L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


TENAILLE Théophile, Gilbert, Louis



Conseiller municipal de Gennevilliers

Théophile Tenaille,  est né le 27 novembre 1906 au foubourg du Clos de Guéret (Creuse). 
Il habite au 13 rue Henri Vuillemin à Gennevilliers (ancien département de la Seine / Hauts-de-Seine) au moment de son arrestation. 
Il est le fils de Marie Tenaille, cultivatrice (état civil), puis ouvrière d'usine (Le Maitron).
Le 16 août 1930, il épouse Hélène, Louise D'Herdt à Paris 14ème. 
Il est machiniste à la Société de transports en commun de la région parisienne (TCRP) d'Asnières.
Théophile Tenaille est secrétaire du rayon communiste d'Asnières et responsable de la Section syndicale CGT du Dépôt dans cette même ville.
Elu conseiller municipal aux élections partielles de 1934, réélu le 5 mai 1935, il est, selon le dossier des Renseignements généraux "l'ancien secrétaire du député Dutilleul, membre de la Section Gennevilliers de la Région parisienne Ouest du P.C., et agent actif de la propagande communiste clandestine".

A l’Occupation, il entre en effet dans l'action illégale dès juin 1940. 
Il est arrêté le 5 octobre 1940 par la police française alors qu'il se rendait à un rendez-vous clandestin et transportait des tracts. 
Cette arrestation a lieu dans le cadre de la grande rafle organisée, avec l’accord de l’occupant, par le gouvernement de Pétain à l’encontre des principaux responsables communistes d’avant-guerre de la région parisienne (Seine et Seine-et-Oise) : les militants parisiens sont regroupé au Stade Jean Bouin et sont emmenés par cars à Aincourt. Au total, plus de 300 militants communistes, syndicalistes ou d’organisations dites «d’avant-garde», sont envoyés à Aincourt à partir du 5 octobre 1940. Lire dans le blog : Le camp d’Aincourt.
Motifs de l'arrestation
Sur la liste « des militants communistes « concentrés » le 5 octobre 1940» reçue par la direction du camp, figurent des mentions caractérisant les motifs de leur internement (C 331/7). Pour Théophile Tenaille on lit les mentions : « Ex conseiller municipal communiste de Gennevilliers. Ex secrétaire du député communiste Dutilleul. Chauffeur à la TCRP. Agent de la propagande clandestine », suivies de son adresse. 
Le 6 septembre 1941, il est transféré au camp de Rouillé, avec 149 autres internés du camp d’Aincourt. Le 14 octobre 1941 le commandant du Centre d’Internement Administratif de Rouillé s’adresse au Préfet de la Seine pour obtenir des informations concernant les 150 internés provenant d’Aincourt et arrivés à Rouillé le 6 septembre (doc C-331.24). Ces dossiers lui sont envoyés par les Renseignements généraux le 28 octobre. Pour Théophile Tenaille, la réponse est identique à celle envoyée à Aincourt.
Rouillé, liste des RG
Début mai 1942, les autorités allemandes adressent au commandant du camp de Rouillé (1) une liste de 187 internés qui doivent être transférés au camp allemand de Compiègne (Frontstallag 122). Le nom de Théophile Tenaille (n° 72 de la liste) y figure. Le 22 mai 1942 c’est au sein d’un groupe de 168 internés (2) qu’il est transféré arrive au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122). La plupart d’entre eux seront déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet. 
Depuis le camp de Compiègne, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Il est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Le numéro "45133" figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) et signalé comme incertain, correspond à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Cette reconstitution n’a pu aboutir en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il serait donc hasardeux de maintenir ce numéro en l’absence de nouvelles preuves.
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. 
Théophile Tenaille meurt à Auschwitz le 2 septembre 1942 d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz, Tome 3 page 1242). Un rescapé aurait témoigné que « le jour de son passage à la chambre à gaz, courageusement, il se battra avec les SS qui voulaient l’y conduire. Il en tuera un. Les SS, furieux, l’abattirent avant de conduire son cadavre à la chambre à gaz » (Jacques Fath in «plaques commémoratives», qui cite le témoignage avec un point d’interrogation).
Cité Théophile Tenaille à Gennevilliers
Une cité de Gennevilliers, inaugurée par la municipalité en 1963 porte son nom.
Son nom figure également sur la plaque commémorative dans le hall de l'Hôtel de Ville.
  • Note 1 : Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. In site de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé.
  • Note 2 : Dix-neuf internés de la liste de 187 noms sont manquants le 22 mai. Cinq d’entre eux ont été fusillés (Pierre Dejardin, René François, Bernard Grimbaum, Isidore Pertier, Maurice Weldzland). Trois se sont évadés (Albert Belli, Emilien Cateau et Henri Dupont). Les autres ont été soit libérés, soit transférés dans d’autres camps ou étaient hospitalisés. 


Sources
  • Archives de Gennevilliers (Liste de déportés, noms de rues, biographie insistant sur "la grande confiance et la profonde affection" de tous ses camarades de travail).
  • Plaque dédiée "A la mémoire des Conseillers municipaux morts pour la France" (photographie Jacques Fath).
  • Archives du CDJC (XLI 42).
  • Archives de la Police.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom.
Biographie (mise à jour en 2015) réalisée pour l’exposition sur les "45000" de Gennevilliers 2005, par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005. Prière de mentionner les références (auteur et coordonnées du blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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