L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


FONTAINE Henri

Henri Fontaine en 1940


Matricule 45548 à Auschwitz


Son numéro d'immatriculation à Auschwitz est désormais certain. La photo d'immatriculation ci-contre a en effet été identifiée par l'une de ses arrières-petites-filles en le comparant avec un portrait d'avant guerre. Ce numéro correspondait d'ailleurs logiquement à la liste des immatriculations des «45000» à Auschwitz le 8 juillet 1942 : son frère Georges, déporté dans le même convoi, y est immatriculé sous le N° 45547. La ressemblance entre les deux frères, évidente sur les deux photos, ne laisse d'ailleurs aucun doute.

Henri Fontaine est né le 27 août 1901 à Nancy (Meurthe-et-Moselle). Il habite route de Morlaincourt à Ligny-en-Barrois (Meuse), au moment de son arrestation. Il est le fils cadet de Marthe Bohrer et de Claude, Léon Fontaine, son époux
Selon sa fiche matricule militaire Henri Fontaine mesure 1m 58, a les cheveux et les yeux châtain, le front moyen et le nez rectiligne, le visage ovale. Au moment du conseil de révision, il travaille comme électricien et habite au 139 rue de Véel à Bar-le-Duc (Meuse). Il a un niveau d’instruction « n° 3 » pour l’armée (sait lire et écrire et compter, instruction primaire développée).
Conscrit de la classe 1921, Henri Fontaine a été classé en « 5ème position de la liste » par les conseils de révision en 1921 et 1922 et à chaque fois « ajourné pour faiblesse ». Il est exempté pour « faiblesse générale » par le conseil de révision du 15 mars 1923.
Il a épousé Henriette Klipffel à Bar-le-Duc (Meuse) le 16 janvier 1926. Le couple a deux filles : Jacqueline née en septembre 1927 (ou 1930) puis Colette. Jacqueline a eu trois enfants  (Marie-Josée, Jean-François et Patrick).
Henri Fontaine est mouleur aux Fonderies Durenne à Bar-le-Duc. Il adhère au Parti communiste en 1926. Syndicaliste, il est secrétaire par intérim du Syndicat unitaire des Métaux. Il est candidat du Parti communiste aux élections législatives d'avril 1928 dans l'arrondissement de Bar-le-Duc (Maitron). Il est employé par la Société Energie Electrique de Meuse et Marne, à Ligny-en-Barois, au moment de son arrestation (dossier au BAVCC).
Il est alors trésorier de la section communiste de Ligny-en-Barrois.

Père de famille de deux enfants vivants, il est rattaché à la classe de mobilisation de 1917 le 1er février 1940. Le 7 février 1940, il est classé « service auxiliaire, inapte infanterie » par la commission de réforme de Bar-le-Duc. Il est rattaché au dépôt d’infanterie n° 64, et y arrive le 15 avril 1940. Puis il est transféré au dépôt n° 6 à Reims le 13 mai et affecté à l’hôpital complémentaire Libergier le 15 mai. Avec la débâcle, il est dirigé le 20 juillet 1940 sur la 16ème SIM (Section d’infirmiers militaires) de Lunel (Hérault). Il est démobilisé à Lunel le 21 juillet 1940 et « se retire » à Ligny-en-Barrois (Meuse). 
«Son colonel lui avait dit de ne pas revenir à Ligny-en-Barois. Il lui avait dit que les Allemands allaient l'arrêter. Il est tout de même rentré chez lui car il ne voulait pas laisser sa femme et ses filles seules. Jacqueline, ma grand-mère, avait donc 14 ans environ lorsque son père a été pris par la Gestapo et jusqu'à son dernier jour elle a vécu dans une grande culpabilité car, tétanisée de peur, elle n'a pas pu courir vers son père pour le prévenir que les Allemands étaient chez eux. Elle est restée figée dans le jardin en le regardant rentrer chez eux en passant par le chemin jouxtant ce jardin. Elle ne s'est jamais pardonnée. Nous avions beau la rassurer et lui dire qu'elle n'était pour rien dans toute cette horreur, elle souffrait terriblement. C'est lors de ses dernières heures, qu'elle souriait en disant qu'elle allait enfin rejoindre son père. Elle ne s'est jamais vraiment autorisée à vivre après le départ d'Henri. Lorsque j'étais en vacances, je dormais dans sa chambre et elle me racontait chaque soir le départ de son père et comment il était avec elle. Elle lui vouait une admiration énorme. Elle me disait que c'était quelqu'un de profondément bon et attentionné» (témoignage de l'une de ses arrières-petites-filles).
Henri Fontaine est arrêté le 22 juin 1941 par les autorités allemandes comme militant communiste,  tout comme les autres "45000" de son département, arrêtés entre le 22 et le 24 juin 1941 dans le cadre de l' «Aktion Theoderich». Les Allemands arrêtent plus de mille communistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police française, à la suite de l'attaque hitlérienne contre l'Union soviétique.
Il est  interné au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstallag 122) probablement le 27 juin 1941 avec ses camarades. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages».
Il est immatriculé à Auschwitz le 8 juillet 1942
Henri Fontaine est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Henri Fontaine est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 45548. Lire dans le blog le récit du premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale".
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. On ignore dans quel camp il est affecté à cette date.
Henri Fontaine meurt à Auschwitz le 2 novembre 1942 d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 300). 
Sa fiche d'état civil établie en France après la Libération porte toujours la mention «mort à Auschwitz en septembre 1942». Et il est regrettable que le ministère n'ait pas corrigé cette date à l'occasion de l'inscription de la mention "mort en déportation" sur son acte de décès (arrêté du 7 avril 2009 paru au Journal Officiel n°139 du 18 juin 2009). Ceci était pourtant rendu possible depuis la parution de l'ouvrage publié par les historiens polonais du Musée d'Auschwitz en 1995. Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz.
Son nom est inscrit sur le monument aux morts dans le parc de la commune et sur la plaque commémorative dans l'église de Ligny-en-Barrois.
Son frère, Georges Fontaine, né le 23 novembre 1899 à Toul est également déporté dans le même convoi (45547) à Auschwitz où il meurt le 14 août 1942. 
Pour lire sa biographie, cliquer sur Fontaine Georges

Sources
  • Mairie de Bar-le-Duc (5 juillet 1991).
  • Site internet Mémorial «GenWeb » (relevé Guy Chaillaud).
  • Blog du club Mémoires 52, association de recherches historiques consacrées au département de la Haute-Marne, créée, en 1991, par Jean-Marie Chirol (1929-2002).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom. Tome 28, p. 103.
  • Courriels et souvenirs ses arrière-petites-filles (février 2012)
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Dossier individuel consulté en mars 2012 à ma demande par M. Arnauld Bouligny, précisant en particulier sa date d'arrestation.
  • Registres matricules militaires.
Biographie rédigée en janvier 2001 et actualisée en février 2012 et octobre 2016 par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé), qui reproduit ma thèse de doctorat (1995).
Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.comPensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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