L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


ANDRES, Joseph, Emile



Emile Andrès est né le 30 décembre 1895 aux Voids à Granges-sur-Vologne (Vosges). 
Il est le fils de Marie Adélaïde Didelot, 21 ans, ouvrière tisseuse et de Joseph, Edmond Andrès, 25 ans, ouvrier tisseur.
Conscrit de la classe 1915 Joseph Andrès aurait dû être mobilisé par anticipation en 1915, comme tous les jeunes hommes de sa classe après la déclaration de guerre. Mais il habite Corcieux, une localité des Vosges occupée par les Allemands dès le début de la guerre. Il est considéré comme « prisonnier civil » (1). Il est rapatrié civil par le convoi du 6 octobre 1918 (avis du centre triage d’Annecy). Il est « rayé des contrôles des hommes dans les délais » le même jour. Il est alors incorporé au 109ème Régiment d’infanterie le 27 décembre 1918. Il arrive à la caserne de Chaumont le même jour.
Joseph Andrès « passe » au 21ème Régiment d’infanterie le 25 mai 1919. Il est mis en « congé illimité de démobilisation », « certificat de bonne conduite accordé », par le dépôt de démobilisation du 149ème RI le 19 août 1919.
Le 8 janvier 1921 il épouse à Saint-Dié Marie Marguerite Pierre.
Joseph Andrès est « rappelé à l’activité » le 28 août 1939 (rappel des réservistes à partir du 23 août) et affecté à la 1ère compagnie à Lens. Il est réformé temporaire n°2 le 23 décembre 1939 par la commission de réforme de Lens pour « bronchite chronique et emphysème pulmonaire ». Il est classé SX par la commission de réforme de Troyes du 30 avril 1940 pour « sclérose pulmonaire diffuse ».
Il est garçon de café à Troyes (Aube) où il habite au moment de son arrestation.
Il est arrêté le 26 février 1942 (on ignore le motif précis de son arrestation, mais elle a lieu le même jour que celle de Robert Riche (LA 14222), considéré comme «dangereux à l’occupation allemande»). 

Le même jour 18 militants communistes du département de la Marne et de la Haute-Marne sont arrêtés (à Reims et St Dizier) : l’Aube, la Marne et la Haute-Marne dépendent de la même région militaire (Oberfeldkommandantur).
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Emile Andrès est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122). Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Emile Andrès est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
On ignore le numéro d’immatriculation d’Emile Andrès à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942. 
Le numéro « 45173 ? » figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Cette reconstitution n’a pu aboutir en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il était donc hasardeux de maintenir ce numéro en l’absence de nouvelles preuves. Il ne figure plus dans mon ouvrage « Triangles rouges à Auschwitz».

Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Dessin de Franz Reisz, 1946
Emile Andrès meurt à Auschwitz le 16 septembre 1942 d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz, Tome 2, page 26). 
Sa fiche d'état civil établie en France à la Libération porte toujours la mention «décédé en novembre 42 ». Il serait souhaitable que le ministère corrige ces dates fictives qui furent apposées dans les années d'après guerre sur les état civils, afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés. Cette démarche est rendue possible depuis la parution de l'ouvrage "Death Books from Auschwitz" publié par les historiens polonais du Musée d'Auschwitz en 1995. 
Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz.
  • Note 1 : Les Zivilarbeiter-Bataillone (bataillons de travailleurs civils) et portent un signe distinctif : un brassard rouge. 


 Sources
  • La déportation de répression dans l’Aube par Rémi Dauphinot et Sébastien Touffu document PDF (AFMD Aube).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  • Etat civil des Vosges en ligne.
  • Registres matricules militaires.
Biographie rédigée en décembre 2010, complétée en 2016, par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com  Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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