L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


GENTIL Edmond, Armand


Edmond Gentil le 8 juillet 1942 à Auschwitz
Matricule "45589" à Auschwitz

Edmond Gentil est né le 25 juin 1894 au domicile de ses parents à Roches-sur-Rognon (Haute-Marne). Il habite à Joinville (Haute-Marne) au moment de son arrestation.
Il est le fils de Marthe, Joséphine Collin, 20 ans, sans profession et d’Adolphe, Eugène Gentil, 37 ans, charretier, son époux.

Selon sa fiche de recensement cantonal, Edmond Gentil mesure 1m 73 et pèse 60 kg. Il a les cheveux châtain et les yeux bleus, le front moyen vertical et le « nez droit, moyen, horizontal ». Il a le visage rond. Au moment du conseil de révision, il travaille comme ouvrier de forges à Froncles (canton de Vignory / Haute-Marne). Il a une cicatrice de coupure au menton et à l’avant-bras gauche. Le registre signale qu’il est soutien de famille et qu’il sait nager. Conscrit de la classe 1914, il est déclaré "bon pour le service" et a certainement été mobilisé lors de déclaration de guerre. 
Il épouse Marie, Thérèse, Françoise Leclerc à Froncles (Haute-Marne), un village distant de 13 km de Roches-sur-Rognon, le 31 mai 1919.
Le couple aura deux enfants.
A partir de 1920, Edmond Gentil est manœuvre à la Fonderie Ferry-Capitain de Bussy, commune de Vecqueville. Dans cette même usine travaillent également Louis Bedet, Georges Collin, Bernard Hacquin, et Louis Thiéry qui seront eux-aussi arrêtés et déportés dans le convoi du 6 juillet 1942. 
Edmond Gentil est membre de la cellule du Parti communiste de Joinville.
A l’Occupation, Edmond Gentil est arrêté le 23 juin 1941, par la police française, dans le cadre de la grande rafle commencée le 22 juin, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique. Sous le nom « d’Aktion Theoderich », les Allemands arrêtent plus de mille communistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police française. D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy (la prison de Chaumont pour la Haute-Marne), ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht et qui ce jour là devient un camp de détention des “ennemis actifs du Reich”. Edmond Gentil remis aux autorités allemandes à leur demande est interné au camp de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) le 27 juin 1941. Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Edmond Gentil est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. 
Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Il est immatriculé le 8 juillet 1942
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45589".
Sa photo d’immatriculation (1) à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. On ignore dans quel camp il est affecté à cette date.
Aucun document des archives SS préservées de la destruction ne permet de connaître la date de son décès à Auschwitz. Mais dans les années d’après-guerre, l’état civil français n’ayant pas eu accès aux archives d’Auschwitz emportées par les armées soviétiques, a fixé celle-ci à la date fictive du 15 septembre 1942. Cette date est retenue par l’arrêté du 16 décembre 1992 - portant apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes de décès - paru au Journal Officiel du 29 janvier 1993. Sa fiche au « bureau des archives des conflits contemporains » mentionne "mort d'épuisement à Auschwitz".
  • Note 1 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 

Sources
  • M. Lionel Gallois, directeur des Archives départementales de Haute-Marne (13 novembre 1991)
  • Blog du club Mémoires 52, association de recherches historiques consacrées au département de la Haute-Marne, créée, en 1991, par Jean-Marie Chirol (1929-2002).
  • Listes - incomplètes - du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Bureau des archives des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen (dossier individuel consulté en 1991 et 93).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
Biographie rédigée en novembre 2010 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com
Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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