L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


DEPARDIEU Cyprien, Clément


Plaque commémorative
 au 33 rue de l'Empereur à Orléans
Cyprien Depardieu © Marie-Paule Pivain-Venot
Matricule "45470" à Auschwitz


Cyprien Depardieu est né le 9 novembre 1889 à Aubigny-sur-Nere (Cher).
Il habite au 33, rue de l'Empereur à Orléans (Loiret) au moment de son arrestation.
Il est le fils de Marie, Léontine, Pauline Coco, 23 ans, couturière et d’Eugène Depardieu, 33 ans charpentier son époux.
Au moment du conseil de révision, Cyprien Depardieu  habite Aubigny-sur-Nere. Il travaille comme typographe. Son registre matricule militaire indique qu’il mesure 1m 66, a les cheveux châtain noir, les yeux marron, le front moyen et le nez sinueux rectiligne, le menton saillant, visage plein. Il a un niveau d’instruction « n°3 » pour l’armée (sait lire, écrire et compter, instruction primaire développée).
Conscrit de la classe 1909, Cyprien Depardieu s’engage pour trois ans le 16 septembre 1908 à la mairie de Cône. Il est incorporé au 82ème Régiment d’infanterie le 17 septembre 1908. Il est réformé n°2 par la commission spéciale de Bourges pour « néphrite chronique » le 29 septembre 1909, « certificat de bonne conduite » accordé.
Cyprien Depardieu épouse Marie-Louise Brossard née le 26 décembre 1890 à Sens. Le couple a un garçon, Marcel (1), qui naît le 21 octobre 1912 et une fille, Renée qui naît le 16 septembre 1916.
Cyprien Depardieu est rappelé à l’activité le 9 octobre 1911 au 13ème Régiment d’infanterie, mais a été réformé n°2 par la commission de Montargis pour « néphrite chronique avec albuminurie » le 29 septembre 1911. Cet avis est maintenu le 2 décembre 1914 par le conseil de révision du Loiret et le 1er mai 1917. 
Cyprien Depardieu travaille d'abord dans un moulin à Amilly (Loiret), puis devient typographe, à l'Imprimerie Léger de Montargis (Loiret).
Il adhère au parti communiste "il fut candidat aux élections législatives du 11 mai 1924 (…). Un rapport de police le signale comme contradicteur lors d'une réunion publique socialiste d'Orléans le 27 février 1926. (Maîtron).
Cyprien Depardieu (à droite) et son fils Marcel 
(à sa gauche derrière lui)
dans la cour de "La Prolétarienne"
A partir de 1926, il dirige à Chartres (Eure-et-Loire), l'imprimerie-coopérative "La Prolétarienne", 13 rue Daniel Boutet qui imprime le journal régional du Parti communiste, "Le Travailleur".
Il est secrétaire de Rayon à Chartres, et candidat aux Législatives de 1928. "Ses fonctions d'imprimeur-gérant du "Travailleur" lui valurent d'être condamné à une amende pour injure à l'armée, par un tribunal du Loir-et-Cher. La cour d'appel d'Orléans prononça le jugement définitif : 100 F d'amende et 1000 F de dommages et intérêts pour diffamation à un adjudant de la garnison de Blois. Conformément aux consignes du Parti communiste, Depardieu refusa de payer. La saisie devait avoir lieu le 29 juin 1929 mais le produit de la vente risquant d’être presque nul, le directeur de la sûreté générale demanda au ministre des Finances, par lettre du 20 juin, de ne pas mettre à exécution la saisie projetée (Le Maitron). 
La "Prolétarienne" s'installe à Orléans en 1931. Cyprien Depardieu vient alors habiter au 33 rue de l'Empereur. A Orléans, il est l'archiviste du Bureau de la Région communiste. Sa candidature est présentée aux Législatives du 1er mai 1932 et au Conseil général en 1934 à Pithiviers (Loiret). Il figure en 5è position des candidats du "Bloc ouvrier et paysan" lors des élections municipales de mai 1935 à Orléans.
Il dirigea la "Chorale ouvrière" à Orléans” (Le Maitron).

