L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


GAUTHIER Roger


Photo avant guerre





45583
Rescapé

Roger Gauthier est né à Vierzon-Forges (rattaché à Vierzon en 1937, Cher), le 24 novembre 1908. Célibataire, il habite chez ses parents, à l'Orme-à-Lieue (près Vierzon) au moment de son arrestation. Il travaille comme ajusteur.
Il est communiste et syndicaliste.
Dès septembre 1940, on note des actions de Résistance dans le Cher : sabotages, manifestations pour les salaires durant l'hiver (notamment grève à l'usine d'aviation et à la SNCF). Ces actions se poursuivent dans tout le département en 1941 et début 1942. Roger Gauthier appartient à une organisation de Résistance : "Vengeur" et il participe à des actions de sabotage (témoignage de Marianne Gauthier).

Roger Gauthier est arrêté par deux gendarmes français le 1er mai 1942, dans la même opération de représailles que Moïse Lanoue, Marcel Perrin et Roger Rivet qui seront déportés à Auschwitz dans le même convoi que lui (6 juillet 1942).
Selon Marcel Cherrier, un des dirigeants de la résistance communiste, ces arrestations touchent une quarantaine de militants communistes à Vierzon et une trentaine à Bourges.
L'épouse de Marcel Perrin pense que celles-ci ont été provoquées par le déraillement d'un train de munitions allemandes sur la ligne Vierzon-Bourges. Plus vraisemblablement, selon Marcel Cherrier, ce que confirme Marcel Demnet, il s'agirait d'une rafle opérée en représailles à l’agression contre deux gendarmes allemands à Romorantin. Dans la nuit du 31 avril au 1er mai 1942, de jeunes FTP distribuaient des tracts et collaient des affiches à Romorantin lorsqu’ils sont surpris par deux Feldgendarmen. Un jeune, chargé de la protection des afficheurs, ouvre le feu. Un Feldgendarme est tué, l’autre grièvement blessé.
Les arrestations des 1er et 2 mai 1942 ont touché plusieurs départements de la région militaire. Des otages communistes sont fusillés le 5 mai 1942. Parmi eux, le neveu de Roger Rivet de Vierzon, Jacques Rivet, fusillé le 5 mai 1942 à Saint-Jean-de-la Ruelle.
Roger Gauthier et ses camarades sont gardés dans l'une des caves de l'Hôtel de ville, à Vierzon, puis incarcérés à la prison de Bourges (dite "le Bordiot"), et, la veille du départ, dans la salle des Pas ­perdus en gare de Vierzon. A la demande des autorités allemande, ils sont internés le 8 mai 1942 au camp de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), en vue de leur déportation comme otage.
Pour comprendre le mécanisme qui mène à leur déportation, lire dans le blog « une déportation d’otages ».
Roger Gauthier est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.

Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 45583. A Auschwitz, Roger Gauthier est d'abord affecté au DAW, usine d'armement. Entre le 14 août 1943 et le 12 décembre 1943, il est en quarantaine au Block 11 avec la quasi totalité des français survivants. Lire l'article du blog "les 45000 au block 11. Après la quarantaine au Block 11, il est affecté au kommando de Cracovie (anciennes mines de sel, où ont été installés des ateliers de montage de moteurs d'avions).

Les "45000" de Gross-Rosen/ cahier de J. Beckmann
Le 7 septembre 1944, il fait partie des trente "45 000" qui partent d'Auschwitz pour Gross-Rosen où ils sont enregistrés. Roger Gauthier y reçoit le n° matricule 40 999. Après une quarantaine, les "45 000" sont répartis dans divers kommandos, dont une dizaine sont affectés aux usines Siemens. Roger Gauthier est parmi eux. Lire dans le blog , "les itinéraires suivis par les survivants". Entre le 8 et le 11 février 1945, dix-huit "45000" sont à nouveau transférés. Ils sont enregistrés à Hersbrück : Roger Gauthier y reçoit le n° 84 634).

Le 8 avril 1945, les dix-sept "45 000" restants partent à pied de Hersbrück pour Dachau où ils arrivent, le 24 avril 1945.
Roger Gauthier et ses camarades y sont libérés le 29 avril 1945 par les troupes américaines. Il rentre en France le 27 mai, via Mulhouse, rapatrié par la Croix-Rouge : il est très diminué. Il n'a plus jamais cessé de souffrir de maux multiples et handicapants : grande fatigue, troubles vasculaires et vasomoteurs, insuffisance coronarienne, dyspnée, malaises, fracture vertébrale, pertes de la mémoire, cancer de l’intestin.
Le titre de déporté politique lui a été attribué.
Il se marie en 1948 avec Marianne. Le couple a une fille.
Roger Gauthier meurt le 14 juillet 1975.

Marianne Gauthier / Bourges 2011

Sources
  • Aimé Oboeuf l'aide à remplir un premier questionnaire biographique le 20 janvier 1972, complété le 15 mai 1982 par sa veuve, Marianne. ­
  • Témoignages recueillis aupès de Marianne Gauthier le 24 mai 2011, lors de ma conférence au Musée de la résistance et de la Déportation à Bourges.
  • Photo de Roger Gauthier prise avant guerre, envoyée par Marianne Gauthier en juillet 2011.
  • Correspondances de son épouse avec Roger Arnould (1979 et 1982).
  • Témoignages recueillis à Vierzon par Aimé Oboeuf, rescapé du convoi, à partir des souvenirs de Georges Rousseau et Roger Gauthier, du Cher, également rescapés du convoi.
  • Combattants de la liberté. La Résistance dans le Cher. Cherrier Marcel et Pigenet Michel. Éditions Sociales, 1976, in-12, 238 pp, photos.
  • Témoignage de Maria Perrin (membre du comité national de la FNDIRP), veuve de Marcel Perrin, pour qui son mari et une trentaine d’autres militants ont été arrêtés le premier mai 1942 en représailles à l’attentat commis contre les allemands sur la voie ferrée Vierzon-Bourges.
  • Cahier de Johann Beckmann, qui est Vorarbeiter à Gross Rosen.
  • Marianne Gauthier a reçu la photo de déporté de son mari - envoyée par les américains - deux ans après sa libération.
  • Photos ci-dessus : entretien à Bourges avec Marianne Gauthier, mai 2011.
  • 12 juillet 2011 : courrier de M. Marcel Demnet à qui j’avais fait parvenir les biographies des 45000 du Cher et qui m’a transmis de précieux renseignements. Il fut en 1945 directeur du service secrétariat, bureau militaire et élections chargé de régulariser l’ensemble des catégories de victimes civiles et militaires de la guerre 1939/1945.
Biographie rédigée en décembre 2010 (modifiée juillet 2011) par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
*Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.comPensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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