L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


CABARTIER Auguste, Marius



Auguste Cabartier, le 8 juillet 1942 à Auschwitz

Matricule "45321" à Auschwitz

Auguste Cabartier est né le 9 octobre 1894 à Rachecourt-sur-Marne (Haute-Marne), fils d’Alexandre Cabartier et de Laure née Warin. 
Il habite à Rachecourt-sur-Marne au moment de son arrestation.
Selon sa fiche matricule militaire Auguste Cabartier pèse 57 kg, a les cheveux blonds et les yeux bleus, le front droit et le nez ordinaire, le visage ovale. Au moment du conseil de révision, il travaille comme ouvrier d’usine et habite à Rachecourt.
Il a un niveau d’instruction « n° 2 » pour l’armée (sait lire et écrire et compter, instruction primaire).
Conscrit de la classe 1914, Auguste Cabartier est « ajourné pour faiblesse » en mars 1914 étant « boiteux ». Mais la déclaration de guerre le mobilise le 18 décembre 1914 (séance du 21 octobre), et le 19 décembre 1914, il arrive au 2ème bataillon de Chasseurs à Pieds, caserné à Lunéville. Il est chasseur de 2ème classe. Après 6 mois d’instruction militaire, il part « aux armées » le 2 juin 1915. A cette date le 2ème BCP est cantonné au nord d’Arras. À partir du 25 septembre 1915, le bataillon est engagé dans l’offensive meurtrière de Champagne. Le 30 septembre lors des combats en direction de Ripont pour la reprise l’ouvrage dit « de la Défaite » Eugène Cabartier est « porté disparu, présumé grièvement blessé » (le bataillon est décimé : après une seule journée de combat, il a perdu 631 chasseurs et 14 officiers).  
Il a en fait été fait prisonnier. C’est un avis du maire de Rachecourt, en date du 20 septembre 2016, qui le mentionne aux autorités militaires, à partir d’une correspondance reçue par sa famille depuis le Stalag de Ratisbonne (principal camp de prisonniers de guerre de Bavière), baraque VII, compagnie 2. Auguste Cabartier est rapatrié le 24 décembre 1918 et réaffecté au 10ème Bataillon de chasseurs à pieds le 27 janvier 1919. Il rentre en retard au dépôt le 26 février et il est alors placé « en prévention de conseil de guerre » du 1er juin au 12 juillet 1919. Sans suite, car il est envoyé en congé illimité de démobilisation le 9 septembre et « se retire » à Rachecourt, avec la mention « certificat de bonne conduite accordé ».
Il est veuf de Marthe Lefranc née le 15 avril 1889 à Thonnance-lès-Joinville, qu’il a épousée le 11 février 1924 à Rachecourt-sur-Marne. Le couple a trois enfants (Gilbert né en 1921, Daniel né en 1926, Christian né en 1929).
Auguste Cabartier est ouvrier métallurgiste, lamineur aux forges de Rachecourt. Il est militant CGT, secrétaire de la cellule du Parti communiste de Rachecourt.
En février et avril 1932, la Commission de réforme de Troyes lui accorde un taux d’invalidité imputable au service (- 10 %) pour blessure en séton (par balle ou arme blanche)  en haut de la cuisse droite et cicatrice sus épineuse droite.

Le 4 mai 1938, il est condamné à 58 francs d’amende pour « coups et blessures » par le tribunal correctionnel de Wassy (Haute-Marne).
Son épouse décéde durant l'exode en 1940.
Il est arrêté le 22 juin 1941 à son domicile par des feldgendarmes, dans le cadre de la grande rafle commencée le 22 juin, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique. Sous le nom «d’Aktion Theoderich », les Allemands arrêtent plus de mille communistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police française.
11 juillet 1941, lettre de Compiègne 
D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy (la prison de Chaumont pour la Haute-Marne), Auguste Cabartier est envoyé, comme ses camarades, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht et qui ce jour là devient un camp de détention des “ennemis actifs du Reich”. Ci-contre une lettre de Compiègne envoyée à ses enfants le 11 juillet 1941 (la date que l'on peut lire "1942" est incontestablement erronée). Adressée à Daniel et Christian, il y donne de ses nouvelles à ses enfants, souhaitant avoir l'adresse de Gilbert, son aîné pour pouvoir lui écrire. Il décrit la misère de sa vêture et demande s'ils peuvent lui envoyer une culotte, une veste, une paire de chaussures et sa brosse à cheveux. Il voudrait recevoir du tabac et des feuilles de cigarettes. Il demande à Daniel de "mettre de l'ordre chez nous et de prendre soin de Christian".
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Auguste Cabartier est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Immatriculation le 8 juillet 1942 à Auschwitz
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 45321. En l’absence de références aux registres du camp, ce numéro «probable» compte tenu de l’ordre des listes alphabétiques, a été identifié en comparaison avec un portrait civil. 
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz (1) a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.  Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Aucun document des archives SS préservées de la destruction ne permet de connaître la date exacte de son décès à Auschwitz. Mais il y a bien été immatriculé (cf. ci-dessus). Dans les années d’après-guerre, l’état civil français a écrit « à la date du 4 ou 6 juillet 1942, il a été dirigé sur le camp d’Aushwitz et mourut de dysenterie durant son transfert dans ce camp». Ce que l’arrêté du 26 juin 2004 portant apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes de décès paru au Journal Officiel du 12 mars 2005 a transcrit en « décédé le 6 juillet 1942 en Allemagne ».
Auguste Cabartier a été déclaré "Mort pour la France". Le titre de « déporté politique » lui a été attribué. Son nom figure sur le monument aux morts de Rachecourt.

Sources
  • Correspondance avec Jean-Marie Chirol, animateur du « Club Mémoires 52 » (5 octobre 1994) : communication de ses recherches aux archives départementales et auprès de l'état civil des mairies (1992-1994), et ses rencontres avec la famille, qui lui confient une lettre de Compiègne.
  • Blog du club Mémoires 52, association de recherches historiques consacrées au département de la Haute-Marne, créée, en 1991, par Jean-Marie Chirol (1929-2002).
  • Site internet Mémorial «GenWeb » informations complétées par Catherine Nadine Lefranc- Persechini le 06-02-2009.
  • Bureau des archives des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen (dossier individuel consulté en 1994).
  • Registres matricules de Haute-Saône et des Vosges.
Biographie rédigée en novembre 2010, complétée en octobre 2016, par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com * Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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