Ce blog, hommage aux déportés du convoi du 6 juillet 1942, est à la croisée de l’Histoire et de la Mémoire. Il est basé sur des recherches universitaires prolongeant celles de Roger Arnould, ancien déporté et documentaliste de la FNDIRP.



GAUDRY Raymond, François, Charles




45578

Raymond Gaudry est né le 4 mai 1997 à Sennely (Loiret). Il habite au 45 rue Landreloup à Orléans (Loiret) au moment de son arrestation.
Il est marié (avec Marguerite, née en 1895). Le couple a deux enfants âgés de 20 et 21 ans en 41.

Ancien combattant de 14/18, il reçoit la médaille de la première guerre mondiale, la croix de guerre avec palme et 3 étoiles.
Raymond Gaudry est brigadier à la manutention SNCF d’Orléans (son numéro d'agent SNCF est 40636).
En 1924, il est secrétaire du syndicat unitaire des cheminots du réseau d'Orléans.
Il est candidat du Parti communiste au conseil général dans le canton d'Orléans, secteur ouest, en octobre 1937.

A l’Occupation, il est arrêté à cause de ses activités politiques antérieures le 18 octobre 1941 (dans le dossier "De Brinon" on trouve la mention "résistant, activités politiques"), dans la même période que 8 de ses camarades (parmi lesquels Marcel Boubou, Robert Dubois, Joseph Llorens, Henri Ferchaud, Marcel Couillon, tous déportés dans le convoi du 6 juillet 1942).
Il est conduit à la prison rue Eugène Vignat à Orléans. Puis il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne le 24 octobre 1941.
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages

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Depuis le train, le 6 juillet 1942, il jette une lettre sur le ballast par les volets du wagon. Cette lettre manuscrite a été recopiée à la machine à écrire par Henri Bouission, correspondant du "Patriote Résistant" pour le Loiret et envoyée à Roger Arnould en 1972 (reproduction ci-contre).

Raymond Gaudry est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.

Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 45578.
D’après les archives d’Auschwitz emportées par les armées soviétiques, on sait qu’il séjourne à l'infirmerie d'Auschwitz, et en sort le 9 octobre 1942.
Raymond Gaudry meurt le 5 décembre 1942 d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page336). Toutefois, l'arrêté paru au J.O. du 9 septembre 1992 qui porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur son acte de décès, n'a retenu que « décédé en 1942 à Auschwitz » ce qui correspond à son état civil établi après guerre. Il serait souhaitable que le ministère corrige ces dates fictives qui furent apposées dans les années d'après guerre sur les état civils, afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés. Cette démarche est rendue possible depuis la parution de l'ouvrage "Death Books from Auschwitz" publié par les historiens polonais du Musée d'Auschwitz en 1995. Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz.

Le titre de « Déporté politique » lui a été attribué (le titre de «Déporté résistant» a été refusé le 7 janvier 1954).
Il a été déclaré "Mort pour la France".
Son nom a été donné à une rue de Saint-Jean-La-Ruelle (45).


Sources
  • Copie de sa lettre du 6 juillet 1942.
  • "Ceux du groupe Chanzy". André Chène (Librairie Nouvelle, Orléans 1964, brochure éditée par la Fédération du Loiret du Parti communiste.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Bureau des archives des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen (dossier individuel). Janvier et juin 1992, octobre 1993, Caen
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom. Tome 29, page 193.
  • "Livre des déportés ayant reçu des médicaments à l'infirmerie de Birkenau, kommando d'Auschwitz" (n° d'ordre, date, matricule, chambre, nom, nature du médicament) du 1.11.1942 au 150.7.1943.
Biographie rédigée en novembre 2007 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé).
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