L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


FONTAINE Georges, Charles, Pierre



Georges Fontaine à Auschwitz
Matricule "45547" à Auschwitz


Georges Fontaine est né le 23 novembre 1899 à Toul (Meurthe-et-Moselle). Il habite 2 rue de la Paix à Saint-Dizier (Haute-Marne).
Il est le fils de Marthe Bohrer et de Claude, Léon Fontaine, son époux
Selon sa fiche matricule militaire Georges Fontaine mesure 1m 54, a les cheveux châtain foncé et les yeux bleus, le front moyen et le nez rectiligne, le visage rond. Au moment du conseil de révision, il travaille comme garçon épicier. Il sera par la suite employé de chemin de fer et habite à Bar-le-Duc (Meuse). Il a un niveau d’instruction « n° 3 » pour l’armée (sait lire et écrire et compter, instruction primaire développée).
Conscrit de la classe 1919, il est classé en 5ème position de la liste en 1919 et ajourné pour « faiblesse » et maintenu ajourné par le conseil de révision de Bar-le-Duc le 28 septembre 1918, pour le même motif. Le conseil de révision de la Meuse le classe « bon absent » le 5 juillet 1920. Georges Fontaine est incorporé au 161ème Régiment d’infanterie le 6 octobre 1920 où il arrive le 7.
Il passe au 16ème Bataillon de chasseurs à pieds le 1er février 1922. Il est placé dans la disponibilité le 2 mars 1922, « certificat de bonne conduite accordé ». Il « se retire » à Bar-le-Duc.

Travaillant comme homme d’équipe au Chemins de fer de l’Est (matricule 327) à Bar-le-Duc, cet emploi le fait alors « passer » le 5 décembre 1922 en tant que réserviste de l’armée active, à la 6ème section des chemins de fer de campagne en tant qu’« affecté spécial » (c’est-à-dire qu’il serait mobilisé à son poste de travail en cas de conflit).
Il se marie le 7 janvier 1924 à Behonne (Meuse). Le couple a un enfant.
En 1927, il est cheminot, aiguilleur de deuxième classe (N° SNCF: 43994) à la gare de Saint-Dizier (Haute-Marne), où il habite.
Le 25 septembre 1931, la commission militaire de réforme de Troyes le réforme (réformé définitif n° 2) invalidité à 100 %, pour « pleurite, tuberculose pulmonaire, tachycardie ». Ce qui a pour conséquence de le radier de l’affectation spéciale.
Membre du Parti communiste, il est trésorier du rayon de Saint-Dizier en 1932. 
Il a déménagé en 1937 et habite un petit pavillon au 2 rue de la Place à Saint-Dizier.
Puis il  habite un autre pavillon au 2 rue de la Paix, toujours à Saint-Dizier.
Pendant l’Occupation, il est arrêté en Haute-Marne par la Gestapo le 22 juin 1941, dans le cadre de la grande rafle commencée ce jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique. Sous le nom «d’Aktion Theoderich», les Allemands arrêtent plus de mille communistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police française. D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy, ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht et qui ce jour là devient un camp de détention des “ennemis actifs du Reich”. La mention «menées communistes», figure sur sa fiche au ministère.
Georges Fontaine est interné à Compiègne le 27 juin 1941. Durant son internement à Royallieu, il est hospitalisé plusieurs semaines à l’Hôpital du Val de Grâce.

Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Il est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Immatriculé le 8 juillet 1942 à Auschwitz
Georges Fontaine est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro matricule 45547. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschshwitz L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale".
Après l’enregistrement, Georges Fontaine passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. On ignore dans quel camp il est affecté à cette date.

Dessin de Franz Reisz, 1946
Georges Fontaine meurt à Auschwitz le 13 août 1942 d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 300).
Sa fiche d'état civil établie en France après la Libération porte toujours la mention «mort à Auschwitz le 28 septembre 1942». Il est regrettable que le ministère n'ait pas corrigé cette date, à l'occasion de l'inscription de la mention "mort en déportation" sur son acte de décès (Journal officiel du 18 juin 2009). Ceci était pourtant rendu possible depuis la parution de l'ouvrage publié par les historiens polonais du Musée d'Auschwitz en 1995. Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz.
Le titre de «Déporté politique» lui est attribué le 26 novembre 1942.
Son nom est inscrit sur la stèle commémorative de la SNCF à Saint-Dizier.
Son frère Henri Fontaine, né le 27 août 1908 à Nancy, qui habitait Ligny-en-Barrois (Meuse), est également déporté dans le même convoi, à Auschwitz où il meurt le 2 novembre 1942. Pour lire sa biographie, cliquer sur le lien
FONTAINE HENRI 27/08/1901

Sources

  • Correspondances avec Jean-Marie Chirol, animateur du « Club Mémoires 52 » : communication de ses recherches aux archives départementales et auprès de l'état civil de Toul (1992-1994).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Acte de décès daté du 29 mai 1946.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Blog du club Mémoires 52, association de recherches historiques consacrées au département de la Haute-Marne, créée, en 1991, par Jean-Marie Chirol (1929-2002).
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom.
  • M. Gallois, directeur des Archives départementales de Haute-Marne (octobre 1991).
  • Courrier (1992) de Georges Savary, responsable de la FNDIRP de Saint-Dizier, ancien interné à Compiègne (arrêté en même temps qu’Henri Quérel et d’autres communistes de Saint-Dizier) et déporté à Sachsenhausen.
  • Site internet « Mémorial GenWeb ».
  • Bureau des archives des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen (dossier individuel consulté en avril 1992).
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  • Registres matricules militaires
Biographie rédigée en novembre 2010 (complétée en octobre 2016) par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé).
Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.comPensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

Aucun commentaire: