L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


SAINT- LARY Raymond



Raymond Saint-Lary après guerre

Matricule 46088 à Auschwitz
Rescapé

Raymond Saint-Lary est né le 13 novembre 1920 à Montrouge (ancien département de la Seine / Hauts-de-Seine). 
Il est le fils d’Alix Dubras et de Jean Saint-Lary, garagiste.
Au moment de son arrestation, il habite chez ses parents au 24 rue Albert Thomas à Fresnes (Seine / Val-de-Marne).
Il travaille comme mécanicien.
Il est adhérent à la Jeunesse communiste. 

Raymond Saint-Lary est arrêté le 6 septembre 1940 pour distribution de tracts communistes. Il est interné à la Santé, puis à la prison du Cherche-Midi. Il est relâxé par les autorités allemandes. 
Son père, Jean Saint-Lary, âgé alors de 53 ans, est arrêté par la police française le 5 octobre 1940, avec treize membres du Conseil municipal de Fresnes déchus en 1940, et deux autres militants communistes de la commune, dans la grande rafle organisée, avec l’accord de l’occupant, par le gouvernement de Pétain à l’encontre des principaux responsables communistes d’avant-guerre de l'ancien département de la Seine. Il est interné à Aincourt.
Lettre au Préfet de police
Raymond Saint-Lary signe le 29 mars 1941, avec sa mère Alix Saint-Lary et ses frères et sœur André, Henri et Huguette, une lettre collective des épouses, mères et enfants d’internés adressée au préfet de police de Paris pour protester contre le refus de visites qui leur est opposé par le directeur du camp, le commissaire Andrey, qui multiple brimades et sanctions à l’égard des communistes.
Le 22 novembre 1941, André Saint-Lary est de nouveau arrêté, et de nouveau relâché.
Raymond Saint-Lary est arrêté à nouveau le 28 avril 1942. Ce jour là une rafle est effectuée par l’occupant dans tout le département de la Seine. Lire dans le blog La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942). Suivant cette politique des otages, les autorités d’occupation ordonnent l’exécution d’otages déjà internés et arrêtent 387 militants, dont la plupart avaient déjà été arrêtés une première fois par la police française pour « activité communiste » depuis l’armistice et libérés à l’expiration de leur peine ou relâchés faute de preuves. Il s’agit de représailles ordonnées à la suite d’une série d’attentats à Paris (le 20 avril un soldat de première classe est abattu au métro Molitor, deux soldats dans un autobus parisien, le 22 avril un militaire est blessé à Malakoff).
Raymond Saint Lary à Auschwitz 8/7/1942
Il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne.
Raymond Saint-Lary est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 46088. 
Ce matricule sera tatoué sur son avant-bras gauche quelques mois plus tard. Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. 
Le 13 juillet : Nous sommes interrogés sur nos professions. Les spécialistes dont ils ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et s'en retournent à Auschwitz I, ils sont approximativement la moitié de ceux qui restaient de notre convoi. Les autres, dont je suis nous restons à Birkenau où nous sommes employés pour le terrassement et pour monter des baraques appelées Block (Pierre Monjault). 
Raymond Saint-Lary est affecté au Kommando Garage, au camp principal, ce qui lui a certainement permis de survivre. 
En application d’une directive datée du 21 juin 1943 accordant aux détenus français des KL la possibilité de correspondre avec leur famille et de recevoir des colis renfermant des vivres, il reçoit le 4 juillet 1943, comme les autres détenus politiques français d’Auschwitz, l’autorisation d’échanger des lettres avec sa famille - rédigées en allemand et soumises à la censure - et de recevoir des colis contenant des aliments.
Entre le 14 août 1943 et le 12 décembre 1943, il est en quarantaine au Block 11 avec la quasi totalité des Français survivants. Lire l'article du blog "les 45000 au block 11.  Le 12 décembre 1943, à la suite de la visite du nouveau commandant du camp, Arthur Liebehenschel, et après quatre mois de ce régime qui leur a permis de retrouver quelques forces, ils sont pour la plupart renvoyés dans leurs Blocks et Kommandos d’origine. Le 12 décembre, les Français quittent le Block 11 et retournent dans leurs anciens Kommandos.
Le 3 août 1944, il fait partie des « 45000 » qui restent à Auschwitz, alors que les trois quarts des « 45000 » survivants sont regroupés au Block 10 pour être transférés vers d’autres camps (ce qu’ils ignorent).
Fin 1944, alors que René Besse, dont le Kommando à l'imprimerie du camp va être supprimé, cherche à intégrer un Kommando qui ne soit pas extérieur au camp, il lui conseille  de demander au kapo d'y être intégré.
Raymond Saint-Lary quitte Auschwitz dans le dernier groupe de 45000, le 21 janvier 1945, pour Mauthausen.
Libéré le 5 mai 1945, il est le seul rescapé des 45000 de Fresnes : il en était aussi le plus jeune. 
A son retour de déportation, Raymond Saint-Lary se marie le 31 décembre 1947 à Créteil (94). 
Il a témoigné pour la FNDIRP et rédigé des certificats sur l'honneur pour témoigner du décès de déportés, comme Albert Beaucousin, Roger Pigalle, Adrien Raynal et Edouard Til.
En 1991, cherchant à savoir ce qu'il était advenu de lui, Georges Dudal l'a retrouvé. 
Il tenait un garage dans le Loiret, à Malesherbe et, à la suite d'un accident, avait dû subi une trépanation. 
Raymond Saint Lary
Raymond Saint-Lary s'est remarié le 27 septembre 1997 à Maisse (Essonne) avec Madame Maria Da Gloria Campos.
Raymond Saint-Lary est mort en avril 2001.

Sources

  • Témoignage de Georges Dudal
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen.
  • « Mille et neuf jours. René Besse, la force d’un résistant déporté ». Témoignages recueillis par Laurent Lavefve. Préface de Marie-Jo Chombart de Lauwe Les Ardents éd. 2009.
  • Archives de la police / BA 2374
  • Photos couleur de Raymond Saint-Lary (envoi de madame Maria Beru, fille de Madame Maria Da Gloria Santos).
Biographie rédigée en 2007, modifiée et installée en 2012 par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.comPensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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