L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


GILLOT Gérard, Lucien




Matricule "45601" à Auschwitz
Rescapé

Les citations en italique bistre sont du plus jeune de ses fils, Hervé Gillot (avril 2013).

Gérard Gillot est né à Saint-Eliph (Eure-et-Loir) le 17 juillet 1921, fils de Gérard Lucien Gillot, aide de culture et de Thérèse Gouyer son épouse, sans profession.
Il habite La Loupe, commune de la Sauvagère (même département). Il est ouvrier d’usine.
Adhérent à la Jeunesse communiste, il est arrêté par la police française, à Chartres, rue des Filles-Dieu, le 22 février 1941, pour distribution de tracts et possession de matériel du Parti communiste. 
Il est jugé à Chartres et, reconnu « coupable du fait », est condamné à 6 mois de prison qu'il effectue. Il est libéré de la prison de Chartres en août 1941, selon sa fiche au BAVCC. 
Il est arrêté de nouveau le 22 septembre 1941 par la police française « dans sa chambre à Chartres en possession d’une arme qu’il avait dissimulé sous un oreiller », incarcéré à la prison de Chartres, puis à la demande des autorités allemandes, interné au camp de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122). Il y reçoit le matricule 1353 selon le relevé effectué par un des internés Georges Prévoteau de Paris 18ème (note 1
Gérard Gillot figure sur la liste de recensement des jeunes communistes du camp de Compiègne « aptes » à être déportés « à l’Est », en application de l’avis du 14 décembre 1941 du commandant militaire en France, Otto von Stülpnagel (archives du CDJC). Il reçoit le matricule 1353. 
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Gérard Gillot est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. 
Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45601".
Il est immatriculé le 8 juillet 1942 à Auschwitz
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz (1) a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.  Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
A Auschwitz, il est affecté au Kommando DAW (usine d'armement). Il est dans les mêmes « Blocks » (22 et 23) que « Mickey », Marcel Guilbert.
"J’ai retrouvé le surnom de la personne qui était au centre des nombreux récits de mon père : Mickey (Marcel Guilbert) qui, peut-être sans s’en rendre compte, a contribué à un énorme mouvement de solidarité au milieu de cette horreur. Par exemple,  je me souviens très bien de mon père me dire "un jour avec Mickey on est passé devant les chiens et là Mickey m’a dit « cours et crie.  Alors j ai fait ce que Mickey m’a dit et là les regards se sont tournés vers moi et pendant ce temps Mickey a pris une gamelle de chien et l’a emporté un peu plus loin ». Il m’a retrouvé avec d’autres camarade de notre block et là Mickey et mon père ont partagé cette gamelle qui n’était pas un festin, mais qui leur a permis de manger !
Mon père essayait de mettre une pointe d’humour au passage des tragédies pour ne pas trop me choquer, mais il ne pouvait pas dissimuler ses émotions et les scènes d’horreur étaient dans tous ses récits".
Entre le 14 août 1943 et le 12 décembre 1943, il est en quarantaine au Block 11 avec la quasi totalité des détenus politiques français survivants. Lire l'article du blog "les 45000 au block 11.
Les "45000" de Gross Rosen,
cahier de Johann Beckmann
Le 7 septembre 1944, il fait partie des trente "45 000" qui sont transférés d'Auschwitz pour Gross-Rosen. Il y reçoit le matricule n° 41000.
Entre le 8 et le 11 février 1945, dix-huit de ces trente "45 000" sont transférés dans des conditions terribles à Hersbrück où ils sont enregistrés : Gérard Gillot y reçoit le matricule 84 656.
Le 8 avril 1945, les dix-sept "45 000" restants partent à pied de Hersbrück pour Dachau où ils arrivent, le 24 avril 1945. Gérard Gillot et ses camarades y sont libérés le 29 avril 1945 par les troupes américaines. Lire dans le blog , "les itinéraires suivis par les survivants". 
Il regagne la France le 19 mai (la date du 27 mai 1945 est apposée sur sa carte de déporté).
