L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


BONFILS Charles, Aristide, Arthur



45268

Charles Bonfils est né le 4 novembre 1887 à Maisoncelle-Tuilerie (Oise). Son père Nathalis Bonfils est mécanicien, sa mère Alphonsine Clément est sans profession. Il habite au 139 route de Paris à Voisinlieu (Oise) tout près de Beauvais au moment de son arrestation.

Charles Bonfils est menuisier et habite à Allonne (Oise) au moment du Conseil de révision.
Son registre matricule militaire nous apprend qu’il mesure 1m 54, a les cheveux et sourcils blonds, les yeux marron clair, le front bas et le nez et la bouche moyens, le visage ovale. Il possède un niveau d’instruction n° 2 (possède une instruction primaire).
Conscrit de la classe 1907, il devance l’appel et obtient le 12 août 1908 au Dépôt du matériel de La Fère, le certificat d’aptitude prévu par la circulaire du 25 juin 1908 (« assez bon ouvrier ») pour les candidats ouvriers de l’armée. Il est incorporé le 7 octobre 1908 et est intégré au 72ème Régiment d’Infanterie le jour même.
Il est nommé sapeur le 25 septembre 1909. Il est envoyé en congé le 25 septembre 1910 en attendant son passage définitif dans la Réserve de l’armée active (1er octobre 1910, certificat de bonne conduite accordé).
Il se retire alors au 32 rue de l’École maternelle à Voisinlieu. Charles Bonfils épouse Alphonsine Beaugrand. Le couple a deux enfants (Éliane née à Creil en 1911 et Jacques né en 1915 à Marissel).
En janvier 1912, il est « affecté spécial complémentaire » au titre de la Réserve de l'armée active comme « garde frein » à la Société des Chemins de fer du Nord
Son registre matricule militaire indique qu’à la mobilisation générale de 1914 il est en campagne "contre l'Allemagne" du 2 août 1914 au 11 novembre 1918. Il est toutefois possible qu'il ait été maintenu dans son affectation spéciale en tant que réserviste à la  « 5ème section de chemins de fer de campagne ».
Charles Bonfils est « affecté spécial » dans la réserve militaire au titre de « chef de train » en 1927. Il habite alors au 9 grande rue à Voisinlieu.
Membre du Parti communiste, il est candidat aux élections cantonales de 1934 (Beauvais-Sud). Il est tête de liste en 1935 pour les élections municipales de Voisinlieu. En 1938, il est élu conseiller municipal au deuxième tour avec son camarade Louchard (Maitron).
Syndicaliste, il est trésorier-adjoint du syndicat unitaire des cheminots de Beauvais.
Il est déchu de son mandat de conseiller municipal en février 40 par le conseil de préfecture (le Parti communiste étant interdit à la suite des décrets de septembre 1939).

Charles Bonfils est cheminot (chef de train) à la compagnie des Chemins de fer du Nord au moment de son arrestation.
Pendant l’Occupation, Charles Bonfils est arrêté le 20 ou 21 octobre 1941, par la police allemande. 

Il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122). Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Charles Bonfils est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. 
Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 45268 selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz.
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 

Charles Bonfils meurt à Auschwitz le 27 octobre 1942 d’après les registres du camp (réponse du Musée d’Auschwitz à mon courrier de 1999).
Son état civil établi le 27 janvier 1946 à Beauvais porte une autre date : «décédé le 15 novembre 1942 à Auschwitz». L’arrêté du 26 août 1987 publié au JO du 30 septembre 1987, a apposé une nouvelle date à l'occasion de l'apposition de la mention "mort en déportation" porte encore une autre date "le 15 décembre1942".

Il a été déclaré "Mort pour la France".
Une rue Charles Bonfils honore son nom à Beauvais-Voisinlieu.

Sources

  • Identification par des rescapés du convoi (réunion du 10 avril 1948). Liste parue dans « Après Auschwitz » n° 20 mars avril 1948.
  • Réponse du Musée d’Auschwitz pour compléter une liste envoyée par Claudine Cardon-Hamet le 24 juillet 1999.
  • Correspondance avec Jean Pierre Besse, chercheur à Creil, collaborateur du Maîton (communication de ses recherches aux archives départementales de l'Oise (F7/13682 série M) et auprès de l'état civil de la mairie de Maisoncelles.
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom.
  • Septembre 1993, lettre et communication de ses recherches par Mme Denise Benoit (avis de décès).
  • Etat civil et Registres matricules militaires de l’Oise en ligne.
Biographie rédigée en octobre 2010, complétée en octobre 2015, par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.comPensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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