Je suis foutu, Gégène, mais je sais que nos bourreaux le seront bientôt aussi. Si vous rentrez, les uns et les autres, vengez-nous si vous en avez encore la force". 
Eugène Garnier ajoute : "Un quart d'heure plus tard, je lui fermais ses grands yeux ; mais, avant cela, il me fit comprendre qu'il n'avait pas mangé son pain, et qu'il ne fallait pas le laisser perdre".
Marcel Le Fèvre est homologué « Déporté politique ».
A la Libération, c’est par des lettres de Germain Houard de Chartres et d'André Faudry de Saint-Maur que sa veuve a été informée de sa mort à Auschwitz, et c’est à partir de leur témoignage qu’un acte de décès a été établi, à la date du 15 septembre 1943 à Auschwitz (Pologne).
Il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte les dates des archives du camp d’Auschwitz emportées par les soviétiques en 1945, et qui sont accessibles depuis 1995 (certificats de décès de l’état civil d’Auschwitz). Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz.
Une plaque commémorative a été apposée à Saint -Rémy. Le monument aux morts de Saint-Rémy porte l’inscription « assassiné par les Allemands » (in « MémorialGenweb »). Il est également honoré, ainsi qu'un autre "45000" Maurice Granjon, sur le monument intercommunal de Dreux inauguré par l'ARMREL en 2010.
Sa fille, Madame Gisèle Hottot qui a rempli le questionnaire biographique écrit « j’étais très affectée au moment de son arrestation, ayant appris depuis peu la mort de mon mari, officier au 1er Régiment de dragons, tué au front le 23 mai 1940 ».
Note 1Albert Bessières a été fusillé à Amiens le 30 avril 1942. Il était le responsable du groupe OS de Dreux (© Denis Martin, président de l'ARMREL).

Sources
  • Questionnaire biographique (contribution à l’histoire de la déportation du convoi du 6 juillet 1942), envoyé aux mairies, associations et familles au début de mes recherches, en 1987, rempli par sa fille, Mme Gisèle Hottot le 24 août 1993.
  • Lettre de sa veuve à Eugène Garnier le 26 janvier 1964 : elle avait alors 70 ans.
  • Réponse d’Eugène Garnier le 5 février 1964.
  • Listes - incomplètes - du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
Biographie rédigée en décembre 2010 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 », Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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