L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


COLLIGNON Robert, Georges, Eugène



45386

Robert Collignon est né le 21 novembre 1902 à Voillecomte (Haute-Marne). Il habite 22 rue Picard à Eurville (Haute-Marne) au moment de son arrestation. Il est marié, père de trois enfants. Il est chauffeur-routier, et gère le dépôt Shell à Eurville. Membre du Parti communiste, il est trésorier de la cellule d'Eurville. Adhérent du Secours Rouge, il avait collecté des vêtements pour les enfants espagnols durant la guerre civile.

Mobilisé, il effectue son service au camp de Sainte Gabelle. Il est démobilisé en septembre 1940 dans l'Ariège. A l’Occupation, il n’est plus communiste, selon sa fille, qui pense, après en avoir parlé avec le curé du village, que son père était choqué d’avoir à « saboter » et à « agir contre la France au nom de l’Internationnale ». «Mon père connaissait une filière de la Résistance vers l'Espagne, et attendait pour passer en Angleterre ».

Robert Collignon est arrêté le 22 juin 1941, "un dimanche soir, aux environs de 19 h, alors qu’il se reposait dans le jardin, après une journée passée au bois à faire des piquets pour les tomates - se souvient sa fille Lilianne - Au nombre de 4 ou 5, les Allemands étaient venus en camion et armés. Deux d’entre eux sont entrés et l’ont suivi partout dans la maison alors que ma mère lui préparait quelques affaires", comme". Cette arrestation a lieu dans le cadre de la grande rafle commencée le 22 juin, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique. Sous le nom « d’Aktion Theoderich », les Allemands arrêtent plus de mille communistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police française. D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy (la prison de Chaumont pour la Haute-Marne), ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht et qui ce jour là devient un camp de détention des “ennemis actifs du Reich”. Il est dirigé le jour même sur Compiègne où il reçoit le n° matricule 587.

Robert Collignon est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942, dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.

Dans le convoi, il réussit lors d’un arrêt vers Revigny, à faire passer une lettre et un petit paquet à sa femme (document ci-joint). Il lui annonce l'envoi de "quelques affaires, et d'une chaîne, faite avec un bout de planche de son lit". Il l'avertit de son départ probable pour l'Allemagne, et indique la présence dans le train "de tous les copains de Joinville, et des Collas père et fils, de Savonnière".

Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 45386. La photo du déporté portant ce numéro matricule a été identifié en comparaison avec un portrait civil, (C.f. site de l’association « Mémoire vive »), ce que sa fille, âgée de 8 ans et demi au moment de son arrestation n’avait pu me confirmer en 1990.

Aucun document des archives SS préservées de la destruction, ne permet de connaître la date du décès de Robert Collignon à Auschwitz. Par un jugement déclaratif de décès du 14 mars 1947, le ministère des Anciens Combattants établissait la date de sa mort "en 1943, mois inconnu". L’arrêté du 9 novembre 1987 portant apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes de décès paru au Journal Officiel du 24 décembre 1987, reprend cette même date « décédé en 1943 à Auschwitz ».

Robert Collignon a été déclaré "Mort pour la France le 19 mai 1947. Il est homologué déporté politique le 26 mars 1954. Son nom est inscrit au monument aux Morts d'Eurville.

Sources

  • Lettre de sa fille, Madame Lilianne Klein (juin 90)
  • Photocopie de la lettre du convoi.
  • Questionnaire biographique (contribution à l’histoire de la déportation du convoi du 6 juillet 1942), envoyé aux mairies, associations et familles au début de mes recherches, en 1987, rempli par sa fille Mme Lilianne Klein (juin 1990).
  • Blog du club Mémoires 52, association de recherches historiques consacrées au département de la Haute-Marne, créée, en 1991, par Jean-Marie Chirol (1929-2002).
  • Site internet "Mémoire vive des convois des 45000 et 31000".
  • Bureau des archives des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen.

Biographie rédigée en novembre 2010 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.

Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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