L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


JOUFFIN Henri, Jean

Henri Jouffin est né le 3 octobre 1916 à Saignes (Cantal). Il habite au lieu dit "Givry" à Foëcy (Cher), au moment de son arrestation.

Henri Jouffin est militant communiste, selon les témoignages recueillis par Aimé Oboeuf auprès de deux rescapés de Vierzon (Roger Gauthier et Georges Rousseau).
Dès septembre 1940, on note des actions de Résistance dans le Cher : sabotages, manifestations pour les salaires durant l'hiver (notamment grève à l'usine d'aviation et à la SNCF). Ces actions se poursuivent dans tout le département en 1941 et début 1942.

Henri Jouffin est arrêté par les polices française et allemande le 1er mai 1942, dans la même opération de représailles que Moïse Lanoue, Marcel Perrin et Roger Rivet qui seront déportés à Auschwitz dans le même convoi que lui (6 juillet 1942).
Selon Marcel Cherrier, un des dirigeants de la résistance communiste, ces arrestations touchèrent une quarantaine de militants communistes à Vierzon et une trentaine à Bourges.

L'épouse de Marcel Perrin pense que celles-ci ont été provoquées par le déraillement d'un train de munitions allemandes sur la ligne Vierzon-Bourges. Plus vraisemblablement, ce que confirme Marcel Demnet, il s'agirait d'une rafle opérée en représailles à l’agression contre deux gendarmes allemands à Romorantin le 30 avril 1942. Dans la nuit du 31 avril au 1er mai 1942, de jeunes FTP distribuaient des tracts et collaient des affiches à Romorantin lorsqu’ils sont surpris par deux Feldgendarmen. Un jeune, chargé de la protection des afficheurs, ouvre le feu. Un Feldgendarme est tué, l’autre grièvement blessé.

Les arrestations des 1er et 2 mai 1942 ont touché plusieurs départements de la région militaire. Des otages communistes sont fusillés le 5 mai 1942. Parmi eux, le neveu de Roger Rivet de Vierzon, Jacques Rivet, fusillé le 5 mai 1942 à Saint-Jean-de-la Ruelle.

Henri Jouffin et ses camarades
sont gardés dans les caves de la Mairie, à Vierzon, puis incarcérés à la prison de Bourges ("le Bordiot"), et, la veille du départ, dans la salle des Pas ­perdus en gare de Vierzon. A la demande des autorités allemandes, ils sont internés le 8 mai 1942 au camp de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), en vue de leur déportation comme otage. Pour comprendre le mécanisme qui mène à leur déportation, lire dans le blog « une déportation d’otages ».

Henri Jouffin est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
On ignore son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942. Le numéro «45693 ?» inscrit dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Cette reconstitution n’a pu aboutir en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Seule la reconnaissance, par un membre de sa famille ou ami, du portrait d’immatriculation publié ci-dessus pourrait désormais en fournir la preuve.

Henri Jouffin meurt à Auschwitz le 16 octobre 1942 d’après le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz, tome 2 page 520). Son état civil mentionne toujours «décédé le 1er septembre 1942, à Auschwitz (Pologne)». En effet dans les années d'après-guerre, l’état civil français n’ayant pas eu accès aux archives du camp emportées par les soviétiques en 1945, a fixé des dates de décès fictives (le 1er, 15 ou 30, 31 d'un mois estimé) sur la base de témoignages de rescapés (Roger Gauthier avait déclaré qu’il était mort "vers août 1942"), afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés.
Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz.
Une rue de Foëcy porte son nom, qui est inscrit sur le monument aux morts, devant l'école.

Sources
  • Recherches et notes faites à Vierzon par Aimé Oboeuf, rescapé du convoi à partir des souvenirs de Georges Rousseau et Roger Gauthier, du Cher, également rescapés du convoi.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen (dossier individuel consulté en octobre 1993).
  • 25 juin et 12 juillet 2011 : courrier de M. Marcel Demnet (président de la section FNDIRP de Vierzon, ancien FTP, interné Résistant, qui en 1942 était employé à la mairie de Vierzon) .
      • © Site Internet Mémorial-GenWeb

Biographie rédigée en décembre 2010 (modifiée en juillet 2011) par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com
Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. Si, membre de la famille du déporté, vous ne souhaitez pas que cette biographie soit publiée sur Internet, je vous prie de me le faire immédiatement savoir : elle sera aussitôt retirée du blog.

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