L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


GUENON Jean



Jean Guenon est né le 11 septembre 1916 à Chérac (Charente-Maritime). Il habite à à Cenon (Gironde) au moment de son arrestation. Il est membre du Parti communiste.
Pendant l’Occupation, il est arrêté le 22 octobre 1940, par les policiers français de la tristement célèbre "Brigade Poinsot"(1), pour ses activités politiques connues. Une vague d'arrestations commencée le 22 octobre 1940 jette en prison une centaine de militants communistes de la région bordelaise, parmi lesquels trois d’entre eux seront déportés avec Jean Guenon dans le convoi du 6 juillet 1942 : Gabriel Torralba, Gabriel Eustache et Jean Beudou. Il y a aussi le frère de Gabriel Eustache, le père et les frères de Gabriel Toralba, et Jean Bonnardel secrétaire de section qui sera fusillé au Camp de Souge à l’âge de 38 ans (avec 49 autres militants les 23 et 24 octobre 1941).
Jean Guenon est détenu à la prison de Bordeaux (Quai de Baculan), au motif de "détention d'armes, distribution de tracts". Il est transféré en décembre au camp "Beau-Désert" de Mérignac. Il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), en avril ou mai 1942, en vue de sa déportation comme otage.
Il est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.

On ignore le numéro d’immatriculation de Jean Guenon à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942. Le numéro « 45630 ? » inscrit dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Cette reconstitution n’a pu aboutir en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Seule la reconnaissance, par un membre de sa famille ou ami, du portrait d’immatriculation publié ci-dessus pourrait désormais en fournir la preuve.
Aucun document des archives SS préservées de la destruction ne permet de connaître la date du décès de Jean Guenon à Auschwitz. Dans les années d’après-guerre, l’état civil français n’ayant pas eu accès aux archives d’Auschwitz emportées par les armées soviétiques a fixé celle-ci en « juillet 1942 » (acte de disparition du 7/9/1946, dossier état civil 14283). C’est la date reprise par l’arrêté du 31 mars 1994, portant apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes de décès, et paru au Journal Officiel du 17 mai 1994. Gabriel Toralba, de Villenave d’Ornon (faubourg de Bordeaux), rescapé qui a témoigné sur la mort de ses 4 camarades Bordelais, écrit qu’il est mort en 1943, sans pouvoir préciser la date. Jean Guenon a été homologué « Déporté politique ».
Note (1) : Pierre Napoléon Poinsot, commissaire aux Andelys et à St Lô en 1936 où il se fait remarquer par un anticommunisme effréné. Muté à Bordeaux en 1938 dans la police spéciale de la préfecture, il est affecté au commissariat de la gare Saint-Jean (…) où il se lance dans la chasse aux communistes, qu'ils soient militants ou sympathisants. A l’Occupation, grâce à l'appui de Reige, directeur de cabinet du préfet, Poinsot reste à Bordeaux, malgré un avis défavorable de sa hiérarchie. Il organise la S.A.P (section des activités politiques) : sa « brigade Poinsot » devient le numéro un des services allemands pour la chasse aux communistes, gaullistes et résistants. Extraits de l’ouvrage de René Terrisse.
Sources
  • Témoignage de Gabriel Torralba, « 46264 », rescapé décédé à Séville en 1989.
  • Site internet de l’Amicale de Chateaubriant-Voves-Rouillé.
  • Bureau des archives des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen (dossier individuel consulté en juillet 1992).
  • « La Gironde sous l'occupation. La répression française. Bordeaux 1940 – 1944 » ouvrage de René Terrisse.
Biographie rédigée en novembre 2010 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
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