1930
Par delà sa vie de militant au Parti Communiste Français et à la C.G.T., il apprécie le poète- chansonnier engagé, Gaston Couté (1880-1911), natif du Loiret, « monté » à Paris et dont les œuvres restent d’une criante actualité. Devant famille et amis, il récite ses poèmes « le gas qu’a mal tourné », en patois beauceron et en habit traditionnel.
Cyprien Depardieu est arrêté le 23 septembre 41 à 6 h 30 à son domicile à Orléans, par la police française, pour propagande anti-hitlérienne. "Pendant une heure la police fouille le logement et le grenier". N'ayant trouvé aucun document incriminant, les policiers l'appréhendent néanmoins. Sa fille demande "il part sans bagage ? Et sans clef ?". Un policier rétorque "Là où il va , il n'en n'aura pas besoin" (cahier écrit par Renée Depardieu-Venot, mère de Mme Marie-Paule Pivain-Venot, petite fille de Cyprien Depardieu). 
Il existe une autre date concernant l'arrestation de Cyprien Depardieu, qui est celle du 19 octobre 1941. Elle figure dans l'ouvrage "ceux du groupe Chanzy" par André Chène au cours de laquelle 9 autres communistes orléanais sont arrêtés (7 d'entre eux seront déportés  à Auschwitz : Marcel Boubou , Marcel Couillon , Robert Dubois , Henri Ferchaud , Raymond Gaudry , Joseph LhorensAndré Lioret ). 
Nous avons néanmoins choisi de retenir la date communiquée par la fille de Cyprien Depardieu pour ses précisions. 
Il est conduit à la prison rue Eugène Vignat à Orléans. Il est remis aux autorités allemandes, à leur demande, le 3 octobre 1941 en vue de sa déportation comme otage. Lire La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) 
Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (le Frontstalag 122).
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Roger Gaudry mentionne sa présence au sein du convoi dans une lettre qu'il lance depuis le train le 6 juillet 1942.
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Cyprien Depardieu est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « Judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45470".
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Dessin de Franz Reisz
Cyprien Depardieu meurt à Birkenau, le 14 août 1942 d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 221).
Plaque apposée à son domicile
Sa fiche d'état civil établie en France après la Libération porte toujours la mention «décédé le 15 octobre 1942 à Auschwitz (Pologne)». Il
est regrettable que le ministère n'ait pas corrigé cette date, à l'occasion de l'inscription de la mention "mort en déportation" sur son acte de décès (Journal officiel du 25 mars 2008). Ceci était pourtant rendu possible depuis la parution de l'ouvrage publié par les historiens polonais du Musée d'Auschwitz en 1995. Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz.
Une plaque commémorative a été apposée à son domicile. Homologué "déporté politique", il a été homologué comme adjudant au titre de la résistance intérieure française en 1950.
Article du 8 octobre 2017
Sa petite fille, madame Marie-Paule Pivain-Venot, a entamé des démarches auprès de la mairie d'Orléans pour qu'un lieu public de la ville porte le nom de son grand père, afin qu'on n'oublie pas "l'action des résistants traqués pendant l'occupation nazie" (La République du Centre). 
Un article est paru dans ce quotidien le 8 octobre 2017, rapportant quelques éléments de la vie de Cyprien Depardieu et les démarches entreprises par sa petite fille. Selon le quotidien, la demande aurait été prise en compte par l'adjointe au Maire en charge de la "coordination de proximité et de la gestion du domaine public"
Note 1 : Marcel Depardieu est trésorier de la région orléanaise des Jeunesses communistes en mars 1934 et figure sur la liste Bloc ouvrier et paysan aux élections municipales de mai 1935 à Orléans (Loiret). Il est envoyé en Allemagne dans le cadre du "Service du Travail Obligatoire" pendant l'occupation (Le Maitron).

Sources
  • Photographie de la plaque commémorant la mémoire de Cyprien Depardieu par Véronique Bury, in site Internet « Les plaques commémoratives, source de mémoire».
  • "Ceux du groupe Chanzy". André Chène (Librairie Nouvelle, Orléans 1964, brochure éditée par la Fédération du Loiret du Parti communiste.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom. Tome 25. Article Jean Maitron et Claude Pennetier. Mise à jour par Marie Cécile Bouju, avec deux photos de Cyprien Depardieu communiquées par Mme Marie-Paule Pivain-Venot
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  • © Archives en ligne du Cher. Etat civil et Registres matricules militaires.
Biographie rédigée en novembre 2007 (complétée en 2017) par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de "Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 »", éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé).
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