L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


BOGAERT Pierre, André




Matricule "45263" à Auschwitz
Le 8 juillet 1942

Pierre Bogaert est né le 12 février 1900 à Saint-Just-en-Chaussée (Oise) où il habite  au moment de son arrestation. 

Il est le fils de Louise, Pauline Delatte, 27 ans, blanchisseuse et de René Bogaert 35 ans, charretier son époux. Son père est de nationalité Belge.
Pierre Bogaert est manouvrier et habite à Saint-Just-en-Chaussée au moment de son Conseil de révision.
Son registre matricule militaire nous apprend qu’il mesure 1m 66, a les cheveux châtain, les yeux marron clair, le front moyen et le nez rectiligne, le visage ovale. Il possède un niveau d’instruction n° 3 (possède une instruction primaire développée).
Conscrit de la classe 1920 et soutien de famille, Pierre Bogaert est incorporé le 15 mars 1920 et est intégré au 15ème BCP (Bataillon de Chasseurs à Pied) le 18. Il participe à l’Occupation des Pays Rhénans du 11 juin 1920 au 18 juillet 1920. Il est nommé caporal le 20 septembre 1920. Il est libéré de ses obligations militaires le 4 mars 1922.
Le 20 octobre 1923, Pierre Bogaert épouse - à Plessier-sur-St Just - Geneviève, Elisa, Hélène Decaux. Le couple aura deux filles, Raymonde et Ginette. 
Il est classé dans la réserve militaire comme « Affecté Spécial » à la Compagnie des chemins de fer du Nord en décembre 1922 comme manœuvre, puis à Creil, comme aide-ouvrier le 31 août 1927. A cette date il habite au 178 rue de Paris à Saint-Just-en-Chaussée.
Il est cheminot aux ateliers de la Compagnie des chemins de fer du Nord à Nogent-sur-Oise.
Pierre Bogaert est un militant communiste, un des responsables de la cellule et de la section locale, puis le secrétaire de cette section.
Militant CGT «En 1936, il milita activement pour le Front populaire et pour le succès des grèves ouvrières ; il fut à cette occasion l'artisan de la création de nouveaux syndicats dans la région de Saint-Just. Il fut secrétaire adjoint de l'Union départementale des syndicats de l'Oise dont il présenta le rapport sur la propagande au congrès de 1937 ; il fut également secrétaire à la propagande du syndicat des cheminots de Creil et environs» (Maîtron). 

En 1937 il en est l'un des 4 secrétaires, affecté à la propagande pour Creil et ses environs.
Il est élu conseiller municipal de Saint-Just-en-Chaussée en 1935, et candidat aux élections cantonales de 1937.

Comme la plupart des "affectés spéciaux" connus comme syndicalistes et/ou communistes, Pierre Bogaert est rayé de son « affectation spéciale » par mesure disciplinaire (décision du général commandant la 2ème région militaire) le 22 février 1940, et « versé dans le droit commun ». Il lui est signifié à la gare de Saint-Just-en-Chaussée qu’il est désormais affecté au Dépôt d’infanterie n°211 le 2 mars 1940 (caserne de Latour-Maubourg à Paris). 
Il est déchu de son mandat de conseiller municipal en février 1940 par le conseil de préfecture (le Parti communiste est interdit à la suite des décrets de septembre 1939).
Pendant l’Occupation, Pierre Bogaert poursuit ses activités politiques "dans les réseaux de Résistance à l'occupant" (Maîtron).
Il est arrêté le 9 juillet 1941, à 5 heures 15 du matin, à son domicile, par des gendarmes allemands accompagnés de gendarmes français (témoignage de sa fille Mme G. Villette-Bogaert).
Il est conduit à la maison d'arrêt de Compiègne et très vite il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) sous le matricule 1288.
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages».


Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Pierre Bogaert est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Sa photo d'immatriculation à Auschwitz
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45263".
Pierre Bogaert meurt à Auschwitz le 5 août 1942 selon la liste par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau). 
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
L'arrêté du 27 février 2009 paru au J.O. 17 avril 2009 portant apposition de la mention «Mort en déportation» sur son acte de décès, n'a pas modifié la date inscrite à la Libération : «décédé le 15 octobre 1942 à Auschwitz (Pologne).» Il est homologué adjudant FFI à titre posthume à la Libération.
Une rue Pierre Bogaert (face à la Mairie) et l’école primaire publique (23 rue Carnot) honorent sa mémoire à Saint-Just-en-Chaussée.

Sources
  • Correspondance (mai 1991) avec Jean-Pierre Besse, chercheur à l'université de Creil, collaborateur du Maîton (communication de ses recherches aux archives départementales de l'Oise et auprès de l'état civil des mairies).
  • Listes - incomplètes - du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom. Tome 19, page 322.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Lettre de sa fille Mme Ginette Villette- Bogaert (18 juin 1985).
  • Mel de son arrière petite fille (novembre 2013) qui précise qu'il est père de deux enfants.
  • Etat civil et Registres matricules militaires de l’Oise en ligne.
Biographie rédigée en octobre 2010, complétée en octobre 2015, par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de "Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 »", éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé).
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