L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


LANOUE Moïse, Lucien, Alexis


Photographie confiée à M. Marcel Demnet
par le neveu de Moïse Lanoue, Raymond Lanoue


Moïse Lanoue est né au Chagnot à Vierzon-Forges (Cher) le 28 novembre 1911, où il habite au 1 quai de l'Etang au moment de son arrestation. 
Il est le fils de Marie, Alice Laubier, 29 ans et de Jules, Augustin Lanoue, 29 ans, journalier. Il a un frère aîné, Raymond, né en 1907. Leur père, soldat au 10è Régiment de Chasseurs à pied est « mort à l’ennemi » le 6 juin 1915 à Noulettes (Pas-de-Calais). Les deux frères deviennent  pupilles de la nation (jugement du tribunal de Bourges le 24/09/1918).
Il est célibataire. Moïse Lanoue est métallurgiste
Il est membre du Parti communiste selon le témoignage des deux survivants de Vierzon (Roger Gauthier et Georges Rousseau, ancien maire communiste de Vierzon).
Marcel Demnet écrit "membre du Parti communiste clandestin et du Front national depuis sa création, il participait activement à la résistance contre l'occupant en transportant et distribuant au sein de l'usine où il travaillait, des tracts et journaux anti allemands. En outre il sabotait la fabrication des matériels concourant à l'effort de guerre ennemi et encourageait ses collègues de travail à faire de même".
Dès septembre 1940, on note des actions de Résistance dans le Cher : sabotages, manifestations pour les salaires durant l'hiver (notamment grève à l'usine d'aviation et à la SNCF). Ces actions se poursuivent dans tout le département en 1941 et début 1942.
Moïse Lanoue est arrêté par les polices française et allemande le 1er mai 1942, dans la même opération de représailles que  Roger Gauthier, Marcel Perrin,  Roger Rivetet Maurice Trouvé qui seront déportés à Auschwitz dans le même convoi que lui le 6 juillet 1942.
Selon Marcel Cherrier, un des dirigeants de la résistance communiste, ces arrestations touchèrent une quarantaine de militants communistes à Vierzon et une trentaine à Bourges.
L'épouse de Marcel Perrin pensait que celles-ci avaient été provoquées par le déraillement d'un train de munitions allemandes sur la ligne Vierzon-Bourges. Mais selon Marcel Cherrier, un des dirigeants de la Résistance communiste, il s'agissait d'une rafle opérée en représailles à la fusillade contre deux Felgendarmen à Romorantin le 30 avril 1942, ce que confirme M. Marcel Demnet : Lire dans le blog, l’article  Romorantin le 1er mai 1942 : un Feldgendarme est tué, un autre blessé. Arrestations, exécutions et déportations
Cette affirmation est désormais confirmée par le document allemand ci-contre qui figure au Musée de la Résistance de Bourges, et dont nous n'avons eu connaissance qu'en 2016. La Sicherheitspolizei (« Police de sûreté ») Kommando d’Orléans répond au Préfet de Bourges : "En réponse à votre lettre du 19 janvier (1943) nous vous faisons connaître que MM Perrin Marcel et Rivet Roger arrêtés à la suite de l'attentat de Romorantin, ont été conduits le 6.7.42 dans un camp situé en Allemagne". Il est légitime de penser que Roger Gauthier, Moïse Lanoue ont été arrêtés dans la même opération de police que Marcel Perrin, et Roger Rivet.
Les arrestations des 1er et 2 mai 1942 ont touché plusieurs départements de la région militaire. Six jeunes otages communistes sont fusillés le 5 mai, cinq autres le 9 mai 1942. 
Moïse Lanoue et ses camarades sont gardés dans les caves de la Mairie, à Vierzon, puis incarcérés à la prison de Bourges ("le Bordiot"), et, la veille du départ, dans la salle des Pas ­perdus en gare de Vierzon. 
A la demande des autorités allemande, ils sont internés le 8 mai 1942 au camp de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), en vue de leur déportation comme otage. 
Depuis le camp de Compiègne, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Moïse Lanoue est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le Parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
On ignore le numéro d’immatriculation de Moïse Lanoue à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942. Le numéro « 45728 ? » figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Cette reconstitution n’a pu aboutir en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il était donc hasardeux de maintenir ce numéro en l’absence de nouvelles preuves. Il ne figure plus dans mon ouvrage « triangles rouges à Auschwitz». Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Moïse Lanoue meurt à Auschwitz le 23 octobre 1942 d’après le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz, tome 2 page 692). Toutefois pour l’état civil français, il est resté « décédé à Birkenau le 30 septembre 1942 » : dans les années d'après-guerre, l’état civil français a fixé des dates de décès fictives (le 1er, 15 ou 30, 31 d'un mois estimé) à partir des témoignages de rescapés (ici Roger Gauthier), afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés. Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz
Moïse Lanoue est homologué « Déporté Résistant » le 4 mai 1953 : n° 1010 16527.
Son nom est inscrit sur une plaque à la Section du PCF de Bourges : "Honneur à nos morts tombés pour que vive la France". Il est également honoré sur le mémorial inauguré en 2011 à Vierzon, 10 avenue du Général de Gaulle, portant les noms des 156 vierzonnais morts dans les camps de concentration. 

Sources
  • Témoignages recueillis à Vierzon par Aimé Oboeuf, rescapé du convoi, à partir des souvenirs de Georges Rousseau et Roger Gauthier, du Cher, également rescapés du convoi.
  • Combattants de la liberté. La Résistance dans le Cher. Cherrier Marcel et Pigenet Michel. Éditions Sociales, 1976.
  • Témoignage de Maria Perrin (membre du comité national de la FNDIRP), veuve de Marcel Perrin : son mari et une trentaine d’autres militants ont été arrêtés le premier mai 1942 en représailles à l’attentat commis contre les allemands sur la route Vierzon-Bourges.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • 12 juillet 2011 et 5 septembre 2011 : courrier de M. Marcel Demnet (président de la section FNDIRP de Vierzon, ancien FTP, interné Résistant, qui en 1942 était employé à la mairie de Vierzon), à qui j’avais fait parvenir les biographies des 45000 du Cher et qui m’a transmis de précieux renseignements…Il fut en 1945 directeur du service secrétariat, bureau militaire et élections chargé de régulariser l’ensemble des catégories de victimes civiles et militaires de la guerre 1939/1945.
  • Site généalogique de Vierzon. 
  • Communication de M. Marcel Demnet, président FNDIRP de Vierzon (5 septembre 2011).
Biographie rédigée en décembre 2010, complétée en 2018, par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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