Gérard Gillot se marie à La Loupe (Eure-et-Loir) le 24 octobre 1945 avec Denise Gardahaut. 
Le couple aura six enfants (Géraldine, Dominique, Chantal, Michel, Yveline, Jean-Claude), mais divorcera le 25 février 1958. Gérard Gillot se remarie à Cherreau (Sarthe), le 2 mai 1966 avec Solange Cipoire. Le couple a trois enfants : Alain né le 8 août 1966,  Marlène née le 30 mai 1960 et Hervé né le 19 août 1969, tous trois nés à la Ferté-Bernard. Ils vivent avec leur demi-sœur, Michèlle née le 7 mai 1955 du premier mariage de Solange Gillot.
Leur père a été profondément traumatisé par sa déportation et n'avait pas fait les démarches nécessaires pour obtenir le statut de « Déporté politique » lorsque Georges Dudal le retrouve en 1980. Il a été très heureux de son aide et de celle de Roger Arnould (mars-avril 1980) et de ces démarches entreprises avec l'aide de son épouse, qui aboutiront.
« Gérard Gillot décède le 30 janvier 1988 à son domicile, 19 rue de la Bissonnière à La Rouge (61) dans mes bras ».
  • Note 1 : Ce numéro signifie comme l'a relevé le petit fils d'Eugène Gilles, qu'il arrive le 27 juillet à Compiègne, en même temps que celui-ci et Germain Houard et non en septembre 41. Il est possible qu'il s'agisse d'une erreur de transcription du questionnaire rempli par Gérard Gillot avec l'aide de Georges Dudal.  Il est en effet plus vraisemblable qu'il ait été arrêté une première fois le 22 février 1940 et non 1941, jugé et condamné à 6 mois de prison effectués à la prison de Chartres d’où il est libéré en août 1940. Il est arrêté de nouveau le 22 septembre 1940, incarcéré à la prison de Chartres où seront également incarcérés Germain Houard et Eugène Gilles après leur arrestation le 2 juillet 1941. Puis à la demande des autorités allemandes, ils sont tous trois transférés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122). Ils sont internés le 27 juillet avec des numéros matricules voisins : Eugène Gilles 1352, Gillot 1353 et Germain Houard 1358.  Dès que possible nous effectuerons les recherches nécéssaires avec les documents originaux (questionnaire et fiche du BAVCC).
  • Note 2 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, alors vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 
Sources
  • Démarches de Maurice Olivier (FNDIRP d’Eure et Loir) auprès des mairies de La Loupe et du Theil, (novembre- décembre 1972) pour le retrouver.
  • Questionnaire biographique (contribution à l’histoire de la déportation du convoi du 6 juillet 1942), envoyé aux mairies, associations et familles au début de mes recherches, en 1987, rempli par Gérard Gillot avec l’aide de Georges Dudal (29 mars 1987).
  • Marcel (« Mickey ») Guilbert avait cherché à le retrouver en 1972 (cassette enregistrée)
  • Lettres de Georges Dudal (8, I7 , 31 mars 1980).
  • Démarches auprès de l’état civil de la mairie de Saint-Eliph, 11mars 1994.
  • Cahier de Johann Beckmann (qui est vorarbeiter à Gross-Rosen) où il a noté les matricules de ses camarades.
  • Courriels d'Iveline Gillot, fille de Denise et Gérard Gilot, née en 1952 (mars 2013) et de Barbara Le Saulnier (mars 2013), Hervé Gillot (janvier 2012).
  • Photo mariage 1945 : @ famille Gillot, in site "Mémoiore vive".
  • Courrier de M. Laurent Francin, petit fils d'Eugène Gilles, 10 janvier 2014.

Biographie rédigée en décembre 2010 (complétée en 2013 et 2017) par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. *Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

3 commentaires:

Hervé Gillot a dit…

Je suis très heureux de voir que la mémoire de mon père n'est pas éteinte. Je tiens à remercier tout particulièrement les personnes qui ont relaté ces tragiques moments de son existence. A vous encore un très grand merci.

Barbara Le Saulnier a dit…
Ce commentaire a été supprimé par un administrateur du blog.
Barbara Le Saulnier a dit…

Je découvre le parcours de cet homme, dont j'ignorais tout. Je mets enfin un visage sur son nom (même si la photo n'est pas de celle que l'on aime regarder)...celui de mon grand-père