L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


BATAILLARD Marcel

Paul Bataillard en 1939



Matricule "45203" à Auschwitz


Marcel Bataillard est né le 23 juin 1912 à Nogent-sur-Oise (Oise). 
Fils d'un ouvrier métallurgiste, il habite à Creil (60) au moment de son arrestation.
Il est comptable, employé au chemin de fer.
Marcel Bataillard est secrétaire régional adjoint de la Jeunesse communiste lors de sa création dans le département (en novembre 1936). 

Il est secrétaire régional du Parti communiste.
Pendant l’Occupation il entre dans la Résistance. 

Son groupe (O.S.) fait de la récupération d'armes.
Marcel Bataillard est arrêté le 7 juillet (C.f. Jean-Pierre Besse) 1941 sur son lieu de travail par la police allemande, pour "activités politiques et résistantes". 

Dans la deuxième quinzaine de juillet d’autres militants communistes sont arrêtés (Georges Gourdon 45622, André Gourdin 45621, Paul Crauet 45410, Cyrille De Foor 45431, Marc Quenardel 46026, Louis Paul 45952).
Les informations concernant les «milieux communistes» ont été communiquées aux Allemands par les autorités françaises (préfet de l'Oise et commissaire de police de Creil). Ces arrestations font suite à la grande rafle commencée le 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique. Sous le nom «d’Aktion Theoderich», les Allemands arrêtent plus de mille communistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police française. D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy, ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht et qui ce jour là devient un camp de détention des “ennemis actifs du Reich”.
Marcel Bataillard est détenu à la gendarmerie de Liancourt (60). Puis il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne, le 18 juillet en même temps que ses camarades de l’Oise (il y porte le matricule n° 1312 d’après la liste IV-198 des « communistes nés entre 1912 et 1922 »). 
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Marcel Bataillard est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Immatriculation à Auschwitz le 8 juillet 1942
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 45203 selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz.
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.  
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. On ignore dans quel camp il est affecté à cette date.
Marcel Bataillard meurt à Auschwitz le 22 août 1942 d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 56).
Sa fiche d'état civil établie en France après la Libération porte toujours la mention «décédé le 17 juillet 1942 à Auschwitz». Il serait souhaitable que le ministère corrige ces dates fictives qui furent apposées dans les années d'après guerre sur les état civils, afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés. Cette démarche est rendue possible depuis la parution de l'ouvrage "Death Books from Auschwitz" publié par les historiens polonais du Musée d'Auschwitz en 1995. Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz
C’est à partir du témoignage de Georges Gourdon, rescapé de l’Oise que l’état civil s’est prononcé à la Libération. Pour lui, Marcel Bataillard est décédé suite au typhus. La date du 17 juillet correspond au dernier jour où a été vu vivant par ses camarades. Le 22 août correspond à la date où sa mort a été enregistrée.
Une plaque commémorative a été apposée sur l'immeuble de Creil où il habitait.
Une rue porte son nom à Nogent-sur-Oise, sa ville natale.
La cellule communiste des cheminots de Creil lui a rendu hommage.
Son frère André, né en 1910, dessinateur, délégué des techniciens de Creil au Congrès de nantes de la CGT en 1938, fut résistant au sein de l'OCM, responsable du sous secteur Centre sud des FFF en 1944 (commandant Martin). Il sera Conseiller municipal après guerre. 
Leur sœur, Marguerite, née en 1904,  institutrice, fut conseillère municipale communiste de Creil de 1947 à 1953 (Marguerite Clergial est décédé à Chantilly le 12 juillet 1973).

  • Note 1 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 
Sources
  • liste IV-198 CDJC des «communistes nés entre 1912 et 1922».
  • Echange de courriers avec Jean-Pierre Besse, historien, professeur d'histoire à Creil (communication de ses recherches aux archives départementales 33W8250 Série M).
  • La Résistance dans l’Oise (CD-rom par Jean-Pierre Besse, Jean-Yves Bonnard, Paulette Formaux, Jean-Claude Minet, Françoise Rosenzweig-Leclère).
  • Bureau des archives des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen (dossier individuel consulté en juin 1992).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Témoignages de Georges Gourdon (3 novembre 1987) et de Roger Debarre.
  • André Gourdin, fils d'André Gourdin, mentionne Marcel Bataillard parmi les camarades de son père.
  • Courriel de Jean Bataillard (son neveu) en mai 2015.
  • Document photo (cellule communiste des cheminots de Creil) envoyé par Jean Bataillard (octobre 2010).
  • Le relevé au BAVCC effectué par André Montagne, le mentionne marié et arrêté à son domicile (ce qui est erroné selon son neveu). Correction effectuée en mai 2015.
Biographie rédigée en octobre 2007 (mise à jour en juin 2011) par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé).
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