L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


BURTON Charles, Joseph



Charles Burton © collection Sébastien Buré
Matricule "45316" à Auschwitz


Charles Burton est né le 24 janvier 1890 à Château-Regnault-Bogny (Ardennes). 
Il habite à Bologne (Haute-Marne) au moment de son arrestation. 
Il est le fils de Justine Laurens, 43 ans, sans profession et de Jean, Joseph Burton, 56 ans, journalier, son époux. La famille quitte les Ardennes avant la guerre de 14/18.
Au moment du conseil de révision, Charles Burton travaille comme matriceur (1).
Son registre matricule militaire indique qu’il mesure 1m 67, a les cheveux châtain, les yeux marron clair, le front et le nez moyens, le visage osseux. Il a un niveau d’instruction « n°3 » pour l’armée (sait lire, écrire et compter, instruction primaire développée).
Il s’est marié à Braux (Ardennes) le 20 juillet 1911 avec Marie, Désirée Hourlier, née à Guignicourt-sur-Vence (Ardennes). En 1931, le couple a trois enfants . Conscrit de la classe 1910, Charles Burton est incorporé au 91ème régiment d’infanterie le 10 octobre 1911. Il intègre la musique du régiment en octobre 1912. Il est proposé et classé « service auxiliaire » par la commission de réforme de Mézières pour « perte de la vision de l’œil droit », mais maintenu au corps par décision du général commandant la 6ème région, le 6 juin 1913.
Renvoyé dans ses foyers le 8 novembre 1913, « certificat de bonne conduite » accordé, il est mobilisé le 2 août 1914 à la déclaration de guerre et rejoint le 4ème bataillon du 145ème régiment d’infanterie caserné à Montmédy. Charles Burton est fait prisonnier le 29 août 1914 lors d’une reconnaissance. Il est emprisonné au fort de Montmédy jusqu’au 13 décembre 1918, date à laquelle il est rapatrié sur le Centre de rapatriement de Bellay. Après une permission de 30 jours, il passe au 91ème RI le 22 février 1919. 
Du 7 juillet au 31 octobre, il est placé en "sursis d’appel" à la Compagnie des Forges de Phade à Monthermé. Il est officiellement démobilisé le 17 juillet 1919. 
Marie et Charles Burton
Le 29 juillet 1919, le couple Burton habite Château Regnault au 29 rue de l’échelle.
En 1926 Charles Burton habite Bologne et travaille à la compagnie des Forges de Bologne à Bologne (Haute-Marne). A ce titre il sera classé en 1935 comme « affecté spécial tableau III » pour l’armée de réserve en cas de mobilisation générale. Il est dégagé de toute obligation militaire le 25 juin 1940.
Charles Burton est arrêté le 7 juillet 1941,comme cummiste. 
D’abord détenu à la prison de Chaumont, Il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne (Frontstallag 122).Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Charles Burton est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
A Auschwitz, le 8 juillet 1942
A son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942, Charles Burton reçoit le numéro matricule "45316" (identification en 2008, in site internet « Ardenne, tiens ferme »). La photo du déporté portant ce numéro montre clairement une anomalie à l’œil droit : or nous savons par son registre militaire qu'il a perdu la vue de cet œil (commission de réforme de Mézières en 1913).
Charles Burton meurt à Auschwitz le 22 septembre 1942 d’après les registres du camp. 
Sa famille a effectué des démarches auprès des autorités françaises - dossier De Brinon (2) - pour obtenir de ses nouvelles. 
Le titre de « Déporté politique » lui a été attribué en 1954.
  • Note 1Le matriçage est un procédé de transformation par lequel des pièces de métal sont découpées, pliées ou embouties au moyen d’un outil de matriçage monté sur une presse. L’exercice de ce métier exige une formation scolaire de type professionnel en techniques d’usinage et une spécialisation en matriçage.
  • Note 2 : Fernand Brinon (dit marquis de Brinon) représente le gouvernement français auprès du Haut-Commandement allemand dans le Paris de l’Occupation. Il est nommé le 5 novembre 1940 ambassadeur de France auprès des Allemands, puis le 17 novembre suivant «délégué général du gouvernement français dans les territoires occupés». Il a été le destinataire des démarches des familles de « 45000 » qui cherchent à obtenir des informations sur le sort de leur déporté.
Sources
  • Réponse de M. Paruteaux, maire de Château-Regnault à ma demande d’informations (1 juin 1992).
  • Conversation téléphonique avec Mme Gisèle Begué, sa belle sœur.
  • Dossier de Brinon.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Bureau des archives des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen (dossier individuel consulté en octobre 1993).
  • Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Archives de Caen du ministère de la Défense).
  • "Liste communiquée par M. Van de Laar, mission néerlandaise de Recherche à Paris le 29.6.1948", établie à partir des déclarations de décès du camp d'Auschwitz (N° 32332).
  • Registres matricules militaires, archives des Ardennes.
  • Courriels de son arrière petit-fils, M. Sébastien Buré (juillet 2016).
Biographie rédigée en novembre 2010 (complétée en juillet 2016) par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com   Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

Aucun commentaire: