L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


MICHEL Lucien




Matricule "45877" à Auschwitz


Lucien Michel est né le 28 août 1902 à Bourges (Cher). Il habite rue André Guillemain, dans le quartier du Bois d’Yèvre, à Vierzon (Cher) au moment de son arrestation.
Il est le fils de Marie, Eugénie Jullien, 27 ans, couturière, et de Raymond Michel, 38 ans, charron, son époux. Le couple habite au 10 quai des Maraîchers à Bourges.
Lucien Michel effectue son service militaire au 511ème régiment de chars, entre le 13 novembre 1922 et le 8 mai 1924.
Ouvrier métallurgiste à Bourges, il est secrétaire du syndicat CGTU des métaux de Vierzon. «Lucien Michel fut emprisonné au cours du dernier trimestre de 1926, vraisemblablement à la suite des manifestations des 8 octobre et 7 novembre 1926, qui furent toutes dispersées par la gendarmerie à cheval. En décembre, l'usine Brouhot le licencia» (Maîtron).

Il milite très jeune au Parti communiste. Il est secrétaire adjoint de la cellule de Vierzon-Forges en 1927.
« En 1929, alors qu’il habite encore chez sa mère au 1 rue Etienne Marcel, il conduit la liste présentée par la cellule du Parti communiste de Vierzon Forge aux élections municipales (mais ne sera pas élu) » « Au moment de la grande crise économique de 1929, alors qu’il vient de se marier, il se retrouve sans travail, figurant sur la « liste rouge » du patronat» (1). 
Le 9 juillet 1930 Lucien Miche épouse à Vierzonville Jeanne, Gabrielle Lagrange. Le couple aura trois enfants.
Il est obligé de quitter Vierzon. Il arrive à se faire embaucher comme chef d’équipe «menuisier-coffreur» pour le compte de la Société des Grands travaux de Marseille.
« Il travaille successivement à la construction du barrage d’Eguson (Indre) en 1930, à Pauillac (Gironde) en 1932 et à Angoulème (Charente) en 1934 » (1).
De retour à Vierzon Forge, il est élu sur la liste d’union présentée par le PCF de Vierzon Forges, conduite par Ernest Gazeau qui sera élu Maire.
En 1937 il est élu conseiller d’arrondissement, « en remplacement d’André Collier, décédé, ancien maire de Vierzon-Bourgneuf, avant la fusion de 4 communes en 1937 » (1). Il est élu conseiller municipal de la nouvelle municipalité du Grand Vierzon, sous le mandat de Georges Rousseau.
Il est réélu aux élections du conseil d’arrondissement de 1939.
Il est ensuite « ajusteur d’étude » à l'usine d'aviation, SNCAC Hanriot à Bourges.
« Après les accords de Munich, il milite activement contre les préparatifs de guerre, et après septembre 1939, contre la « drôle de guerre », suivant en cela les mots d’ordre du PC clandestin »(1).
Mobilisé le 30 mars 1940 au dépôt d’artillerie n°5, il est démobilisé le 30 juillet 1940 après le repli de son régiment à La Souterraine (Creuse).
« Dès son retour à Vierzon, il entre en « Résistance », devient agent de liaison du Parti communiste clandestin et trouve un emploi de menuisier à Vierzon ». « Il héberge à son domicile et restaure des militants du PC clandestin transitant par Vierzon, auxquels il fait franchir la ligne de démarcation de nuit, par le Cher qui passe à l’extrémité de la rue où il habite ». « Ayant repris son emploi à la SNCAC, il organise des groupes de « trois » du PC au sein de l’usine, en étroite relation avec la section de Bourges du PC » (Marcel Demnet).
En mission pour son entreprise, il se déplace dans tout le département et ainsi, contribue à la reconstitution de son parti.
Dès septembre 1940, on note des actions de Résistance : sabotages, manifestations pour les salaires durant l'hiver, grève à l'usine d'aviation. Le 15 décembre 1940 le capitaine de gendarmerie de Vierzon organise une perquisition au domicile des principaux responsables ou supposés tels du PC clandestin. Le domicile de Lucien Michel est perquisitionné sans que les gendarmes y trouvent de documents compromettants.
Lucien Michel est arrêté le 22 juin 1941, à Vierzon, par des policiers français, avec 7 militants dont Georges Rousseau, Joseph Germain, et Magloire Faiteau (qui seront avec lui déportés dans le convoi du 6 juillet 1942).
Le 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique, sous le nom «d’Aktion Theoderich », les Allemands arrêtent plus de mille communistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police française. D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy, ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht et qui ce jour là devient un camp de détention des “ennemis actifs du Reich”.
Après plusieurs jours passés à la prison allemande de la place de la Mairie (ancienne banque Barberon), il est transféré à la prison de Bourges ("le Bordiot").
Le nom de Lucien Michel figure avec celui de 43 autres militants sur une liste de communistes de la région militaire susceptibles d’être choisis comme otages. Parmi ces militants 6 d’entre eux seront déportés à Auschwitz avec lui : Faiteau Magloire, Germain Joseph , Millerioux Louis,  Rousseau Georges , Thiais Isidore , Kaiser (Keyser) Albert et son fils Jacques (condamné à un an de prison). Cette liste a été établie après un attentat « auf der Frontbuchland in Chartres » (contre une librairie militaire de Chartres). Elle est datée du 24 octobre 1941 à Bourges (In document XLIV- 66, document du 22 avril 1942. Source CDJC. Echange de correspondances, datées du 04/09/1941 au 29/12/1941, entre la Feldkommandantur 668 de Bourges et l'état-major du chef du district militaire A à Saint-Germain-en-Laye, sur la finalisation (compléter par informations...) de la liste de 44 otages (tampon "Militärverwaltungsbezirk A" (district A de l'administration militaire allemande en France) tampon "Geheim" (confidentiel).
Lucien Michel est interné au camp de Royallieu à Compiègne le 27 juin 1941. Pour comprendre le mécanisme qui mène à leur déportation, lire dans le blog « une déportation d’otages
Ces quatre militants arrêtés, la cité ouvrière située en zone occupée perd ses principaux responsables (il faut rappeler l’importance de la situation particulière de Vierzon, car la ligne de démarcation la coupe en deux, ce qui permet des contacts clandestins d'une zone à l'autre).
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Lucien Michel est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 45877.
A Birkenau, le 16 août 1942, Lucien Michel est l'un des "sélectionnés" pour la chambre à gaz, ce jour-là. Ils chantent la Marseillaise dans le camion qui les emporte (il figure dans la liste des détenus soignés à l'infirmerie de Birkenau).
Lucien Michel meurt le 16 août 1942 selon les registres du camp (in Death books from Auschwitz, tome 3 page 808). Son état civil porte une date voisine "décédé le 17 août 1942 à Auschwitz".
Il a été déclaré « mort pour la France » le 4 avril 1947.
Il est homologué «Déporté Résistant» le 8 novembre 1955 (carte n° 1110.17915).
L’arrêté du 6 juillet 1995 publié au J.O. du 6 septembre 1995 y a porté la mention "mort en déportation".
Lucien Michel est homologué au titre de la Résistance Intérieure Française avec le grade de sergent.
A la suite d’une décision du conseil municipal le 20 juin 1945, une rue de Vierzon portant son nom a été inaugurée le 4 septembre 1945 pour le premier anniversaire de la libération de Vierzon. Cette rue a été débaptisée par la municipalité en 1977 (de trop nombreuses confusions ayant lieu avec la rue Louise Michel, les facteurs en avaient fait part à l’administration). Depuis, la municipalité a inauguré une place « Lucien Michel » à Vierzon, dans le quartier ou il avait habité.
Note (1) : Biographie rédigée par Marcel Demnet (président de la section FNDIRP de Vierzon, ancien FTP, interné Résistant, qui en 1942 était employé à la mairie de Vierzon).

