L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


DELAMOTTE Henri

Henri Delamotte  en 1941
avant son arrestation (photocopie)


Henri Delamotte (surnommé Riton) est né le 13 avril 1895 à Paris (XIIème). Il est le fils de Félicienne Delamotte, 32 ans, papetière. Leur mère étant seule, il est élevé, avec son frère, par des religieuses.
Henri Delamotte accomplit son "Tour de France" comme apprenti charpentier, avant de se fixer à Ormes (Loiret).
Il est employé à Bricy (Loiret).
Pendant la Première guerre mondiale, il est affecté au 14ème bataillon de chasseurs à pied le 15 décembre 1914, puis à un bataillon de chasseurs alpins le 17 février 1915.
Blessé le 22 juin 1916 à l'épaule et à la cheville gauche devant Verdun, il est évacué. Il est à nouveau blessé au bras gauche par éclats au combat d'obus au combat de Sommelans. Parti en Italie le 1er novembre 1917 puis rentré en France, il rejoint les armées le 8 avril 1918. Il est évacué blessé le 21 juillet 1918. Placé en formation sanitaire le 24 août 1918.
Henri Delamotte est nommé sergent pour fait d'armes, et reçoit la médaille militaire : "il s'est porté au secours de son sergent entouré d'un groupe d'ennemis en se lançant sur la tranchée allemande" (citation). Il est décoré de la Croix de guerre, avec étoile de bronze.
A sa démobilisation, Henri Delamotte habite Paris passage Courtois (XIIIème).
Le 15 novembre 1919, il épouse à Villeneuve-sur-Yonne Suzanne Montillon, âgée de 17 ans. Le couple aura deux garçons, Georges et Marcel.
De retour à Ormes, Henri Delamotte est secrétaire de la cellule communiste d'Ormes et délégué syndical. En juin 1935, Henri Delamotte est gérant de l'hebdomadaire communiste de l'Orléanais "Le Travailleur".
"Rappelé à l'activité" le 28 août 1939, il rejoint le 51ème régiment régional d'infanterie (4ème compagnie). Il est démobilisé le 28 octobre 1939 en exécution d'un télégramme du 39 EMA du 24 octobre 1939.
Durant l'Occupation, il est membre du Front National dès sa constitution : "Son premier rôle fut le regroupement des personnes manifestant des opinions anti-allemandes, créant ainsi les noyaux de ce mouvement. Il leur distribuait le matériel de propagande, tracts et brochures appelant à la lutte contre l'oppresseur" (certificat de Louis Peron, responsable du Front national du Loiret pendant la clandestinité, le 12 déc. 47).
Il est arrêté le 4 juillet 1941, en même temps que Roger Pinault, André Gaulier et Maurice Graffin (tous les quatre seront déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942).
Témoignage de Jean Lamy
Fiche allemande 7 août 1941
Son camarade Jean Lamy assiste à son arrestation, sur son lieu de travail à Bricy "Un civil français lui annonce qu'il doit se rendre (dans un bureau allemand de district) pour mettre à jour son laissez-passer. Une demi heure après, il est accompagné d'un sous-officier allemand. Il a eu le temps de prévenir son fils Georges qui travaillait non loin de là et qui a pu se rendre chez lui pour détruire des papiers compromettants".
Henri Delamotte est interné à la prison d'Orléans. Il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne, le 16 juillet 1941 (c.f. photo de la fiche du 7 août 1941), en vue de sa déportation comme otage.
Il y reçoit le matricule 1279. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages. Son deuxième fils est arrêté en septembre 1942.
Dans sa lettre lancée du train, Georges Gaudry signale la présence d'Henri Delamotte dans le convoi.
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Henri Delamotte est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Son numéro d’immatriculation à Auschwitz n’est pas connu. Le numéro "45438 ?" figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) et signalé comme incertain, correspond à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Cette reconstitution n’a pu aboutir en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il serait donc hasardeux de maintenir ce numéro en l’absence de nouvelles preuves.
Henri Delamotte meurt le 19 septembre 1942 à l'infirmerie d'Auschwitz d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 218). Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz.
Il est homologué comme sergent dans la Résistance Intérieure française (Notification le 11 octobre 50).

Le titre de « Déporté politique » lui a été attribué le 15 février 1954, puis le titre de "Déporté Résistant" (incertain).
Il a été déclaré "Mort pour la France".
Le Centre de formation professionnelle pour adultes d'Orléans, rue Eugène Vignat, a porté son nom. Lors du déplacement du centre au château de l'Archette, la plaque et le nom ont disparu. Son petit fils a effectué des démarches pour que la plaque et le nom du centre soient restitués.

Sources
  • Mairies d'Ingré et d'Ormes (1991).
  • Communication téléphonique avec son petit-fils, Gérard Delamotte : C'est le questionnaire biographique (contribution à l’histoire de la déportation du convoi du 6 juillet 1942), envoyé aux mairies, associations et familles au début de mes recherches, en 1987), transmis par sa mairie, qui lui a fait connaître la déportation de son grand-père. Il a cherché ses traces, et rempli le questionnaire le 1er septembre 1990.
  • Lettre de Gérard Delamotte (2 juin 1992) qui contient une photo d'avant-guerre, et la carte de déporté gardée par Suzanne Delamotte jusqu'à son décès.
  • Documents rassemblés par Gérard Delamotte (27 octobre 1992) : Etats de service durant la guerre 14/18 ; certificats et notifications (appartenance RIF - Front National)
  • Témoignage d'André Gaullier (15 mai 1975).
  • Attestation de Jean Lamy (2 mai 46) concernant l'arrestation d'Henri Delamotte
  • Internement à Compiègne : Avis daté du 7 août 41.
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom. Tome 24, page 240.
  • "Ceux du groupe Chanzy". André Chène (Librairie Nouvelle, Orléans 1964, brochure éditée par la Fédération du Loiret du Parti communiste.
  • Listes - incomplètes - du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Bureau des archives des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen (dossier individuel).
  • Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Archives de Caen du ministère de la Défense). "Liste communiquée par M. Van de Laar, mission néerlandaise de Recherche à Paris le 29.6.1948", établie à partir des déclarations de décès du camp d'Auschwitz (N°31811 et N°84).
Biographie rédigée en novembre 2007 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé).
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