L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


TORRALBA Gabriel, Edgard




46264

Rescapé


Gabriel Torralba est né à Tarbes (Hautes-Pyrénées) le 2 janvier 1916, d'un père espagnol (Amédée Torralba) et d'une mère française (Joséphine Deriole). Il habite à 13 rue Victor Hugo, Chambéry-Pont de la Maye à Villenave d’Ornon (Gironde), faubourgs de Bordeaux. Il est célibataire au moment de son arrestation, mosaïste, dans l'entreprise familiale.
Il travaille en Espagne lors du soulèvement de Franco contre la République. Il prend une part active à la lutte contre Franco. Il est un des responsables d’une des usines « que nous avions réquisitionnée ». En 1938, « nous sommes partis volontaires au front, dans une brigade du syndicat UGT, qui a été par la suite englobée dans l’armée espagnole, républicaine bien entendu. A la débâcle, je suis rentré en France, avec une partie de l’armée. » Après avoir rendu leurs armes aux gendarmes à Bourg-Madame (Pyrénées-Orientales), il y séjourne pendant 3 semaines, puis avec ses camarades est dirigé sur le camp de Septfons, dans le Lot-et-Garonne, un camp construit pour « accueillir » les 18000 réfugiés de l’armée espagnole, sous la garde de soldats sénégalais. Gabriel Torralba a 22 ans et se trouve en situation d’insoumission, puisqu’il n’a pas fait son service militaire en France ! A la suite d’un décret d’amnistie, il est libéré et amené à Toulouse pour y faire son service militaire. Il est démobilisé en juin 1940 et revient à Bordeaux.
Il reprend ses activités professionnelles et militantes « Mon père était communiste, et avait convoyé des camions qui portaient la solidarité des Français pour l’Espagne républicaine. Bref à la maison, nous étions tous au Parti. La cellule a commencé à imprimer et distribuer des tracts ».
A l’Occupation, il est arrêté le 22 octobre 1940, par les policiers français de la tristement célèbre "Brigade Poinsot"(1), pour ses activités politiques connues. Dans la même période et jusqu'en décembre seront arrêtés une centaine de militants communistes, parmi lesquels trois d’entre eux seront déportés avec lui dans le convoi du 6 juillet 1942 : Jean Guénon de Cénon, Gabriel Eustache de Pessac et Jean Beudou de Talence.
Il y a aussi le frère de Gabriel Eustache, le père et les frères de Gabriel Torralba (tous deux cheminots)(2), « presque tous les militants de notre quartier et Jean Bonnardel secrétaire de la section » (il sera fusillé au camp de Souge à l’âge de 38 ans, avec 49 autres militants les 23 et 24 octobre 1941). Gabriel Torralba écrit « connus comme nous étions, il n’y eut pas difficulté à la police française de savoir d’où venaient les tracts ».
Gabriel Torralba, est détenu quai des Chartrons à Bordeaux, puis pendant 2 mois au centre de séjour surveillé, 24 quai de Bacalan à Bordeaux. Il est ensuite transféré au camp de « Beau-Désert », à Mérignac où il est interné jusqu’en avril ou mai 1942. Il est alors remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), en vue de sa déportation comme otage. A Compiègne il est affecté à la chambre N°3, bâtiment A1.

Le "menu" de Gabriel Torralba et les signatures de "45000


Il participe aux actions collectives organisées par la Résistance du camp pour maintenir le moral des internés et venir en aide aux plus démunis : en exemple, le menu d'un "repas fraternel" organisé le 5 mai 1942, et qui porte 34 signatures, parmi lesquelles on peut identifier celles de plusieurs "45000" (Eugène Clément (45374, de Paris), Armand Nicolazzo (45924, d’Argenteuil), Louis Guidon (45637, d’Ivry), Félix Néel (46252, de Romainville), André Doucet (45480, de Nanterre), Auguste Monjauvis (45887, de Paris), Jean Berthoud (45230 de Paris XXème), Louis Gouffé (45620 de Romainville), René Beaulieu (45213, de Rosny), et celles de ses camarades bordelais, Eustache (45522 de Pessac), Beudou (45243 de Talence), et d’André Tollet qui s’évadera par le tunnel, quelques jours après.

Gabriel Torralba est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 46264. A Auschwitz, il est affecté au Block 18 et aux kommandos Menuiserie (Holtzplatz), et DAW, où il retrouve Maurice Rideau. Il est au block 11 pendant la quarantaine (lire le paragraphe 1943 : une année moins meurtrière. Résistance et solidarité, dans l’article du blog : présentation du convoi : origines et histoire à Auschwitz).
Le 31 août 1944, Gabriel Torralba est transféré en wagon à bestiaux au camp de Flossenbürg (il y reçoit le matricule n° 18800). Le 15 avril 1945, c’est l’évacuation du camp : « sur la route, nous avons marché pendant 3 jours. Ceux qui ne pouvaient pas suivre étaient abattus sur place ». Il est libéré près de la ville de Cham, en Bavière « je pense dans les premiers jours de mai 1945 », par les troupes américaines. Il regagne la France fin mai.
Gabriel Torralba est homologué « Déporté politique ». 
Le 30 mars 1946, il épouse Conception Ramirez Naranjo à Villenave d’Ornon. Il est membre de la FNDIRP "depuis sa fondation" et a gardé contact avec ses compagnons de déportation, même après son installation en Espagne, à la fin de sa vie. Gabriel Torralba est mort le 1er juin 1989 à Séville (Espagne).
Note (1) : Pierre Napoléon Poinsot, commissaire aux Andelys et à St Lô en 1936 où il se fait remarquer par un anticommunisme effréné. Muté à Bordeaux en 1938 dans la police spéciale de la préfecture, il est affecté au commissariat de la gare Saint-Jean (…) où il se lance dans la chasse aux communistes, qu'ils soient militants ou sympathisants. A l’Occupation, grâce à l'appui de Reige, directeur de cabinet du préfet, Poinsot reste à Bordeaux, malgré un avis défavorable de sa hiérarchie. Il organise la S.A.P (section des activités politiques) : sa « brigade Poinsot » devient le numéro un des services allemands pour la chasse aux communistes, gaullistes et résistants. Extraits de l’ouvrage de René Terrisse.
(2) Le plus jeune des frères de Gabriel Torralba, âgé de 18 ans, fut quant à lui envoyé à la prison du Fort du Hâ, ancienne forteresse située à Bordeaux qui fut utilisée lors de l'occupation nazie comme prison pour les opposants politiques et les membres de la Résistance.

Sources

  • Témoignage de Maurice Rideau, qui le décrit "calme, lucide"
  • Questionnaire biographique (contribution à l’histoire de la déportation du convoi du 6 juillet 1942), envoyé aux mairies, associations et familles au début de mes recherches, en 1987, rempli par Gabriel Torralba le 8 décembre 1987.
  • Deux lettres de Gabriel Torralba à André Montagne (non datées).
  • Etat civil de Tarbes
  • Extraits de « La Gironde sous l'Occupation. La répression française. Bordeaux 1940 - 1944 » de René Terrisse.
  • Site internet de l’Amicale de Chateaubriant-Voves-Rouillé.
  • Témoignage de l'épouse de Gabriel Torralba (Conception Ramirez Naranjo) dans l'affaire des victimes espagnoles des camps d'extermination du IIIe Reich (in site Equipo Nizor).
  • Fascicule Premier, 1940-1941 d'Henri Chassaing et Georges Durou, 1991.

Biographie rédigée en décembre 2010 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com
Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. .

Aucun commentaire: