L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


DUBOIS Robert




Matricule "45489" à Auschwitz



Robert Dubois est né le 26 septembre 1897 au domicile de ses parents, 18 rue de Tudelle à Orléans (Loiret), où il habite, 16 quai des Augustins au moment de son arrestation.
Il est le fils de Berthe, Augustine Mondamert, 29 ans et de François, Alphonse Dubois, 35 ans, cantonnier, son époux.
Le registre matricule militaire de Robert Dubois indique qu’au moment du conseil de révision, il habite Orléans, où il est tourneur-mécanicien. Il mesure 1m 67, a les cheveux bruns, les yeux marrons, le front moyen proéminent, le nez vexe moyen, le visage ovale, un menton à fossettes.
Conscrit de la classe 1917, il est mobilisé par anticipation en 1916, comme tous les jeunes hommes de sa classe depuis la déclaration de guerre.
Le 11 janvier 1916 il est mobilisé. Il arrive au corps le lendemain, soldat de 2ème classe. Il est affecté au 113ème régiment d’infanterie (7ème compagnie) le 10 octobre 1916. Le 20 octobre 1916, il part au front avec le 9ème bataillon. Il est évacué pour blessure par éclat d’obus le 11 avril 1917, lors des tirs de barrage de l’artillerie allemande dans le secteur de Pontavert-Gernicourt (plaie au cuir chevelu). Il rejoint son régiment le 8 mai 1917.
Lors d’une attaque allemande à coups de « minen » sur le petit poste dit de « Tirbach », creusé sous le plateau de Craonne, il est à nouveau blessé le 28 août 1917 (plaie au bras droit et jambe droite par éclat d’obus) alors qu’avec ses camarades il repousse l’attaque à coup de grenades. Il est cité à l’ordre du jour du régiment le 29 août « Très bon grenadier, volontaire pour toutes les missions périlleuses. A été blessé au cours d’une bataille ».
Robert Dubois reçoit la croix de guerre avec étoile de bronze.
Il est fait prisonnier le 8 juin 1918 à Biermont (Oise) lors de l’offensive allemande qui a dépassée Montdidier. Il est interné au KG de Munster (situé en Westphalie, à proximité de la frontière Hollandaise). Avec les accords d’armistice, il est rapatrié le 20 décembre 1918. Il est alors affecté au 131ème régiment d’infanterie le 28 janvier 1919. Robert Dubois est mis en congé illimité de démobilisation le 20 septembre 1919.
Il est marié. Le couple aura trois enfants.
En 1929, le couple habite 20 rue de la Corroierie à Orléans.
Il travaille à l’atelier de construction de Bourges en janvier 1938 et à ce titre est classé « Affecté spécial » au titre du tableau III. En février il est « Affecté spécial » pour la réserve de l’armée en tant que tourneur-mécanicien aux usines automobiles Panhard-Levassor. Ces usines travaillant pour l’armée en 1939, il est vraisemblable que Robert Dubois ait été radié de l’affectation spéciale comme la quasi-totalité des « affectés spéciaux » connus comme syndicalistes ou communistes ou soupçonnés d’appartenance au Parti communiste.
Robert Dubois est un militant communiste. On ne connait hélas pas les détails de sa vie militante.
A l'Occupation, il est membre du même réseau (un triangle clandestin) avec André Gaullier cimentier couvreur et Marcel Boubou, instituteur, qui seront tous deux déportés avec lui à Auschwitz..
Robert Dubois est arrêté le 19 octobre 1941, à Orléans, par la police française, pour ses activités antérieures, dans la même période que 8 de ses camarades (parmi lesquels Marcel Boubou et Raymond Gaudry).

Il est conduit à la prison rue Eugène Vignat à Orléans. 
Puis il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (le Frontstalag 122) le 25 octobre 1941. 
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Copie dactylographiée de la lettre manuscrite jetée sur le ballast par Robert Dubois
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Depuis le train, le 6 juillet 1942, il jette une lettre qui décrit le départ avec 3 jours de vivres, l'itinéraire suivi, et la présence dans le convoi de Raymond Gaudry, Joseph Lhorens et Lucien Vannier. Cette lettre manuscrite a été recopiée à la machine à écrire par Henri Bouission, correspondant du Patriote Résistant pour le Loiret et envoyée à Roger Arnould en 1972 (reproduction ci-dessus).
Robert Dubois est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. 
Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45489". Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Robert Dubois meurt à Auschwitz le 25 août 1942 d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 242). Sa fiche d'état civil établie en France après la Libération porte toujours la mention «décédé le 15 mars 1943 à Auschwitz (Pologne)». Il serait souhaitable que le ministère corrige ces dates fictives qui furent apposées dans les années d'après guerre sur les état civils, afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés. Cette démarche est rendue possible depuis la parution de l'ouvrage "Death Books from Auschwitz" publié par les historiens polonais du Musée d'Auschwitz en 1995. Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz.
Un arrêté paru au J.O. du 17 janvier 1989 porte apposition de la mention « Mort en déportation » sur son acte de décès. La date fictive a été également reprise sur la plaque commémorative.
Le titre de « Déporté politique » a été attribué à Robert Dubois en 1955.
Une plaque apposée place de la Bascule à Orléans, commémore son souvenir.

Sources

  • © Etat civil et Registres matricules militaires du Loiret
    Photographie de la plaque en hommage à Robert Dubois par Véronique Bury, in site Internet « Les plaques commémoratives, source de mémoire ».
  • Correspondance avec sa veuve (1972).
  • Lettre du convoi, communiquée le 24 avril 1972 à Roger Arnould par M. Henri Bouission, correspondant du Patriote Résistant pour le Loiret.
  • Témoignages d'André Gaullier (15 mai 1973) et de Louis Lecocq.
  • "Ceux du groupe Chanzy". André Chène (Librairie Nouvelle, Orléans 1964, brochure éditée par la Fédération du Loiret du Parti communiste.
  • Listes - incomplètes - du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Bureau des archives des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen (dossier individuel). octobre 1993, Caen
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
Biographie rédigée en novembre 2007, complétée en janvier 2016 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé).
Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
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