L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


LANOUE Moïse, Lucien, Alexis



Photographie confiée à M. Marcel Demnet par le neveu de Moïse Lanoue, Raymond Lanoue (septembre 2011).



Moïse Lanoue est né le 28 novembre 1911 à Vierzon-Forges (Cher), où il habite au 1 quai de l'Etang au moment de son arrestation. Il est célibataire. Maurice Lanoue est métallurgiste
Il est membre du Parti communiste selon le témoignage des deux survivants de Vierzon (Roger Gauthier et Georges Rousseau, ancien maire communiste de Vierzon).
Marcel Demnet écrit "membre du Parti communiste clandestin et du Front national depuis sa création, il participait activement à la résistance contre l'occupant en transportant et distribuant au sein de l'usine où il travaillait, des tracts et journaux anti allemands. En outre il sabotait la fabrication des matériels concourant à l'effort de guerre ennemi et encourrageait ses collègues de trvai; à faire de même".

Dès septembre 1940, on note des actions de Résistance dans le Cher : sabotages, manifestations pour les salaires durant l'hiver (notamment grève à l'usine d'aviation et à la SNCF). Ces actions se poursuivent dans tout le département en 1941 et début 1942.

Moïse Lanoue est arrêté par les polices française et allemande le 1er mai 1942, dans la même opération de représailles que Roger Gauthier, Marcel Perrin et Roger Rivet qui seront déportés à Auschwitz dans le même convoi que lui (6 juillet 1942).
Selon Marcel Cherrier, un des dirigeants de la résistance communiste, ces arrestations touchèrent une quarantaine de militants communistes à Vierzon et une trentaine à Bourges.

L'épouse de Marcel Perrin pense que celles-ci ont été provoquées par le déraillement d'un train de munitions allemandes sur la ligne Vierzon-Bourges. Plus vraisemblablement, ce que confirme Marcel Demnet, il s'agirait d'une rafle opérée en représailles à l’agression contre deux gendarmes allemands à Romorantin le 30 avril 1942(1). Dans la nuit du 31 avril au 1er mai 1942, de jeunes FTP distribuaient des tracts et collaient des affiches à Romorantin lorsqu’ils sont surpris par deux Feldgendarmen. Un jeune, chargé de la protection des afficheurs, ouvre le feu. Un Feldgendarme est tué, l’autre grièvement blessé.

Les arrestations des 1er et 2 mai 1942 ont touché plusieurs départements de la région militaire. Des otages communistes sont fusillés le 5 mai 1942. Parmi eux, le neveu de Roger Rivet, de Vierzon, Jacques Rivet, fusillé le 5 mai 1942 à Saint-Jean-de-la Ruelle.

Moïse Lanoue et ses camarades sont gardés dans les caves de la Mairie, à Vierzon, puis incarcérés à la prison de Bourges ("le Bordiot"), et, la veille du départ, dans la salle des Pas ­perdus en gare de Vierzon. A la demande des autorités allemande, ils sont internés le 8 mai 1942 au camp de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), en vue de leur déportation comme otage. . Pour comprendre le mécanisme qui mène à leur déportation, lire dans le blog « une déportation d’otages ».

Moïse Lanoue est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.

On ignore le numéro d’immatriculation de Moïse Lanoue à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942. Le numéro « 45728 ? » figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Cette reconstitution n’a pu aboutir en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il était donc hasardeux de maintenir ce numéro en l’absence de nouvelles preuves. Il ne figure plus dans mon ouvrage « triangles rouges à Auschwitz».

Moïse Lanoue meurt à Auschwitz le 23 octobre 1942 d’après le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz, tome 2 page 692). Toutefois pour l’état civil français, il est resté « décédé à Birkenau le 30 septembre 1942 » : dans les années d'après-guerre, l’état civil français a fixé des dates de décès fictives (le 1er, 15 ou 30, 31 d'un mois estimé) à partir des témoignages de rescapés (ici Roger Gauthier), afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés. Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz

Moïse Lanoue est homologué « Déporté Résistant » le 4 mai 1953 : n° 1010 16527.

Sources
  • Témoignages recueillis à Vierzon par Aimé Oboeuf, rescapé du convoi, à partir des souvenirs de Georges Rousseau et Roger Gauthier, du Cher, également rescapés du convoi.
  • Combattants de la liberté. La Résistance dans le Cher. Cherrier Marcel et Pigenet Michel. Éditions Sociales, 1976.
  • Témoignage de Maria Perrin (membre du comité national de la FNDIRP), veuve de Marcel Perrin : son mari et une trentaine d’autres militants ont été arrêtés le premier mai 1942 en représailles à l’attentat commis contre les allemands sur la route Vierzon-Bourges.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • 12 juillet 2011 et 5 septembre 2011 : courrier de M. Marcel Demnet (président de la section FNDIRP de Vierzon, ancien FTP, interné Résistant, qui en 1942 était employé à la mairie de Vierzon), à qui j’avais fait parvenir les biographies des 45000 du Cher et qui m’a transmis de précieux renseignements…Il fut en 1945 directeur du service secrétariat, bureau militaire et élections chargé de régulariser l’ensemble des catégories de victimes civiles et militaires de la guerre 1939/1945.

Biographie rédigée en décembre 2010 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com
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