L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


LIORET André, Fernand, Emile


René Roy, André Lioret, Paul Chenel


Matricule "45797" à Auschwitz

André Lioret est né le 11 décembre 1922 à Montargis (Loiret). Il est le fils de Clémentine Montereau, commerçante, et d'Abel, Fernand, Paulin Lioret, employé SNCF, il habite chez ses parents, route de Viroy à Amilly (Loiret) au moment de son arrestation. 
Dans une lettre adressée le 24 août 1942 à madame Gaget (mère de Henri Gaget un autre déporté du Loiret) par sa mère, elle lui écrit "mon petit André va avoir 20 ans au mois de décembre. Il aura connu bien des misères. Il a subi 3 opérations à 7 ans, 12 ans et 14 ans". Il est élève au Lycée de Montargis. 
Etudiant, célibataire, il est adhérent à la Jeunesse communiste.
André Roy qui le côtoie depuis qu'il a quatorze ans écrit "je savais qu'à mon premier appel, il serait des nôtres, ce qu'il fit dès septembre 1940. Etudiant très doué, cité en exemple au tribunal par le directeur, il fut toujours calme, courageux, ne rechignant pas à la besogne". André Lioret fait confiance au Parti communiste auquel il adhère en septembre 1940.
Il diffuse des tracts antinazis, colle des papillons confectionnés.
En février 1941, la police française arrête (au motif de reconstitution du Parti communiste) 27 habitants de la région de Montagis, dont 13 Jeunes communistes (parmi eux, 9 connaîtront la déportation - dont deux 45.000 - et 4 les camps d'internement).
André Lioret est arrêté le 9 février 1941 à son domicile par la police française, dans la même période que son ami André Roy et Paul Chenel.
Jugement de la Cour d'appel d'Orléans, 31 juillet 1941
Ils sont jugés le 31 juillet 1941 par la Cour d'Appel d'Orléans (chambre correctionnelle, avec de nombreux co-inculpés, dont 4 déjà condamnés par défaut). 
L'audience se tient en appel à la demande du Ministère public.
"Attendu que Lioret, Auguet, Tellier et Rivière ayant été condamnés par défaut, il convient de surseoir à statuer sur les appels dirigés à leur encontre par le Ministère public. 
Attendu qu’il résulte des investigations et des débats, qu’à l’instigation des nommés Lioret, Auguet, Tellier, Rivière (ce dernier non identifié) un renouveau d'activité communiste était constaté à Montargis dès le mois d'août 1940 et allait en s'amplifiant au cours des mois suivants, qu'à partir du mois d'octobre de nombreuses réunions avaient lieu, au cours desquelles les modalités de la reconstitution du parti et des jeunesses communistes étaient arrêtées, que la réorganisation se poursuivait activement suivant les directives du comité central par la création de groupes de quatre à cinq personnes au plus, par un recrutement de nouveaux adhérents et par une large diffusion de tracts ainsi que par l'apposition de papillons". 
Les condamnations initiales sont aggravées, malgré les circonstances atténuantes reconnues pour 7 des co-accusés, dont André Lioret et Paul Chenel en raison de leur jeunesse. Selon le témoignage d'André Roy, André Lioret est très courageux devant le tribunal. Son père, Abel, civilement responsable, fut condamné solidairement avec 6 autres parents au paiement des dépens, s'élevant à 3136 Francs 50.
André Lioret passe de la prison de Pannes à Montargis à celle d'Orléans. Il est remis aux autorités allemandes à leur demande.
Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne.
Le matricule "1582" lui est attribué, ce qui situe son arrivée avant le 14 décembre 1941. Son nom figure sur la liste de recensement des jeunes communistes du camp de Compiègne aptes à être déportés "à l’Est", en application de l’avis du 14 décembre 1941 du commandant militaire en France, Otto von Stülpnagel (archives du CDJC).
Au camp de Compiègne, André Lioret donne des cours de géographie générale dans le cadre du Comité du camp (souvenirs d'Emile Drouillas, dit Laporte).
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages.
Dans une lettre jetée sur le ballast le 6 juillet 1942, Henri Gaget demande à sa famille de donner des nouvelles aux proches de certains de ses camarades qui sont dans le même wagon que lui, dont André Lioret : "à ses parents M. et Mme Lioret, commerçants à Amilly, route de Viroy (Cher)".
André Lioret est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 45797.
André Lioret meurt à Auschwitz le 17 août 1942 d
’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 730).
La mention "Mort pour la France" a été ajoutée à son acte de décès, le 1er octobre 1949. L’Arrêté paru au JO du 25 mars 2008 porte apposition de la mention « Mort en déportation » sur son acte de décès et la date « décédé le 17 août 1942 à Auschwitz »
Une rue d'Amilly porte son nom.

Sources

  • Questionnaire biographique (contribution à l’histoire de la déportation du convoi du 6 juillet 1942), envoyé aux mairies, associations et familles au début de mes recherches, en 1987, rempli par Andrée Cosson, sœur d'André Roy et compagne de Roger Pélissou (janvier 1988).
  • Copie du jugement en appel en date du 31 juillet 1941.
  • Lettre témoignage d'André Roy à Roger Pélissou, envoyée par celui-ci à Roger Arnould (4 janvier 1979).
  • Lettre de Roger Arnould à Roger Pélissou, après sa rencontre avec André Roy, alias "coco" (2 mars 1979).
  • "Ceux du groupe Chanzy". André Chène (Librairie Nouvelle, Orléans 1964, brochure éditée par la Fédération du Loiret du Parti communiste.
  • Avis de décès (15 janvier 1988).
  • Listes - incomplètes - du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen (dossier individuel).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Lettre jetée du train par Henri Gaget. Envoi de sa nièce Muriel Ugon (2016).
Biographie rédigée en novembre 2007, complétée en janvier 2017, par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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