L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


DUSSELIER Louis, Jules

Louis Dusselier D.r.

Matricule "45517" à Auschwitz

Louis Dusselier est né au domicile de ses parents, le 10 février 1898 à Narcy (Haute-Marne). Il habite au 200 avenue de la République à Saint-Dizier (Haute-Marne) au moment de son arrestation.
Il est le fils de Marie, Albertine, Deschamps, 32 ans, sans profession et de Léon Dusselier, 44 ans, homme d’équipe, son époux.
Conscrit de la classe 1918, Louis Dusselier est mobilisé par anticipation au début de 1917, comme tous les jeunes hommes de sa classe depuis la déclaration de guerre. Il a été gazé. 
Démobilisé, il épouse Marie Louise, Clotilde, Hinderschid, le 25 juin 1920, à Rozières (Haute-Marne). Le couple aura cinq enfants (Berthe, Robert, Daniel, Jean-Marie et Annie).
Louis Dusselier est ouvrier métallurgiste à la société Lemoine. Membre du Parti communiste, il est arrêté à l'Occupation, le 22 juin 1941 à son domicile par la police allemande, en raison de ses activités politiques anciennes, dans le cadre de la grande rafle commencée le 22 juin, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique. 
Au Val de Grace. Dr.
Sous le nom « d’Aktion Theoderich », les Allemands arrêtent plus de mille communistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police française. D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy, ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht et qui ce jour là devient un camp de détention des “ennemis actifs du Reich”.

Emprisonné à Chaumont, Louis Dusselier est interné à Compiègne le 27 juin et, après une longue hospitalisation au Val-de-Grâce (de septembre 1941 à mai 1942) où son fils Robert a pu le voir plusieurs fois, il est ramené au camp de Royallieu (Frontstalag 122) en vue de sa déportation comme otage.
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages
Louis Dusselier est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45517".
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Photo à Auschwitz le 8 juillet 1942
reconnue en 1946 par Clause Dusselier

Aucun document des archives SS préservées de la destruction ne permet de connaître la date de décès de Louis Dusselier à Auschwitz. Dans les années d’après-guerre, l’état civil français n’ayant pas eu accès aux archives d’Auschwitz emportées par les armées soviétiques a fixé celle-ci à une date fictive (le 1er, 15 ou 30 d'un mois estimé) sur la base du témoignage d'un de ses compagnons de déportation. Son état civil établi dans les années d'après guerre a fixé cette date fictive au 15 septembre 1942 à Auschwitz (Pologne), date non modifiée par l'arrêté du 30 mars 1989 publié au JO du 26 mai 1989, portant apposition de la mention "mort en déportation". Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz.
Sa famille sera sans nouvelles de sa destination et de son sort à partir de juillet 1942. 
Ce n’est qu’en 1946, que son fils Robert identifie (à la FNDIRP, rue Leroux) la photo d’immatriculation de son père à Auschwitz et découvre qu’il y a été déporté et qu’il y est mort.
Le titre de « Déporté politique » a été attribué à Louis Dusselier et il a été déclaré "Mort pour la France".
Le titre de « Déporté résistant » lui a été refusé. Le motif suivant est inscrit sur sa fiche établie par l’ex ministère des anciens combattants : "Inadmis : ancien communiste".

Sources

  • Questionnaire biographique (contribution à l’histoire de la déportation du convoi du 6 juillet 1942), envoyé aux mairies, associations et familles au début de mes recherches, en 1987, rempli par son fils Robert le 22 juin 1992, avec documents photographiques.
  • En 1946, Robert Dusselier identifie la photo d’immatriculation de son père à Auschwitz
  • Correspondances avec Jean-Marie Chirol, animateur du « Club Mémoires 52 » : communication de ses recherches aux archives départementales et auprès de l'état civil des mairies (1992-1994).
  • Blog du club Mémoires 52, association de recherches historiques consacrées au département de la Haute-Marne, créée, en 1991, par Jean-Marie Chirol (1929-2002).
  • Courrier (1992) de Georges Savary, responsable de la FNDIRP de Saint-Dizier, ancien interné à Compiègne (arrêté en même temps que d’autres communistes de Saint-Dizier) et déporté à Sachsenhausen.
  • Bureau des archives des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen (dossier individuel consulté en février 1992).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • © Archives en ligne : Etat civil de Haute-Marne.
Biographie rédigée en novembre 2010, complétée en 2015 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé).
Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com  Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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