L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


MARTEAU André, Albert




André Marteau est né le 18 mars 1922 à Saint-Pierre-des-Corps (Indre-et-Loire), où il habite au 100 rue Paul-Vaillant-Couturier au moment de son arrestation.
Son père, Albert Marteau, surveillant général à la Compagnie des chemins de fer d'Orléans, est conseiller municipal de la ville ; il le redeviendra après la guerre. Sa mère, Juliette née Coulonnier, est ménagère.

Il est célibataire.
Adhérent des Jeunesses communistes, André Marteau « fut actif dans l’organisation de la Résistance dès l'automne 1940 » (brochure "En parcourant les rues de St Pierre des Corps".
Maxime Despouy témoigne « Le 22 juin 1941 l’Allemagne déclare la guerre à l’Union soviétique. Le 23 juin à 23 h, nous nous réunissons, dans la chambre de Lucien Chauveau rue de la fraternité à St Pierre des Corps, à plusieurs jeunes communistes pour étudier nos moyens d’action pour aider l’URSS. Il avait là Lucien Chauveau, Le Guellec, René Melin, Gilbert Seche, Fabienne Landy, André Anguille, André Marteau et moi. Il fut décidé de distribuer des tracts et de faire des inscriptions au goudron. C’est ce dernier travail dont je suis chargé en tant que responsable » (1) Il est 1 h 30, ils en ont presque terminé avec pinceaux et goudron, lorsqu’ils sont aperçus par deux femmes (qui les connaissent de vue) qui vont les dénoncer. Mais si elles ont reconnu Melin et Despouy elles confondent Le Guellec et André Marteau, dont la sihouette est assez similaire.
Le lendemain entre 14 et 17 heures, André Marteau, Maxime Despouy et René Melin, tous 3 appartenant aux Jeunesses communistes sont arrêtés par des Feldgendarmes qui les menottent. Emmenés à la Mairie de St Pierre-des-Corps, ils sont sévèrement passés à tabac. Conduits le soir au commissariat central de Tours le 25 juin. Sous la contrainte, ils signent tous trois des aveux, mais n’incriminent pas Le Guellec qui reste libre.
Ils sont envoyés devant le tribunal civil le 25 juin, qui les défère devant le tribunal de guerre allemand de la Feldkommantur 588 à Tours.
Le 9 juillet 1941, Marteau et Melin sont condamnés à 12 mois de réclusion, Despouy à 2 ans, et incarcérés à la prison de Tours.
Le 30 juillet 1941, ils sont transférés au camp allemand de Compiègne jusqu’au 6 août 1942, date à laquelle ils sont à nouveau ramenés à Tours et enfermés en cellule.
A Noël 1941, Poupon, Marteau et Despouy décident de présenter un recours en grâce. Ceux de Poupon et Marteau sont acceptés. André Marteau est libéré le 14 janvier 1942.
Mais André Marteau est de nouveau arrêté, dans la nuit du 9 au 10 février à son domicile par la police allemande, à la suite de la mort d’une sentinelle allemande, rue du Hallebardier à Tours (en cliquant sur ce lien, lire l’article du blog). 50 otages sont désignés (40 Juifs et 10 communistes). A Fontevraud, 6 communistes sont exécutés le 22 février en représailles. A Tours, les otages communistes sont enfermés à la caserne du 501ème RCC au champ de Mars, puis transférés à la prison de Tours.
Maxime Despouy écrit « c’est là que je revis André Marteau plusieurs fois pour lui passer à manger. Je le revis avec plusieurs camarades, Chauveau Bernard, Mazein Jacques, Seguin et bien d’autres qui ne devaient jamais revenir.
Ils sont dirigés le 17 avril 1942 vers le camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) en vue de leur déportation comme otages. « Marteau et Chauveau sont venus me causer à travers le guichet de la porte de ma cellule. Je ne devais plus les revoir». Témoigne encore Maxime Despouy.

Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
André Marteau est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Son numéro d’immatriculation à Auschwitz n’est pas connu. Le numéro « 45838 ? » figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules, qui n’a pu aboutir en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules.
André Marteau meurt à Auschwitz le 11 novembre 1942
meurt à Auschwitz le 21 août 1942 d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 784). Sa fiche d'état civil établie en France après la Libération porte toujours la mention «décédé le 15 août 1942 à Auschwitz (Pologne)». Il serait souhaitable que le ministère corrige ces dates fictives qui furent apposées dans les années d'après guerre sur les état civils, afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés. Cette démarche est rendue possible depuis la parution de l'ouvrage "Death Books from Auschwitz" publié par les historiens polonais du Musée d'Auschwitz en 1995. Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz.
Le titre de « Déporté Politique » lui a été attribué.
Une plaque avenue de la République à St-Pierre-des-Corps porte son nom.
Le site internet du PCF de Touraine honore sa mémoire.

Note(1) Lucien Chauveau meurt à l’hôpital de Beaumont-la Ronce le 1er décembre 1942 pendant son internement, Fabienne Landy meurt le 4 mars 1943 à Auschwitz, déportée dans le convoi des 31.000, André Anguille est fusillé le 16 mai 1942 au Mont Valérien.

Sources

  • Enquêtes de Robert Guerineau (1980) et Jean-Claude Guillon (1980), (bibliothécaire retraité, membre de l’Institut CGT d’histoire sociale en région centre, collaborateur du Maîtron)
  • Acte de naissance (copie 1980) et photo datant de 1937 transmise à Roger Arnould par Jean Claude Guillon.
  • Listes - incomplètes - du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Récit de Maxime Despouy, qui fut arrêté le même jour qu’André Marteau le 24 juin 1941 (fait à Poitiers le 24 octobre 1945). Document retrouvé en mairie de St-Pierre-des-Corps et transmis par Robert Guérineau.
  • Brochure "En parcourant les rues de St-Pierre-des-Corps" (Page 15) éditée par la municipalité de St Pierre des Corps à l'occasion du 8 mai 1982.
  • Bureau des archives des conflits contemporains (BACC), Ministère de la Défense, Caen (dossier individuel consulté en 1991 et juillet 1992).
Biographie rédigée en octobre 2010 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de "Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 »", éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé).
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