L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


BOUBOU Marcel, Marie





Matricule "45276" à Auschwitz


Marcel Boubou est né le 22 septembre 1892 à Beaugency (Loiret), huitième enfant d'une famille de 14 enfants, originaire de Vernou, quartier de Beaugency. Il est le fils de Marie, Adelphine Maisonneuve, 32 ans et de Gustave Boubou, 35 ans, maçon, son époux. Ils habitent dans la quartier Vernon de Beaugency. 
Marcel Boubou habite au 83 rue de Vaucouleurs à Orléans (Loiret), au moment de son arrestation.
Il fait des études d'élève instituteur, promotion 1908-1911, à l'Ecole Normale d'Orléans. Il adhère au Parti Socialiste dès sa sortie de l'EN. Devenu instituteur, il enseignera à Beaule, puis à St-Jean-de-Ruelle, à Orléans-les-Aydes, rue de l'université et enfin à l'avenue Dauphine, à Orléans.
"Sa douceur infinie, une sollicitude de tous les instants, mises au service de qualités pédagogiques exceptionnelles, lui valent l'affection de ses élèves, la sympathie et la confiance de tous "(1). Marcel Boubou ne borne pas ses activités à son métier d'instituteur. "Avec la foi d'un apôtre, il œuvre sans cesse et par tous les moyens à l'émancipation de la classe ouvrière et au triomphe de la République. Pour cela il est un ardent syndicaliste, un partisan sincère et un espérantiste convaincu". (1)
Bénévolement, il donne des cours d'espéranto à la Bourse du Travail de la ville, ainsi que des cours gratuits d'espéranto par correspondance à de nombreux membres de l'enseignement. Il sacrifie ses vacances à l'école d'été d'espéranto.
Conscrit de la classe 1912, Marcel Boubou est incorporé le 8 octobre 1913 au 113ème Régiment d'infanterie. Caporal le 1er mars 1914, il est mobilisé le 2 août 1914 au 113ème, puis au 109ème Régiment d'Infanterie. Caporal, puis sergent, puis sergent fourrier, il fait toute la première guerre mondiale (4 ans, 5 mois, 7 jours relève son livret militaire). Comme beaucoup de ses compagnons d'armes, il est à plusieurs reprises enseveli lors du bombardement des tranchées, notamment pendant les combats du Chemin des Dames. Blessé le 1er juillet 1916, il garde une plaie dans le dos, qui ne s'est jamais refermée, et nécessite des soins constants, que lui procurera sa compagne jusqu'à son arrestation.
En 1916 il est hospitalisé à Guingamp, puis à St Brieuc en 1916. De retour au corps, il est évacué en mars 1918 et passe par les hôpitaux de Bussang, Epinal, Bron et Lyon. Il est réformé temporaire en 1919, puis définitif en 1921. Il recevra une pension de 246 F (commission de réforme d'Orléans du 6 juillet 1921).
Il adhère au Parti Communiste dès le Congrès de Tours (décembre 1920).
En 1920, il dirige la tendance minoritaire révolutionnaire. Avec une poignée de camarades, il crée et anime le syndicat de l'enseignement laïc, au sein duquel il s'occupe particulièrement de l'Internationale des Travailleurs de l'Enseignement, qui en fait son secrétaire adjoint à son congrès de Paris (14-15 août 1922). 
Il épouse Germaine Heurteaux à Orléans, le 14 mai 1921.
Il y milite avec Georges Cogniot qui en est le secrétaire général en 1931. Il publie "La situation matérielle et morale de l'instituteur dans le monde", Paris, 1925, 32 p. (publication de l'ITE). En 1935, "Fervent partisan de l'unité ouvrière, il se réjouit de voir les deux CGT faire l'unité"(1). Il adhère à la Fédération des espérantistes prolétariens, à l'Internationale des espérantistes et au mouvement pédagogique Freinet créé en 1937.
Après le 6 février 1934, la prise de conscience du danger fasciste s'affirmant, René Boubou, malgré sa santé précaire, se lance dans le combat antifasciste. "Il passe ses dimanches et souvent ses soirées en conférences, en réunions, dans les bourgs du Loiret pour rassembler les républicains et leur montrer le danger qui menace nos libertés"(1). Il est membre de la Commission de contrôle départementale du mouvement "Paix et Liberté" en 1938.
Pendant l'Occupation, il est membre du même réseau et triangle communiste clandestin avec André Gaullier, cimentier couvreur et Robert Dubois, métallo aux usines Panhard d'Orléans.
Marcel Boubou est arrêté le 18 octobre 1941, à Orléans, par la police française, pour ses activités connues, en même temps que 8 de ses camarades.
Conduit à la prison rue Eugène Vignat à Orléans, "il dit dans la cour de la prison à un de ses compagnons d'infortune : nous allons continuer la lutte dans les camps" (1). 
Cours d'espéranto (troisième colonne)
Il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne. Il est très lié avec Georges Cogniot, Georges Varenne (adhérent comme lui au mouvement Freinet) et Yves Jahan, enseignants eux aussi, et, comme eux, il donne des cours d'espéranto qui passionnent ses camarades internés (lire Le "Comité" du camp des politiques à Compiègne)
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages.
Roger Gaudry mentionne sa présence au sein du convoi dans une lettre qu'il lance depuis le train le 6 juillet 1942.
Le 8 juillet 1942 : l'immatriculation à Auschwitz
Marcel Boubou est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 45276.
Marcel Boubou meurt à Birkenau le 18 septembre 1942, d’après son certificat de décès établi au camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz, Tome 2 page 123). Cette date suit une importante « sélection » des « inaptes au travail » destinés à être éliminés dans les chambres à gaz de Birkenau.
Outre une plaque commémorative à son domicile quai des Augustins à Orléans, son nom a été donné à une rue et à une placette du quartier neuf de la Binoche, inaugurées en 1985.
La mention « Mort en déportation » a été apposée sur les actes et jugements déclaratifs de décès en 2009.
Le plus jeune de ses frères, Henri-René, de douze ans son cadet "libéré des prisonniers de guerre comme ancien marin en décembre 1941 avait repris le combat" de sa femme et de son frère. Arrêté le 21 février 1942, il est fusillé au Mont-Valérien le 21 août 1942.
Musée de Lorris
Le Musée de la Résistance et de la Déportation de Lorris rend hommage à plusieurs déportés communistes du Loiret. Ci-contre le panneau où Marcel Boubou est présenté.

Note(1) - "La section syndicale du Loiret à ses morts, héros et martyrs", brochure éditée par le Syndicat National des Instituteurs (1945)

Sources
  • Photographie de la plaque commémorant la mémoire de Marcel Boubou par Véronique Bury, in site Internet « Les plaques commémoratives, source de mémoire ».
  • Lettre de sa belle-soeur Odette Jarassier (mars 1984).
  • Lettres de sa nièce, Marcelle André, (1984).
  • Témoignage d'André Gaullier (15 mai 1973).
  • Article de La République du Centre (1985).
  • FNDIRP Loiret (1972).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés)..
  • "Ceux du groupe Chanzy". André Chène (Librairie Nouvelle, Orléans 1964, brochure éditée par la Fédération du Loiret du Parti communiste.
  • Bureau des archives des victimes de conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen (dossier individuel).
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom. Tome 20, page 33.
  • Registres matricules militaires du Loiret en ligne.
Biographie rédigée en novembre 2007 et complétée en novembre 2013 et juin 2016 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.comPensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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