L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


CHENEL Paul, Charles

André Roy, André Lioret, Paul Chenel




Matricule "45365" à Auschwitz

Paul Chenel est né le 2 septembre 1921 à Varangéville (Meurthe-et-Moselle). Il habite au 12 rue de Vésines à Pannes (le Gué-Perreux près de Montargis, Loiret) au moment de son arrestation. Son père est ouvrier de soudière, sa mère sans profession.
Il est célibataire. D'abord cultivateur, il est ouvrier à l'usine de pneumatiques Hutchinson à Chalette-sur-Loing (Loiret).
"il comprend très vite le système capitaliste et réalise encore mieux avec la guerre. Il n'a jamais accepté l'Occupation allemande et c'est l'un des premiers qui rejoint la JC dès août 1940." Ecrit son camarade André Roy. Il devient secrétaire adjoint à l'organisation : confection, collage et transport de tracts antinazis.
Il diffuse des tracts antinazis, colle des papillons confectionnés.
En février 1941, la police française arrête, sous l'inculpation de reconstitution du parti communiste, 27 habitants de la région de Montargis, dont 13 JC (parmi eux, 9 connaîtront la déportation - dont deux futurs "45.000" - et 4 les camps d'internement).
Paul Chenel est arrêté le 9 février 1941 à son domicile dans la même période que son ami André Roy, André Lioret et Henri Ferchault.
Extrait du jugement 

Ils sont jugés le 31 juillet 1941 par la Cour d'Appel d'Orléans (chambre correctionnelle, avec de nombreux co-inculpés, dont 4 déjà condamnés par défaut). L'audience se tient en appel : "un renouveau d'activité communiste était constaté à Montargis dès le mois d'août 1940 et allait en s'amplifiant au cours des mois suivants, qu'à partir du mois d'octobre de nombreuses réunions avaient lieu, au cours desquelles les modalités de la reconstitution du parti et dess jeunesses communistes étaient arrêtées, que la réorganisation se poursuivait activement suivant les directives du comité central par la création de goupes de quatre à cinq personnes au plus, par un recrutement de nouveaux adhérents et par une large diffusion de tracts ainsi que par l'apposition de papillons" (1). Les condamnations initiales sont aggravées, malgré les circonstances atténuantes reconnues pour 7 des co-accusés, dont André Lioret et Paul Chenel en raison de leur jeunesse. "Attendu que Chenel a accompagné Roy dans ses divers voyages à Orléans, Nogent-sur-Vergisson et Paris, qu'il a assisté à toutes les réunions, qu'il a aidé Roy à l'impression des papillons à l'apposition desquels il a également contribué, que le 31 octobre il a remis un paquet de tracts à Mazoyer (1)".
Paul Chenel est condamné à six mois d'emprisonnement et cent francs d'amende.
Selon le témoignage d'André Roy (qui est condamné à deux ans d'emprisonnement), Paul Chenel ne chercha pas à fuir ses responsabilités devant le tribunal, "au contraire, pour sauver d'autres JC et atténuer à d'autres leurs peines d'emprisonnement, il s'accuse de choses qu'il n'a pas faites"
Paul Chenel passe de la prison de Pannes à Montargis à celle d'Orléans. Il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne. Il y reçoit le matricule 1581, ce qui situe son arrivée avant le 14 décembre 1941 (en effet son nom figure sur la liste de recensement des jeunes communistes du camp de Compiègne aptes à être déportés "à l’Est", en application de l’avis du 14 décembre 1941 du commandant militaire en France, Otto von Stülpnagel (archives du CDJC). Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages.
Dans une lettre jetée sur le ballast le 6 juillet 1942, Henri Gaget demande à sa famille de prévenir les proches de certains de ses camarades qui sont dans le même wagon que lui, dont Paul Chenel : "à son père M. Chenel Charles, 16 route de Blainville à Dombasle-sur-Meurthe (Meurthe-et-Moselle)".
Paul Chenel est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
A son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942, Paul Chenel reçoit le matricule 45365. Il est affecté au Kommando "Jardin", à Raisko, avec René Demerseman, qui a témoigné de sa mort, qu'il situe en février 1943 : "Il a pris froid, forte température, pas de soins évidemmtent. Un jour cela a empiré. Chenel est mort au block 6 de Birkenau, d'une broncho-pneumonie".
La date de son décès portée sur le registre d'état civil est celle du départ du convoi "décédé le 6 juillet 1942". Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz.
Le nom de Paul Chenel a été donné à une rue de Pannes.

Note(1) Copie du jugement en appel en date du 31 juillet 1941.

Sources
  • Certificat de naissance.
  • Questionnaire biographique (contribution à l’histoire de la déportation du convoi du 6 juillet 1942), envoyé aux mairies, associations et familles au début de mes recherches, en 1987, rempli par Andrée Cosson, sœur d'André Roy et compagne de Roger Pélissou (janvier 1988).
  • Lettre témoignage d'André Roy à Roger Pélissou, envoyée par celui-ci à Roger Arnould (4 janvier 1979).
  • Lettre de Roger Arnould à Roger Pélissou, après sa rencontre avec André Roy, alias "coco" (2 mars 1979).
  • "Ceux du groupe Chanzy". André Chène (Librairie Nouvelle, Orléans 1964, brochure éditée par la Fédération du Loiret du Parti communiste.
  • Acte de disparition, daté du 3 juin 1947
  • Jugement déclaratif de décès.
  • Témoignage de René Demerseman (16 mai 1982) recueilli par Roger Arnould.
  • Listes - incomplètes - du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen (dossier individuel).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Lettre jetée du train le 6 juillet 1942 par  . Envoi de Muriel Ugon, sa nièce (2016).
Biographie rédigée en novembre 2007 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé).
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