L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


DUBRULLE Jules



Jules Dubrulle est né le 17 octobre 1897 à Armentières (Nord). Il habite à Nanteuil-le-Haudouin, 32 rue Gambetta, au moment de son arrestation.
Il est fils d'Adélaïde, Julie Hélin, 35 ans, sans profession (ménagère), et de Augustin, Florimond Dubrulle, 40 ans, tisseur, son époux. 
Le registre matricule militaire de Jules Dubrulle indique qu’il habite Aubry (Nord) où il est employé de commerce, puis livreur charbonnier au moment du conseil de révision. Il mesure 1m 67, a les cheveux blonds, les yeux bleus, le front et nez moyens et le visage ovale.
Conscrit de la classe 1917, il est mobilisé par anticipation en 1916, comme tous les jeunes hommes de sa classe depuis la déclaration de guerre.
Il est mobilisé le 9 janvier 1916 au 43ème régiment d’infanterie où il arrive le jour même.
Il passe au 401ème régiment d’infanterie le 17 janvier 1917. Le 3 février 1917 il est évacué blessé (intoxication par les gaz). Puis au 110ème RI le 24 mai 1917. Le dimanche 9 octobre 1917, il est blessé par un éclat d’obus (plaie pénétrante à la cuisse) lors d’une attaque à la Ferme des Lances (bataille des Flandres). Il est évacué sur l’hôpital mixte d’Abbeville du 13 octobre 1917 au 25 novembre 1917. A cette date il est dirigé sur l’hôpital 107 de Saint-Brieuc où il reste jusqu’au 28 février 1918. Son état nécéssite une convalescence d’un mois. A son retour au corps, il est affecté au 128ème RI le 3 juin 1918. Il est cité à l’ordre du régiment le 3 octobre 1918 (O.J. 128) : « Bon soldat, brave au feu. Blessé en faisant son devoir les 3 février et 3 octobre 1917 ».
Il est envoyé en congé illimité de démobilisation le 10 septembre 1919 par le 127ème RI. Il se retire à Aubry, rue Courcelle.
Il se marie le 30 octobre 1919 à Nanteuil-le-Haudoin avec Sophie Carré (née le 10 août 1897), ville où le couple s'installe. Ils ont deux enfants (Marcelle née le 10 octobre 1918 et Jules né le 16 août 1922). Jules Dubrulle est embauché comme cantonnier aux Chemins de fer du Nord en 1925. Il travaille à Paris La Chapelle en 1929, et la famille habite rue Saint-Laurent à Nanteuil.
Il est classé dans « l’Affectation spéciale » pour la réserve de l’armée en tant que cantonnier aux Chemins de fer du Nord à Paris la Chapelle en 1929.
Il adhère au Parti communiste en 1930. Secrétaire de la cellule locale, puis secrétaire-adjoint de la section (1938), il est élu conseiller municipal en juillet 1936 lors de partielles. "Il avait beaucoup d'ennemis chez les gros cultivateurs de Nanteuil" écrit sa fille.
Comme la plupart des affectés spéciaux connus comme syndicalistes et/ou communistes, Jules Dubrulle est rayé de son « affectation spéciale » par mesure disciplinaire (décision du général commandant la 2ème région militaire) le 17 février 1940, et « versé dans le droit commun ».
Le 3 mars 1940, La famille Dubrulle est revenue habiter à Aubry. Jules Dubrulle est rappelé sous les drapeaux le 8 mars 1940 (classé classe 1913 comme père de famille de deux enfants) et affecté au Dépôt d’Infanterie 211 (caserne Latour-Maubourg à Paris) où il arrive le jour-même.
Il est déchu de son mandat en février 1940 par le Conseil de préfecture (le Parti communiste étant interdit à la suite des décrets de septembre 1939). Il cesse toute activité politique et déclare avoir renoncé à ses idées d’avant guerre (le maire socialiste de Nanteuil, Becquet, en informe le préfet le 26 février 1940). Il rédige une lettre dans le même sens le 2 mai 1942.
Cependant, Jules Dubrulle est arrêté le 16 juillet 1941, à sa descente du train, au retour du travail, tout comme Paul Réau (45038), cheminot également. Dans la même période, d'autres communistes de l'Oise sont arrêtés dont
Maurice Bataillard (45203), Paul Crauet (45410), André Gourdin (45621), Georges Gourdon (45622), Gustave Prothais (46018), qui seront tous déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942. Selon sa fille, il aurait été arrêté en raison de sa dénonciation par un cultivateur de Nanteuil. Cependant le fait que Jules Dubrulle soit arrêté en même temps que d'autres syndicalistes et communistes ayant exercé des mandats électoraux, plaide d'avantage en faveur d'une liste de noms communiqués par le préfet de l'Oise sur réquisition des autorités allemandes.
Interné trois jours à la maison d'arrêt de Senlis, il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent immédiatementau camp de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122). Sa fille lui rend visite . Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages.

Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Jules Dubrulle est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Son numéro d’immatriculation à Auschwitz n’est pas connu. Le numéro «45490 ??» figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Cette reconstitution n’a pu aboutir en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules.
Jules Dubrulle meurt à Auschwitz le 3 novembre 1942 d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz tome 2 page 242).
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 

Jean Guilbert (de Mitry-Mory), dit avoir assisté à sa mort, à Birkenau : un violent coup de pelle (venue d'un de ses gardiens) lui décolle l'épaule. Sans soins pendant 3 jours, il meurt selon lui à la suite de ces sévices, le 4 septembre 1942. Cependant la date des registres du camp est la plus crédible.
Son acte de décès établi sur ce témoignage à la Libération a repris ce témoignage et mentionné «décédé le 4 septembre 1942 à Birkenau, Pologne». Il serait souhaitable que le ministère corrige les dates erronées qui furent apposées dans les années d'après guerre sur les état civils, afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés. Cette démarche est rendue possible depuis la parution de l'ouvrage "Death Books from Auschwitz" publié par les historiens polonais du Musée d'Auschwitz en 1995. Lire dans le blog : Les dates de décès des "45000" à AuschwitzSophie Dubrulle meurt le 11 novembre 1944.
Plaque à son domicile 
© Rail et mémoire
Deux plaques commémoratives ont été apposées en 1946 sur sa maison, l'une par le PCF, l'autre par la SNCF. L'immeuble a été rénové, mais les plaques ont été remises à leur place.

Plaque en mairie 
© 
Rail et Mémoire

Une rue de Nanteuil porte son nom. 


Le bulletin municipal n° 2 «Nanteuil info» de 1992 a publié une biographie que j’avais rédigée à la demande du maire, M. Jean Pierre Hanniet (le document reproduit ci-contre est un photomontage réalisé par mes soins, car à la place de la photo de Jules Dubrulle, figurait un document de 1885 relatif au curé de Nanteuil).

Sources

  • Lettre de sa fille Mme Marcelle Piazza (1991), qui fut conseillière municipal communiste de Nanteuil de 1945 à 53.
  • Correspondance avec le maire de Nanteuil, M. Jean Pierre Hanniet (octobre 1991).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Correspondance (mai 1991) avec Jean-Pierre Besse, historien, chercheur à Creil, collaborateur du Maîton (communication de ses recherches aux archives départementales de l'Oise (mai 1991), séries M et 33 W 8250).
  • © Registres matricules militaires du Nord
Biographie rédigée en octobre 2010, complétée en février 2016, par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de "Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000»", éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé).
Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. *Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com. Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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