Son nom est inscrit sur une des 3 colonnes portant les noms des Déportés et résistants vierzonnais, près de la médiathèque Paul Eluard, 10 Avenue Général De Gaulle - Mémorial inauguré en 2011.
Son nom est honoré sur la plaque commémorative apposée dans la section du PCF à Bourges, 45 rue Théophile Lamy. "Honneur à nos morts tombés pour que vive la France" (relevé Memorial Genweb / Claude Richard).

Sources
  • "La Résistance dans le Cher" (Marie Dominique Chenu-Michel Pigenet) page 33.
  • Liste d'otages de Bourges (N°44) document allemand du 24/10/41. Centre du CDJC.
  • Témoignage d'Aimé Oboeuf.
  • Correspondance avec Maurice Deligny (FNDIRP), 1972.
  • "Livre des déportés ayant reçu des médicaments à l'infirmerie de Birkenau, kommando d'Auschwitz" (n° d'ordre, date, matricule, chambre, nom, nature du médicament) du 1.11.1942 au 150.7.1943.
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom. Tome 36, page 345.
  • Photo de Lucien Michel et informations concernant la plaque de rue communiquées par son fils, Raymond Michel (octobre 2003).
  • Sa fille était présente lors de ma conférence au Musée de la Résistance et de la Déportation de Bourges en mai 2011.
  • 12 juillet 2011 : courrier de M. Marcel Demnet à qui j’avais fait parvenir les biographies des 45000 du Cher et qui m’a transmis de précieux renseignements. Il fut en 1945 directeur du service secrétariat, bureau militaire et élections chargé de régulariser l’ensemble des catégories de victimes civiles et militaires de la guerre 1939/1945.
Biographie rédigée en janvier 2001 (’actualisée en 2010 et 2016) par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 »Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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