Ce blog, hommage aux déportés du convoi du 6 juillet 1942, est à la croisée de l’Histoire et de la Mémoire. Il est basé sur des recherches universitaires prolongeant celles de Roger Arnould, ancien déporté et documentaliste de la FNDIRP.



BUVAT Louis, Alexandre



45320

Louis Buvat est né le 6 septembre 1892 à Bourges (18) où il habite au moment de son arrestation. Il est ouvrier métallurgiste aux établissements militaires de Bourges.

Louis Buvat est un des principaux dirigeants du syndicat des Etablissements militaires entre les deux guerres. Membre du bureau du syndicat des Etablissements militaires de Bourges de 1920 à 1926, il en devient secrétaire adjoint en 1922, puis secrétaire général en 1926-1927. Passé cette date, et sans en avoir le titre, il demeure le dirigeant écouté du syndicat unitaire (Maîtron).

Sans doute adhérent au Parti socialiste, il adhère au Parti communiste dès le congrès de Tours (décembre 1920). Il devient membre suppléant de la Commission administrative fédérale en 1921, titulaire en 1922. En 1924, lors de la réorganisation sur la base des cellules, il est élu secrétaire du rayon de Bourges ; il appartient alors à la cellule numéro 1 (Maîtron).

Louis Buvat, surtout militant syndicaliste, animait en 1926, la commission syndicale de la région communiste du Centre. En 1927, il n'est plus secrétaire du rayon, car il est devenu "agent militarisé" aux Etablissements militaires et appartient désormais à la cellule n° 2. Au sein du Bureau régional, il est avec Gaston Cornavin, député du Cher et ancien ouvrier des EM, l'un des principaux artisans de l'exclusion de Maurice Boin, ancien membre du Comité directeur du Parti, et rédacteur en chef de l'Emancipateur (Maîtron).

«Dans les années 1930-1931, le recul de l'implantation unitaire, l'influence naissante des confédérés au sein des Etablissements militaires (EM) l'inquiétent. Il en rend responsable la tactique syndicale du Parti. Ainsi à la réunion des cellules 1 et 2 des EM, le 23 septembre 1931, Buvat intervient avec Virmot en faveur de l'entrée en masse et sans conditions dans la CGT " pour en avoir la direction par la suite "... " Virmot et Buvat ont maintenu leur point de vue, qui est l'entrée en masse à la CGT sans aucune espèce de réserve. Les protestations ayant accueilli cette manière de voir, Buvat est parti en claquant la porte " Louis Buvat fut l'un de six militants proposés aux cellules du Cher, qui devaient choisir quatre d'entre eux comme candidats aux élections législatives de 1932. Bon orateur, il prit souvent la parole dans les meetings syndicaux en 1933-1934, mais il n'appartenait plus à la direction politique régionale ». (Maîtron).

En 1939, quoiqu'âgé de 47 ans, «soupçonné de sympathies communistes», il est radié de son affectation spéciale et envoyé aux armées (1939/1940). A sa démobilisation, il constitue le 1er "triangle" du Parti communiste clandestin dans le Cher, avec Marcel et Maurice Deligny. La police française perquisitionne son domicile à Bourges (ainsi que ceux d’une dizaine d'autres militants) le 15 décembre 1940. la gendarmerie procède de même à Vierzon le même jour.

Louis Buvat est arrêté en 1942 et remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122).

Il est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.

Louis Buvat est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 45320. Selon le témoignage d’un des rescapés du convoi, Aimé Oboeuf, il est affecté à Birkenau au kommando Terrasse. Il y aurait été abattu en août 1942 "pour un geste de révolte", selon deux rescapés du Cher, Georges Rousseau et Roger Gauthier, "après avoir fendu le crâne d'un SS d'un coup de pelle" (témoignage repris par le Maîtron).

Louis Buvat meurt le 18 septembre 1942 d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 154). Comme 148 « 45000 » ont été déclarés décédés à l’état civil d’Auschwitz les 18 et 19 septembre et que la mort d’un nombre important d’autres détenus du camp est enregistrée à ces mêmes dates, on peut penser qu’ils sont morts gazés à la suite d’une vaste « sélection » interne des « inaptes au travail », opérée sans doute dans les blocks d’infirmerie.

Une rue de Bourges (allée Louis Buvat) honore sa mémoire.

Sources

  • Recherches faites à Vierzon par Aimé Oboeuf, rescapé du convoi à partir des souvenirs de Georges Rousseau et Roger Gauthier, du Cher, également rescapés du convoi.
  • Combattants de la liberté. La Résistance dans le Cher. Cherrier Marcel et Pigenet Michel. Éditions Sociales, 1976. pages 30 et 47.
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom. Tome 20, Page 428. (Note de Claude Pennetier).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé pour l'essentiel sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Correspondance électronique avec Jean Pierre Besse, historien de la Résistance, enseignant-chercheur associé au CNRS et collaborateur du Maîtron, et Claude Pennetier, chercheur au CNRS, directeur du Maîtron (mars 2006).
  • Photo établissements militaires, site "notre commune".

Biographie rédigée en novembre 2010 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.

*Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. Si, membre de la famille du déporté, vous ne souhaitez pas que cette biographie soit publiée sur Internet, je vous prie de me le faire immédiatement savoir : elle sera aussitôt retirée du blog.

Aucun commentaire: