L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


FERCHAUD Henri




Henri Ferchaud est né le 14 décembre 1895 à Gonnord (commune fusionnée avec Etiau et Joué : aujourd'hui Valanjou dans le Maine-et-Loire). 
Le 62 rue des Aydes à Saran
Il habite un petit pavillon au 62 rue des Aydes à Orléans-Saran (Loiret) au moment de son arrestation. 
Henri Ferchaud est le fils d’Aimée, Marie, Joséphine Onillon, 29 ans, et de Jean, Alphonse Ferchaud, 35 ans, tailleur d’habits, son époux.
Le registre matricule militaire d’Henri Ferchaud indique qu’il habite Sauvigné où il est maréchal-ferrand. Il mesure 1m 77, a les cheveux bruns, les yeux « roux », le front moyen, le nez rectiligne et le visage rond. Il a un niveau d’instruction « n°3 » pour l’armée (sait lire, écrire et compter, instruction primaire développée).
Conscrit de la classe 1915, il est mobilisé par anticipation en 1914, comme tous les jeunes hommes de sa classe depuis la déclaration de guerre. Le 17 décembre 1914, il est mobilisé 32ème régiment d’infanterie. Le 21 mars 1915, après l’instruction il est affecté au 409ème régiment d’infanterie, qui part en campagne le 7 mai 1915.
Henri Ferchaud est cité plusieurs fois à l’ordre du jour du régiment : le 16 mars 1916  (O.j. n° 151) « s’est brillamment comporté au cours d’un coup de main qui a d’ailleurs pleinement réussi » (combats du Fort de Vaux, devant Danloup). Nommé soldat de 1ère
classe le 9 avril 1916, il est décoré de la Croix de guerre avec étoile d’argent, étoile de bronze. O.j. n° 1304 : « Agent de liaison. Malgré un tir de barrage ennemi et de violents bombardements, a porté les ordres à sa section et assuré la liaison avec les unités voisines, montrant ainsi un beau mépris du danger ». Le 9 mai 1917, lors de l’attaque du Champ du Seigneur, petit bois que les Allemands ont garni de fortins bétonnés et de nombreuses mitrailleuses, il est à nouveau cité. Le 14 juin 1917 (O.j. n° 406) : « à l’attaque du 9 mai, a puissamment aidé à la progression dans la tranchée conquise, en s’exposant à découvert pour briser les dernières résistances. A fait des prisonniers ».
Il est blessé à l’épaule par un éclat d’obus le 23 octobre 1917 au cours de l'attaque de La Malmaison (à côté du Chemin des dames) dans l’Aisne, il est évacué vers un hôpital de campagne. L’O.j. n° 263 de la 43ème Division en rend compte le 27 novembre 1917 : « Excellent soldat. Chargé de ravitailler en munitions les troupes d’assaut, a été blessé au cours de sa mission ». 
Croix de guerre 
avec étoile d'argent
et 3 étoiles de bronze
Il est décoré de la Croix de guerre avec étoile d’argent et 3 étoiles de bronze. Il est nommé caporal le 1er juillet 1918. Henri Ferchaud épouse Marguerite Poitou le 4 janvier 1919 à Saint-Denis-en-Val, près d’Orléans (Loiret). Le couple aura deux garçons, Henri-Raymond et Robert.
Le 2 avril 1919, il est mis à disposition (DTI : disposition technique immédiate) de la compagnie du chemin de fer de Paris à Orléans (PO) en qualité d’ajusteur. Mise à disposition confirmée le 10 avril 1919 pour les chemins de fer d’Orléans.  Il est officiellement mis en congé illimité de démobilisation le 20 décembre 1919. 
Il est embauché comme ouvrier aux Chemins de fer d’Orléans (fiche SNCF "422.965").
Son emploi aux Chemins de fer le classe automatiquement comme « affecté spécial » dans la réserve militaire au titre d’ouvrier d’entretien de la 3ème section des chemins de fer de campagne.
Henri Ferchaud est membre du Parti communiste,
Le 7 juin 1928, Henri Ferchaud est décoré de la médaille militaire. 
A l’Occupation, Henri Ferchaud est arrêté le 11 février 1941, par la police française, pour ses activités politiques, avec ses deux fils.
Ils passent devant le tribunal correctionnel d'Orléans.
Après un internement à la prison de Poissy (Henri Ferchaud y reçoit le numéro matricule 8146), le tribunal prononce son acquittement, mais ses 2 fils sont condamnés, l'un à 2 ans, l'autre à 18 mois de prison : Ils ont tout fait pour disculper leur père.
Robert sera libéré le 11 octobre 1943. Raymond, déporté, meurt à Dachau le 13 octobre 1944.
Remis en liberté le 22 août 1941, Henri Ferchaud est arrêté de nouveau le 19 octobre 1941, dans la même période que 8 de ses camarades (parmi lesquels Marcel Boubou, Robert Dubois, Joseph Llorens, Raymond Gaudry, Marcel Couillon, tous déportés dans le convoi du 6 juillet 1942).
Il est conduit à la prison rue Eugène Vignat à Orléans. Puis il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne le 25 octobre 1941.
Retranscription de la lettre manuscrite jetée du train (pae Roger Arnould)
Depuis le train, le 6 juillet 1942, il jette une lettre sur le ballast : « Nous voilà déportés en Allemagne…». Cette lettre manuscrite a été recopiée à la machine à écrire par Henri Bouission, correspondant du Patriote Résistant pour le Loiret et envoyée à Roger Arnould en 1972 (reproduction ci-contre).
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Il est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
L'entrée du camp d'Auschwitz
Son numéro d’immatriculation à Auschwitz n’est pas connu.
Le numéro « 45535 ? »figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) et signalé comme incertain, correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Cette reconstitution n’a pu aboutir en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il serait donc hasardeux de maintenir ce numéro en l’absence de nouvelles preuves, qui pourraient toutefois être apportées par la photo d’immatriculation publiée ci-contre.
Henri Ferchaud meurt à Auschwitz le 4 novembre 1942 d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 282). Sa fiche d'état civil établie en France après la Libération porte toujours la mention «décédé le 15 octobre 1942 à Auschwitz (Pologne)». Il est regrettable que le ministère n'ait pas corrigé cette date, à l'occasion de l'inscription de la mention "mort en déportation" sur son acte de décès (Journal officiel du 25 février 1996). Ceci était pourtant rendu possible depuis la parution de l'ouvrage publié par les historiens polonais du Musée d'Auschwitz en 1995. Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz.
Plaque sur sa maison, 62 rue des Aydes
Le titre de « Déporté politique » lui a été attribué.
Plaque de rue
A Saran, une plaque a été apposée au 62 rue des Aydes où ils habitaient. 

Une rue voisine, est dédiée à "Ferchault père et fils".

Sources
  • Correspondance de Roger Arnould avec Robert Ferchaud, son fils.
  • Certificat de validation des services en tant que déporté
    et résistant  adressé à son épouse
    © Registres matricules militaires du Maine-et-Loire
  • Copie de la lettre jetée du train le 6 juillet 1942.
  • "Ceux du groupe Chanzy". André Chène (Librairie Nouvelle, Orléans 1964, brochure éditée par la Fédération du Loiret du Parti communiste.
  • Listes - incomplètes - du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Bureau des archives des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen (dossier individuel).
  • © Historique du 409ème Régiment d'Infanterie. Imprimerie Blay Camp; Martin - Chatellerault numérisation : P. Chagnoux - 2010.
Biographie rédigée en novembre 2007, complétée en janvier 2016, par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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