L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


PASINI Giobbé

En 1980 à Jarny, Giobbé Pasini à l'âge de 88 ans :  
cérémonie à l'occasion de ses noces de diamant, 
photographié avec deux de ses camarades "45000", 
Richard Girardi et Germain Pierron .
1980 : il a 88 ans
Matricule "45949" à Auschwitz

Rescapé



Giobbé Pasini est né le 4 octobre 1892 en Italie, à Gussola (province de Crémone). Il habite Jarny, Meurthe-et-Moselle au 54 de l’actuelle rue Gabriel Péri. Il est mineur à la mine de Trieux. Il passe sept ans à l’armée, dans les colonies et durant la Grande guerre.
A sa démobilisation, en 1919, il entre à la mine de Droitaumont, et se dévoue au service des musiciens en qualité de chef de musique. Il se marie avec Jeanne Klock (née le 26 février 1901). Ils ont deux enfants, Henri et Gilbert.
Giobbé Pasini est membre du Parti communiste, et militant syndicaliste CGT.

Pendant l’Occupation, il connaît une première arrestation pour activité communiste en février 1941, avec Antoine Corgiatti et Joseph Zerglia. Il est relâché faute de preuves et devant son mutisme. Avec ses camarades, il s’attache à organiser la Résistance dans les mines et entreprises du Jarnisy.
Le 22 février 1942, il est arrêté une seconde fois à Jarny par la police française et remis aux Allemands, après le sabotage du transformateur d'Auboué, en même temps qu’Antoine Corgiatti, Joseph Zerglia et Richard Girardi. (cliquez sur ce lien pour lire le récit du sabotage du transformateur d’Auboué, dans la nuit du 4 au 5 février 1942). Il est conduit à la prison de Briey où il est emprisonné pendant 8 jours. Puis il est interné au camp d'Ecrouves, près de Toul. On lui propose, pour être libéré de rédiger une déclaration reniant son passé et favorable au régime de Pétain. Il refuse. Il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne en mars 1942.
A Compiègne, avec entre autres Antoine Corgiatti, également mineur et Louis Eudier charpentier de marine qui travaille au soutènement, il fait partie de l’équipe qui creuse le tunnel qui permettra l'évasion le 22 juin 1942 de 19 dirigeants communistes (lire le récit page 101 dans «Triangles rouges à Auschwitz » et page 232 dans « Mille otages pour Auschwitz »). 
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Giobbé Pasini est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45949". 

Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a été pas retrouvée parmi les 522 photos que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.En application d’une directive datée du 21 juin 1943 accordant aux détenus français des KL la possibilité de correspondre avec leur famille et de recevoir des colis renfermant des vivres, il reçoit le 4 juillet 1943, comme les autres détenus politiques français d’Auschwitz, l’autorisation d’échanger des lettres avec sa famille - rédigées en allemand et soumises à la censure - et de recevoir des colis contenant des aliments.
Entre le 14 août 1943 et le 12 décembre 1943, il est en quarantaine au Block 11 avec la quasi totalité des Français survivants. Lire l'article du blog "les 45000 au block 11.  Le 12 décembre, les Français quittent le Block 11 et retournent dans leurs anciens Kommandos.
A Auschwitz, il est responsable au Kommando «jardinage» (Block 14 A). Roger Abada le cite «un homme dévoué et courageux», parmi ceux qu’il appelle «les jardiniers», qui prennent contact avec les déportées du convoi du 24 janvier 1943, les « 31000» à Raisko, terriblement démunies. 
Avec Eugène Garnier et Albert Morel, Giobbé Pasini leur fait passer des vêtements «entassés les uns sur les autres». 
Lire dans le blog, L'aide des "45 000" aux femmes de Birkenau
Giobbé Pasini est transféré à Sachsenhausen le 28 août 1944. Lire dans le blog , "les itinéraires suivis par les survivants".
En Janvier 1945, devant l’avancée des troupes soviétiques les nazis évacuent le camp. Le 21 avril 1945, après une de ces terribles «marches de la mort» auxquelles il réchappe, il est affecté au camp de Schwerin-Stettin (Szczecin) au jardin des SS. Il est libéré à Stettin. Il rentre à Jarny le 22 mai 1945.
Le titre de «Déporté politique» lui a été attribué. «Il n’a jamais sollicité la moindre reconnaissance, humble et philosophe» écrit son fils Gilbert.
Giobbé Pasini est mort à Metz, le 28 décembre 1980.


Sources
  • Récit de Giobbé Pasini à Roger Arnould (le Havre 26 mai 1973), qui note "ses témoignages sont toujours sérieux, posés, et ne relèvent pas de l'affabulation."
  • Lettre de Giobbé Pasini à sa femme depuis Auschwitz
  • Lettre de Gilbert Pasini, un de ses fils (11 août 1988).
  • Lettre de M. Gilbert Schwartz, président départemental de la FNDIRP (1991).
  • Lettre de M. Charles Dallavalle.
  • Enregistrement audio de Roger Abada.
  • « Le Républicain Lorrain » du 2 novembre 1980.
  • "Antifascisme et Parti communiste en Meurthe-et-Moselle " (Jean Claude et Yves Magrinelli) page 345
  • Compte rendu de la cérémonie de 1980 en présence de M. Bezon, maire de Jarny.
Biographie rédigée en juin 1997 par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005), à l’occasion de la conférence donnée le 5 juillet 1997 à Homécourt, initiée par la CGT d’Homécourt et le PCF de la vallée de l’Orne. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. *Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com. Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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