L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


PROTHAIS Gustave, Félix



Matricule"46018" à Auschwitz

Gustave Prothais 
est né le 11 décembre 1887 à Etouy (Oise). Il est le fils de Marie Luçon, 25 ans, ménagère et d'Alphonse Prothais  28 ans, terrassier, son époux. Après avoir vécu à Agnetz, il habite à Fitz-James (Oise) au moment de son arrestation. Gustave Prothais est métreur en bâtiment. 
Il se marie en 1908 à Etouy avec Mélanie, Célinie Montillet (née à Etouy en 1890). 
Le couple a deux enfants (Gustave, né à Clermont en 1914 et Denise, née à Agnetz en 1922).
Gustave Prothais habite à Etouy (Oise) au moment du Conseil de révision.
Son registre matricule militaire nous apprend qu’il mesure 1m 69, a les cheveux châtain clair, les yeux bleus, le front fuyant et moyen, le nez rectiligne, le menton rond le visage plein. Il possède un niveau d’instruction n° 3 (possède une instruction primaire supérieure).
Conscrit de la classe 1907, Gustave Prothais est ajourné pour « faiblesse » par le conseil de révision en 1908.
Soutien de famille, il est déclaré bon pour le service par le CR de 1909. Il est appelé sous les drapeaux le 8 octobre 1909 et incorporé le même jour au 58ème Régiment d’Infanterie. Il passe comme musicien à la SHR (Section Hors Rang) le 29 janvier 1910. Gustave Prothais est « envoyé en congé » le 24 septembre 1911, certificat de bonne conduite accordé « en attendant son passage dans la réserve de l’armée active » (le 1er octobre 1911).
En 1911, le couple habite 18 route de Montataire à Creil. En 1912 à Etouy. En 1913 au 59 rue des Fontaines à Clermont de l’Oise.
Il est « rappelé à l’activité » par le décret de mobilisation générale du 1er août 1914. Il arrive au 51ème Régiment d’Infanterie à Beauvais le 3 août 1914.
Le 1er avril 1915, il est déclaré insoumis par le 51ème Régiment d’Infanterie : il est en fait présent au 251ème Régiment d’Infanterie, 23ème compagnie (note du Lieutenant-Colonel commandant ce régiment). Il est rayé de l’insoumission le 7 mai 1915.
Il passe au 66ème Régiment d’Infanterie le 23 février 1919.
Gustave Prothais est cité à l’ordre du jour n° 373 du régiment (30 avril 1917) : « Au cours des attaques des 16 au 20 avril 1917, s’est dépensé sans compter et a fait preuve de courage et de dévouement, en allant relever en première ligne, sous un fort bombardement, de nombreux blessés ». Il est décoré de la croix de guerre avec étoile de bronze.
Il est mis en congé illimité de démobilisation le 25 mars 1919.
Son classement dans la réserve de l’armée active est mis en sursis comme directeur de la Maison Cussac de Clermont (entreprise générale de bâtiments et hangars agricoles).
La famille Prothais va habiter des communes voisines de Creil et de Clermont : en 1925, il habite à Agnetz. En janvier 1926 au 12 rue de la gare à Creil. En octobre 1927 au hameau de Hez à Agnetz. En 1935, ils habitent à Fitz-James.
Libre penseur, Gustave Prothais adhère au Parti communiste en 1925, devient trésorier départemental de l'Oise en 1931 et membre du comité régional de la région Picarde (Somme et Oise) en 1936.
Gustave Prothais est candidat aux élections législatives en 1932 dans la circonscription de Compiègne, aux cantonales (canton de Clermont) en 1934 et au conseil d'arrondissement en 1937. En 1932, il échoue aux élections municipales partielles de Fitz-James, mais il est élu dès le 1er tour à Fitz-James aux élections municipales de 1935 sur une liste d'union antifasciste (131 voix sur 237 exprimés). 
En octobre 1936, il est définitivement libéré des obligations militaires.
Il est déchu de son mandat municipal en 1940 par le conseil de préfecture.
Il fait partie du comité directeur du «Secours Populaire de France et des colonies» départemental de l'Oise depuis juin 1940. A l'Occupation il recrute des patriotes pour des groupes de l'O.S (l'Organisation Secrète, créée par le Parti comuniste) dès le mois de juin 1940. Il participe à la constitution du premier comité du «Front national pour lan libération de la France», constitutant des dépôts d'armes.
Gustave Prothais est arrêté le 20 avril 1940 par la police française. Interné au camp de Sablon, il s'en évade le 4 novembre de la même année.
Il est arrêté à nouveau à la mi juillet 1941, dans la même période que Paul Crauet (4541) Georges Gourdon (45622), Maurice Bataillard (45203) et André Gourdin (45621) tous déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.
Il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) entre le 13 et le 16 juillet 1941. Il y reçoit le numéro matricule 1284. Il est  affecté au camp C9. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Gustave Prothais est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 46018 selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz.
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Gustave Prothais meurt à Auschwitz le 31 octobre 1942 meurt à Auschwitz le 21 août 1942 d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 968). Sa fiche d'état civil établie en France après la Libération porte toujours la mention «décédé le 30 novembre 1942 à Auschwitz (Pologne)». Il est regrettable que le ministère n'ait pas corrigé cette date, à l'occasion de l'inscription de la mention "mort en déportation" sur son acte de décès (Journal officiel du 18 avril 1998). Ceci était pourtant rendu possible depuis la parution de l'ouvrage publié par les historiens polonais du Musée d'Auschwitz en 1995. Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz.
Le titre de «Déporté politique» lui a été attribué.
Une rue de Fitz-James porte son nom.
Son épouse Mélanie est candidate aux élections municipales de Fitz-James en 1945.

Sources

  • Correspondance avec Jean Pierre Besse, chercheur à Creil, collaborateur du Maîton (communication de ses recherches aux archives départementales de l'Oise - séries M et W - et auprès de l'état civil des mairies).
  • Listes - incomplètes - du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom. Tome 39, page 239. Notes par G. Mader.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
Biographie rédigée en octobre novembre 2010, complétée en octobre 2015 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé).
Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
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