L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


SEGUIN Hilaire



Matricule "46099" à Auschwitz


Hilaire Seguin, dit Gaby, est né le 14 août 1901 à Jaunay-Clan (Vienne). Il habite 8 rue Parmentier à Joué-les-Tours (Indre-et-Loire) au moment de son arrestation.
Il est le fils d’Aimée, Juliette Plault, 25 ans et d’Auguste, Hilaire Seguin, 25 ans, employé à la compagnie des chemins de fer d'Orléans, son époux. Ses parents habitent au lieu-dit Saint-Benoît à Jaunay. L’accouchement a lieu au lieu-dit La Payre, chez Mme  Aimée Hérault veuve Plault.
Conscrit de la classe 1921, Alphonse Rousseau est appelé sous les drapeaux le 9 avril 1921. Son registre matricule militaire indique qu’il habite Rue Couvrat Desvergnes à Tours où il travaille comme tourneur au moment du conseil de révision.
Il mesure 1m 67, a les cheveux châtains et les yeux gris. Il a un niveau d’instruction « n°3 » pour l’armée (sait lire, écrire et compter, instruction primaire développée).
Il est incorporé au 505ème régiment de chars de combat cantonné à Vannes le 14 avril 1921 (il a obtenu un sursis de 4 jours pour assister à un mariage). Après les classes, il passe au 512ème régiment de chars de combat, à Châlons-sur-Marne le 15 août 1922. Il « passe dans la disponibilité » le 1er avril 1923, mais est maintenu au corps jusqu’au 30 mai 1923 (article 33 de la loi du 21 mars 1905 qui stipule que les réservistes sont tenus de participer à des manœuvres de quatre semaines chacune pendant le temps de service dans la réserve de l'armée active). Il se retire rue Couvrat Desvergnes à Tours, « certificat de bonne conduite accordé ».
Hilaire Seguin est embauché comme tourneur sur métaux aux ateliers des Chemins de fer d’Orléans (le P.O, Paris-Orléans) à Tours. A ce titre, il va être classé « affecté spécial » dans la réserve de l’armée active, au titre de la 3ème section des chemins de fer de campagne comme employé permanent des chemins de fer d’Orléans le 1er décembre 1925.
Hilaire Seguin épouse à Tours le 20 mars 1926 Marie Jeanne Le Bec, modiste, née à Tours en 1910. Le couple divorce en février 1928. Hilaire Seguin  est condamné en octobre 1928 à des amendes pour « atteinte à la propriété mobilière, outrage… ».
Il se remarie le 9 février 1929 à Joué-les-Tours avec Marie-Anne Thomasie, née en 1899, originaire de Saint-Thuriau (Morbihan).  
Hilaire Seguin est père de deux enfants (un fils de 11 ans et un autre de 18 ans, qui s’engagera dans l'armée de Libération).
Trésorier du Syndicat confédéré des Cheminots de Paris-Orléans en 1931, il siège à la commission exécutive de l'Union départementale du Loiret de 1930 à 1934 (au moins,  selon le Maîtron). Aux ateliers SNCF de Tours, il travaille comme tourneur à la robinetterie, au premier étage de l'atelier d'ajustage écrit Camille Lafoucrière, "doublard" de Gaby à son poste de travail en janvier 1941. 
Militant de la cellule communiste de Joué-les-Tours, il est, dès le début de septembre 1940, responsable du Parti communiste pour l'ensemble du Centre ferroviaire de Tours - St-Pierre-des-CorpsIl collationne grenades, revolvers, chargeurs de balles Lebel, que des camarades lui apportent, dans la musette qu'il portait toujours. (cliquer sur le document ci-dessus pour lire le témoignage de Camille Lafoucrière). Hilaire Seguin est arrêté dans la nuit du 9 au 10 février 1941 à son domicile par la police allemande, à la suite de la mort d’une sentinelle allemande, rue du Hallebardier à Tours (en cliquant sur ce lien, lire l’article du blog). A la suite de son arrestation, Camille Lafourcrière et un autre militant font disparaitre des chargeurs de Lebel, deux grenades et quatre baillonnettes cachées dans le banc de son tour.
50 otages sont désignés (40 Juifs et 10 communistes). A Fontevraud, 6 communistes sont exécutés le 22 février en représailles. A Tours, les otages communistes sont enfermés à la caserne du 501ème RCC au champ de Mars, puis transférés à la prison de Tours.
Maxime Despouy arrêté en même temps qu’Hilaire Seguin, écrit « c’est là que je revis André Marteau plusieurs fois pour lui passer à manger. Je le revis avec plusieurs camarades, Chauveau Bernard, Mazein Jacques, Seguin et bien d’autres qui ne devaient jamais revenir ».
Il est transféré le 27 avril 1941 au camp allemand (Frontstalag 122) de Royallieu à Compiègne. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Hilaire Seguin est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Hilaire Seguin le 8 juillet 1942 à Auschwitz
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "46099". Sa photo d’immatriculation à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
© Dessin de Franz Reisz, 1946
Hilaire Seguin meurt à Auschwitz le 6 novembre 1942 d’après la liste établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen). La mention marginale de son acte de naissance (transcription le 10 décembre 1980) mentionne une autre date "décédé le 29 septembre 1942 à Auschwitz». Afin de donner accès aux titres et pensions pour les familles des déportés, l’état civil français n’ayant pas eu accès après-guerre aux archives d’Auschwitz emportées par les armées soviétiques, a fixé celle-ci à une date communiquée par Stanislaw Tamowski, un de ses compagnons de déportation, rescapé. Sa veuve écrit sur la base de ce témoignage "mort d'épuisement et gazé".
Stèle commémorative © Paul-Marc Heudre
Sa mémoire est honorée sur le site de la fédération du PCF de Touraine.
Son nom est gravé sur une stèle, avec celui de 9 autres déportés rue des Martyrs à Joué-les-Tours .

Sources

  • Lettre de sa veuve, Marianne Seguin au Patriote Résistant ( mars 1982)
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Témoignage de Camille Lafoucrière, secrétaire du Comité de Libération des Cheminots, St- Pierre- des-Corps (novembre 1980)
  • Acte de naissance ( décembre 1980)
  • Acte de mariage (décembre 1980 )
  • Journaux locaux 1942 et 1945 (sources Robert Guérineau).
  • Enquêtes de Robert Guerineau (1980) et Jean-Claude Guillon (1980), (bibliothécaire retraité, membre de l’Institut CGT d’histoire sociale en région centre, collaborateur du Maîtron),
  • Récit de Maxime Despouy, qui fut arrêté le même jour qu’André Marteau le 24 juin 1941 (fait à Poitiers le 24 octobre 1945). Document retrouvé en mairie de St-Pierre-des-Corps et transmis par Robert Guérineau.
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, Tome 41, page 207.
  • © Etat civil et Registres matricules militaires d’Indre et Loire.
  • Site Géneanet, photo stèle © Paul-Marc Heudre.
Biographie rédigée en octobre 2010, complétée en 2016, par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de "Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 »", éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé).
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