L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


FAITEAU Magloire


Magloire Faiteau à Auschwitz
Matricule "45526" à Auschwitz

Magloire Faiteau est né le 25 mars 1904 à Mehun-sur-Yèvre (Cher). Il habite dans cette ville au moment de son arrestation. 
Plaque à Mehun-sur-Yevr
Il est journalier, puis cimentier. Il s’est marié en 1927.
Il adhère au Parti communiste en 1926. Il est candidat du Parti communiste aux cantonales de 1934. A la création du rayon de Mehun en 1936, il est devient le secrétaire. Magloire Faiteau est animateur du « Comité contre le fascisme et la guerre » (connu sous le nom de Comité Amsterdam-Pleyel) en 1936. En 1937, il est de nouveau candidat du Parti communiste aux cantonales. « Il était toujours secrétaire de la section de Mehun en 1938 » (Maîtron).
Dès septembre 1940, on note des actions de Résistance dans le Cher : sabotages, manifestations pour les salaires durant l'hiver, grève à l'usine d'aviation SNCAC. A la suite de ces actions dans le département auxquelles il participe (tracts, manifestations pour les salaires), une perquisition est effectuée à son domicile le 15 décembre 1940. Sans résultat.
Magloire Faiteau est arrêté par des policiers français le 22 juin 1941, à Mehun, le même jour que Georges Rousseau (l’ancien maire communiste de Vierzon), Lucien Michel (ancien conseiller général), Isidore Thiais, Joseph Germain et Lucien Millérioux (qui seront avec lui déportés dans le convoi du 6 juillet 1942). C’est ce 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique, que les Allemands arrêtent plus de mille communistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police française, sous le nom de code «Aktion Theoderich». D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy (ici prisons de Vierzon et Bourges), ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht et qui ce jour là devient un camp de détention des “ennemis actifs du Reich”.
Magloire Faiteau est détenu dans les prisons de Vierzon, puis de Bourges ("le Bordiot"). Son nom figure avec celui de 43 autres militants sur une liste de communistes de la région militaire susceptibles d’être choisis comme otages. Parmi ces militants 6 d’entre eux seront déportés à Auschwitz avec lui : Germain Joseph , Michel Lucien, Millerioux Louis,  Rousseau Georges , Thiais Isidore , Kaiser (Keyser) Albert et son fils Jacques (condamné à un an de prison). Cette liste a été établie après un attentat « auf der Frontbuchland in Chartres » (contre une librairie militaire de Chartres). Elle est datée du 24 octobre 1941 à Bourges (In document XLIV- 66, document du 22 avril 1942. Source CDJC. Echange de correspondances, datées du 04/09/1941 au 29/12/1941, entre la Feldkommandantur 668 de Bourges et l'état-major du chef du district militaire A à Saint-Germain-en-Laye, sur la finalisation (compléter par informations...) de la liste de 44 otages (tampon "Militärverwaltungsbezirk A" (district A de l'administration militaire allemande en France) tampon "Geheim" (confidentiel).
A Compiègne il reçoit le numéro matricule 730, le 27 juin 1941, jour de son arrivée. Pour comprendre le mécanisme qui mène à leur déportation, lire dans le blog « une déportation d’otages ».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Magloire Faiteau est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Il est immatriculé le 8 juillet 1942 à Auschwitz
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45526".
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz (1) a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.  Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Magloire Faiteau meurt à Auschwitz le 28 août 1942, d’après le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz, Tome 2 page 273). La date de son décès figure sur le registre de l'infirmerie d'Auschwitz, page 66.
Sa fiche d'état civil établie en France à la Libération porte toujours la mention "décédé le 30 septembre 1942 à Auschwitz (Pologne)". Il serait souhaitable que le ministère corrige cette date (ce qui est rendu possible depuis la parution de l'ouvrage publié par les historiens polonais du Musée d'Auschwitz en 1995). Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz.
Une rue de Mehun-sur-Yèvre porte son nom.
  • Note 1 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, alors vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 

Sources
  • Liste d'otages de Bourges (cote XLIV-66 au CDJC), liste établie le 24 octobre 1941, in document allemand du 23 avril 1942 établie à la suite de l’attentat du « Buchhandlung Front » (bibliothèque du Front), à Chartres (même région militaire).
  • Témoignages recueillis à Vierzon par Aimé Oboeuf, rescapé du convoi, à partir des souvenirs de Georges Rousseau et Roger Gauthier, du Cher, également rescapés du convoi.
  • Témoignages de Roger Gauthier (« 45583 », rescapé) et de Maurice Deligny (résistant de Blois).
  • Combattants de la liberté. La Résistance dans le Cher. Cherrier Marcel et Pigenet Michel. Éditions Sociales, 1976.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée par André montagne en avril 1992.
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom. Tome 27, page 173
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • "Livre des déportés ayant reçu des médicaments à l'infirmerie de Birkenau, camp annexe d'Auschwitz" (n° d'ordre, date, matricule, chambre, nom, nature du médicament) du 1.11.1942 au 150.7.1943.
  • Site internet Mémorial «GenWeb ».
Biographie rédigée en décembre 2010, complétée en 2016, par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. 
*Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 
Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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