L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


PAUL Louis


Matricule "45952"  Auschwitz


Louis Paul, dit le petit Paul, est né le 15 décembre 1899 à Saint Samson-la-Poterie (Oise). Il habite à Breuil-le-Vert (Oise) près de Clermont-sur-Oise, au 7 Rue Saint Germerau moment de son arrestation. 
Rue Louis Paul au hameau de Giencourt
Il est le fils de Marie Derichez, 22 ans, ouvrière opticienne, et de Louis François Paul, potier, son époux.
Louis Paul est "courtier-receveur" et habite à Neufchatel-en-Bray (Seine-Inférieure / Seine-Maritime) au moment du Conseil de révision.
Son registre matricule militaire nous apprend qu’il mesure 1m 62, a les cheveux bruns, les yeux gris, le nez rectiligne, le visage ovale. Il possède un niveau d’instruction n° 3 (possède une instruction primaire supérieure).
Conscrit de la classe 1919, Louis Paul est mobilisé par anticipation en 1918, comme tous les jeunes hommes de sa classe depuis la déclaration de guerre. Il est appelé sous les drapeaux le 16 avril 1918 et incorporé le 19 avril au 51ème Régiment d’Infanterie. Il passe au 128ème Régiment d’Infanterie le 30 août 1918. Il repasse au 51ème Régiment d’Infanterie le 1er juin 1919.
Louis Paul se marie le 8 novembre 1919 à Breuil-le-Vert avec Germaine, Jeanne, Roger. Elle est infirmière. Le couple aura deux 2 enfants.
Il est « renvoyé dans ses foyers » le 21 mars 1921, certificat de bonne conduite accordé « en attendant son passage dans la réserve de l’armée active » (le 15 avril 1921). Il se retire à Breuil-le-Vert (Oise) à quelques kilomètres de Montataire.
En octobre 1922 il habite Beauvais, au 4 bis rue Saint-Lazare.
En février 1924, il revient à Breuil-le-Vert. En octobre 1935, il habite au hameau de Giencourt dans ce bourg.
Selon le Maitron, il est livreur ou cheminot.  Il est en fait métallurgiste, responsable CGT aux Forges de Montataire (Oise) et en 1938 il est secrétaire du Conseil Syndical des Forges, le plus important du département.
Il est « rappelé à l’activité » le 28 septembre 1938 en vertu de l’article 40 de la loi du 31 mars 1928 (périodes militaires). Affecté au CM (Centre Mobilisateur) du Train n°2, il arrive au corps le 28 septembre et est renvoyé dans ses foyers le 1er octobre 1938.
Le 20 janvier 1939, il est classé comme « Affecté Spécial » aux Forges de Montataire comme manœuvre ajusteur.
Louis Paul avait été élu conseiller municipal communiste de Breuil-le-Vert en 1935 : il est déchu de son mandat en 1940 "pour son appartenance au Parti communiste".
Pendant l’Occupation, Louis Paul est arrêté le 12 septembre 1941. Il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne 
(Frontstalag 122). Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages».
L'entrée du camp d'Auschwitz
Louis Paul est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Louis Paul est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45952selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
A Auschwitz, Roger Debarre, seul survivant de l’Aisne, signale sa présence au Block 11 "avec notre pauvre groupe de 120 survivants. Louis Paul était attaché à sa famille et à son idéal". Georges Gourdon rescapé de l'Oise a écrit avoir été en contact avec lui "jusque en août 1944".
Témoignage de Roger Debarre avec lui à Flossenbürg
Louis Paul a été transféré à Flossenbürg le 28 août 1944 (il fait partie des trente et un «45.000» transférés à cette date, et enregistrés le 31 août 1944 (matricule 19902). A Flossenbürg il porte le matricule 19.902. 
Roger Debarre transféré avec lui dans ce camp  où il a quelques amis s'arrange pour lui donner ce qu'il peut glaner. Il raconte : Un jour de décembre 1944, je lui portais une chemise à son bâtiment, mais lorsque je fus arrivé au bâtiment 11, le secrétaire du Block me dit que mon cher camarade avait quitté le bâtiment la veille pour aller soi-disant à l'hôpital. Je fis alors des recherches à l'hôpital avec l'aide de camarades... En vain. Ce ne fut que quelques temps après qu'un secrétaire, un jeune italien, me dit qu'il avait été envoyé au crématoire au début de janvier 1945. 
Un arrêté du 4 janvier 1996 paru au J.O. du 28 février 1996 portant apposition de la mention «Mort en déportation» sur son acte de décès, mentionne «décédé le 9 janvier 1945 à Flossenbourg».
Le titre de Déporté politique lui a été attribué en 1963.
Une rue de Breuil-le-Vert porte son nom.

Sources

  • Echange de courriers (mai 1991) avec Jean Pierre Besse, historien, professeur d'histoire à Creil (communication de ses recherches aux archives départementales 33W8250 Série M).
  • Témoignage de Roger Debarre (1946), lettre à sa veuve.
  • 2 lettres de sa veuve (1946).
  • Une lettre de son père (1er août 45) qui a reçu des nouvelles lui indiquant le 1er septembre 1944 comme date du décès de son fils.
  • Bureau des archives des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen (dossier individuel consulté en 1991 et juin 1992).
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom. Tome 38, page 102.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Etat civil et Registres matricules militaires de l’Oise en ligne.
Biographie rédigée en octobre 2010 et complétée en octobre 2015, par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé).
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