L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


LEGRAND Raymond, Henri



Emblème des brigades internationales


Matricule "45771" à Auschwitz

Raymond Legrand est né le 22 décembre 1900 à Paris (14ème). Il habite au 66 rue du Vertbois à Paris (3ème) au moment de son arrestation.

Il est le fils de Marie, Louise Legrand, 25 ans, lingère, habitant 9 passage de l'Industrie dans le 14ème.
Il est célibataire, exerce le métier de chauffeur-livreur, puis celui de comptable. Il adhère à l’Union socialiste républicaine, qu’il quitte en 1936 pour entrer au Parti communiste. Il est membre du bureau de la cellule 301 du 3ème arrondissement. Il suit les cours de l’école des cadres organisée par la section communiste du 3ème arrondissement en 1936 (Le Maîtron).
Il s’engage dans les Brigades internationales et arrive en Espagne le 21 novembre 1936. Il est incorporé à la 14ème Brigade ("La Marsellesa" créée le 2 décembre 1936 à Albacete). Il est nommé sergent fourrier. Il bénéficie d’une permission le 4 novembre 1937, puis revient en Espagne le 3 janvier 1938. Après une dernière attaque dans la Sierra de Pandols afin de soutenir la 45ème Division et une contre-attaque au Col del Cosso, la « Marseillaise » est retirée du front le 23 septembre, comme toutes les autres Brigades internationales. Raymond Legrand est  rapatrié en octobre 1938 (Le Maitron). 
Note de service du 23 décembre 1941
Le 24 décembre 1941 à 6 heures du matin, il est arrêté à son domicile par des agents du commissariat des Arts et Métiers (sous les ordres de l'inspecteur K...), dans le cadre d’une vague d’arrestations organisées par la police française à l’encontre des anciens membres des Brigades internationales.
Liste de brigadistes à arrêter
Deux jours plus tard, il est interné administrativement à la caserne des Tourelles, 141 Boulevard Mortier (Paris 20ème). Le 5 mai 1942, il fait partie des vingt-quatre internés des Tourelles, pour moitié anciens Brigadistes, que vient chercher une escorte de Feldgendarmes afin de les conduire à la gare du Nord, où ils rejoignent treize communistes extraits du dépôt et quatorze « internés administratifs de la police judiciaire ». 
Il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), le 5 mai 1942, en vue de sa déportation comme otage. 
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Raymond Legrand est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 45771.
Dessin de Franz Reisz, 1946
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a été pas retrouvée parmi les 522 photos que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 


Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Raymond Legrand meurt à Auschwitz le 1er septembre 1942 d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 705).Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz.
Il est homologué "Déporté politique".
Une plaque au cimetière du Père-Lachaise honore sa mémoire.

Sources
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Bureau des archives victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen (dossier individuel).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Le Maitron, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom édition 1997. Edition informatique 2015, notice Jean-Pierre Besse.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
Biographie mise à jour en juin 2011 (complétée en 2017) à partir d’une biographie rédigée en janvier 2001 pour l’exposition organisée par l’association « Mémoire Vive » à la mairie du XXeme arrondissement, par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé), qui reproduit ma thèse de doctorat (1995). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com * Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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