L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


JOUANNET Gaston, Alexandre


Plaque à Notre Dame du Thil
Gaston Jouannet est né le 23 avril 1896 à Bouray-sur-Juine (Seine-et-Oise / Essonne). Il est le fils de Clémentine Perrin, 30 ans, sans profession et de Léopold Jouannet, 33 ans, journalier, son époux. Il habite au 9 rue des Anciennes Ecoles à Notre-Dame-du-Thil (Oise) au moment de son arrestation.
Selon sa fiche matricule militaire Gaston Jouannet mesure 1m 61, a les cheveux bruns et les yeux marrons, la bouche petite, les lèvres minces, le menton rond. Il a le front moyen et le nez rectiligne. Il a le visage plein. Il a une petite cicatrice au front. Au moment du conseil de révision, il travaille comme bûcheron à Bouray (canton de la Ferté-Allais, Seine-et-Oise / Essonne). Il a un niveau d’instruction « n° 3 » pour l’armée (sait lire et écrire et compter, instruction primaire développée).
Conscrit de la classe 1916, Gaston Jouannet est mobilisé par anticipation en 1915, comme tous les jeunes hommes de sa classe après la déclaration de guerre. Il est affecté au 39ème Régiment d’artillerie le 12 avril. Il arrive au corps le 13 avril 1915. Après l’instruction militaire et « à l’intérieur », le 2ème canonnier conducteur Jouannet sera envoyé « aux armées » le 26 mai 1916 et y restera dans des régiments successifs jusqu’au 11 novembre 1918 (les services proches du front ou au front comptent double).
Le 1er octobre 1917, il « passe » au 234ème Régiment d’artillerie de campagne. Le 19 avril 1918, il est transféré  au 104ème Régiment d’artillerie lourde. Après l’armistice, nouveau transfert, au 4ème escadron du Train le 1er janvier 1919 et le 14 septembre 1919, il est mis en congé illimité de démobilisation (9ème échelon) par le dépôt de démobilisation du 20ème escadron du Train et « se retire » à Bouray.
Le 6 octobre 1919, il est embauché comme manœuvre par la Compagnie des chemins de fer d’Orléans. Cet emploi le fait alors « passer » en tant que réserviste de l’armée active, à la 3ème section des chemins de fer de campagne en tant qu’« affecté spécial » (c’est-à-dire qu’il serait mobilisé à son poste de travail en cas de conflit), et ce du 1er juin 1920 au 31 mars 1922. Il quitte la région orléanaise et vient travailler dans le Beauvaisis.
Le 16 octobre 1920, il épouse Germaine Laine à Sainte-Geneviève (Oise) à une vingtaine de kilomètres de Bauvais. Le couple aura deux enfants, nés en 1921 et 1924.
Le 10 février 1921, la commission de réforme militaire de la Seine lui reconnaît une invalidité inférieure à 10 % pour « troubles douloureux au niveau de la colonne dorsale, rattachés à une chute en juillet 1919 ».
En mars 1922, Gaston Jouannet a été embauché à la Compagnie des chemins de fer du Nord à Beauvais (numéro d'agent : 44374). Il est donc à nouveau « affecté spécial » pour la réserve de l’armée à la 4ème section des chemins de fer de campagne. Puis à la 5ème en juillet 1923 en tant que personnel rémunéré au tableau A, et en décembre 1924. En septembre 1927, il est « affecté spécial » comme « chauffeur de route » à Beauvais (Oise), où il habite au 3 rue Becquet. Il est alors inscrit à la « liste M » (liste matricule) sous le numéro 210.
Il est « réformé définitivement n°2 sur pièces » le 10 juillet 1931 par la commission de réforme d’Amiens pour « A.T.D. Adénites cervicales multiples opérées ». Et de ce fait il est rayé de l’affectation spéciale le même jour.
Militant actif du Parti communiste, Gaston Jouannet est secrétaire de la cellule locale de Notre-Dame-du-Thil en 1938.
Gaston Jouannet est arrêté à son domicile par la police allemande le 16 juillet 1941 ("il professait des idées avancées" selon le rapport des Renseignements généraux). Dans la même période sont également arrêtés Paul Crauet (4541) Georges Gourdon (45622), Marcel Bataillard (45203) et André Gourdin (45621), Gustave Prothais (46018), tous déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942.
Il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122),  fin juillet 1941. Il y reçoit le matricule "1458".

Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportatio
Gaston Jouannet est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Son numéro d’immatriculation à Auschwitz n’est pas connu. Le numéro « 45692 ?? » figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules, qui n’a pu aboutir en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Et quoique la description de son livret matricule puisse correspondre avec le visage de la photo du matricule "45692" publiée ci-dessus, elle ne saurait être validée sans sa reconnaissance par sa famille ou des connaissances.
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Tatouage fait par Jean Thomas pour Gaston Jouannet
Gaston Jouannet meurt à Auschwitz le 4 septembre 1942 d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 520). Le registre d’état civil de Beauvais, en date du 24 octobre 1946, mentionne son appartenance aux F.F.I. : "des forces françaises de l’intérieur, décédé à Auschwitz le 30 novembre 1942". Cette différence de date s''explique par les conditions d'après guerre. Afin de donner accès aux titres et pensions pour les familles des déportés, l’état civil français n’ayant pas eu accès après-guerre aux archives d’Auschwitz emportées par les armées soviétiques, a fixé celle-ci à une date fictive (le 1er, 15 ou 30 d'un mois estimé) sur la base du témoignage de deux de ses compagnons de déportation (peut-être Georges Gourdon (45.622) et Jean Thomas (46.144) qui se souvenaient de lui.
La mention «Mort pour la France» lui est attribuée (1946).
Une plaque offerte par les cheminots est déposée sur la tombe familiale. La mention mort à Auschwitz qui y figurait a été retirée à la demande d'un descendant par alliance.
A Voisinlieu, dans la cité des cheminots, une rue porte son nom.
Lors d’une rencontre avec Roger Arnould (archiviste à la FNDIRP qui a commencé les recherches sur le convoi du 6 juillet 1942), Jean Thomas a dessiné sur un cahier le «panier fleuri» qu’il avait tatoué autour du matricule de Gaston Jouannet, comme il l’avait fait pour le sien propre (photo ci-contre).

Sources

  • Correspondance avec Jean Pierre Besse, chercheur à Creil, collaborateur du Maîton (communication de ses recherches aux archives départementales de l'Oise séries M et W).
  • Mme Benoit-Mauroy, enseignante (communication de l’avis de décès daté du 24 octobre 1946). Courriers en septembre et novembre 1993.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen (dossier individuel consulté en octobre 1993).
  • Registres matricules militaires.
Biographie rédigée en octobre 2010, complétée en novembre 2016 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de "Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 »", éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. 
*Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com. Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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