L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


ROUYER Charles, Jean



Charles Rouyer est né le 22 juillet 1907 à Clichy-la-Garenne (ancien département de la Seine, aujourd’hui Hauts-de-Seine), de parents blanchisseurs. Il habite 14 rue du Square à Gennevilliers au moment de son arrestation.
Il est marié. Clicheur, « canardier » à l'imprimerie Simard, rue Montmartre à Paris, puis à l'imprimerie Paul Dupont à Clichy.
Militant communiste et membre du Syndicat du Livre parisien, il est élu conseiller municipal en 1932 et le 5 mai 1935, sur la liste de Jean Grandel.
Insigne des BI

Il s'engage dans les Brigades Internationales pour la défense de l'Espagne Républicaine. "Il arriva en Espagne le 14 novembre 1936. Charles Rouyer fut affecté à la XIVe Brigade au bataillon Henri Barbusse, dès son arrivée, il demanda à adhérer au parti communiste d’Espagne. Il fut nommé lieutenant, rejoignit le 4 février 1937 la XIIIe Brigade, 10e bataillon. 2e compagnie ; le 26 mars 1937 à la XIe adjoint au lieutenant de compagnie, enfin à la XVe au 15e bataillon, le 15 juin 1937. Il participa aux combats pour la défense de Madrid, à ceux de Motril, à la bataille de Brunete, et aux batailles pour la défense de Saragosse" (Le Maitron). Le 17 janvier 1938 il prend le chemin de la France. Il arrive à Gennevilliers le 24.
ll est déchu de son mandat le 9 février 40, "pour appartenance au Parti communiste" par le conseil de préfecture.

Arrêté le 24 décembre 1941 à Clichy, il est conduit à la caserne des Tourelles, où sont incarcérés la plupart des anciens brigadistes de la Guerre d'Espagne. Le 5 mai 1942, à la demande des autorités allemandes, Charles Rouyer est transféré au camp allemand de Compiègne (Frontsatalg 122) avec 24 autres internés. Ils sont convoyés par des gendarmes français.
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».

Charles Rouyer est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.

On ignore son numéro d’immatriculation à Auschwitz : Le numéro 46082 figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) et signalé comme probable correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Cette reconstitution n’a pu aboutir en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il serait donc hasardeux de maintenir ce numéro en l’absence de nouvelles preuves.

On ignore la date exacte du décès de Charles Rouyer à Auschwitz. Son état civil établi dans les années d'après guerre repris par l'arrêté du 16 octobre 1998 publié au JO du 27 janvier 1999 portant apposition de la mention "mort en déportation" portent néanmoins "décédé fin août 1942 à Auschwitz l". La raison en est simple : afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés, l’état civil français n’ayant pas eu accès dans les années d'après-guerre aux archives d’Auschwitz emportées par les armées soviétiques, a fixé celle-ci à une date fictive (le 1er, 15 ou 30 d'un mois estimé) sur la base du témoignage d'un de ses compagnons de déportation.
Il a été homologué "Déporté politique".

Sources

  • Archives de Gennevilliers : lettre de Mme Cadoret, Maire-adjointe de Gennevilliers (2 septembre 1945).
  • Plaque dédiée "A la mémoire des Conseillers municipaux morts pour la France". Photo Jacques Fath
  • Jean Maitron, Dictionnaire biographique du Mouvement ouvrier, tome 40, p. 430. et notice © de Daniel Grason et Claude Pennetier.
  • Fichier national des archives des ACVG.
  • Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen (dossier individuel consulté en 1992).
Biographie réalisée pour l’exposition sur les 45000 de Gennevilliers 2005 (actualisée en 2010), par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : « Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005 et de « Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) .
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