L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


JURION Julien





Julien Jurion est né le 25 avril 1895 à Renwez (Ardennes) où il habite au moment de son arrestation.
Il est le fils d’Odile Martin et d’Emile Jurion, son époux.
Son registre matricule militaire nous apprend qu’il mesure 1m70, a les cheveux châtain clair et les yeux gris.
Conscrit de la classe 1915, Julien Jurion a été jugé « bon pour le service » par la commission de réforme le 11 mars 1919. Il aurait dû être mobilisé par anticipation fin 1914 après la déclaration de guerre, comme tous les jeunes hommes de sa classe. Mais il n’a pu être recensé et mobilisé « pour cas de force majeure ». Renwez est en effet occupée par les Allemands dès août 1914, jusqu’à la fin du conflit.
Il est incorporé au 16ème Régiment d’infanterie où il arrive le 11 mai 1919. Il est démobilisé le 24 août 1919 (ce qui est la date normale de démobilisation de sa classe). Il habite alors Bout de la Ville à Renwez).
Il s’est marié avec Henriette Toussaint. Ils auront cinq enfants (Pierre, Carmen, Odette, Marcelle, Denise). Le registre militaire en dénombre six. 
Il scieur sur bois, puis cafetier (café de l’Univers).
Julien Jurion est secrétaire de la cellule du Parti communiste de Renwez depuis plusieurs années.
Il est rappelé à l'armée le 24 septembre 1938 au moment de l'annexion des Sudètes par Hitler et affecté au 24ème Régiment de travailleurs. Il est renvoyé dans ses foyers le 5 octobre 1938.
Julien Jurion est à nouveau rappelé le 27 aoôu 1939 à laveille de la déclaration de guerre contre l'Allemagne et affecté au 23ème Régiment de travailleurs. Il est dégagé de toute obligation militaire (père de famille des 6 enfants) le 30 octobre 1939.
Il est arrêté le 18 octobre 1941 au matin à son domicile, par la police allemande.
Selon M. René Visse, "son nom figurait sur une liste de la Gestapo, avec l'appartenance politique précisée". En ce mois d’octobre 1941 dans plusieurs départements des « communistes notoires » sont arrêtés afin de constituer des réserves d’otages. Dans les Ardennes, Jules Ruchot, Clément Auburtin, Eugène Visse, Gaston Gillet, Jean De Bloedt, Jules Michel, et Ernest Tréseux (de Sedan, qui sera déporté à Auschwitz dans le même convoi) sont arrêtés le même jour que lui.

Julien Jurion est écroué à la prison de Charleville (Ardennes). Il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent le 21 octobre 1941 au camp de Royallieu à Compiègne. Il y reçoit le matricule 1847. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages.
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Julien Jurion est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.

Son numéro d’immatriculation à Auschwitz n’est pas connu. Le numéro « 45701 ?» figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) et signalé comme incertain correspond à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules, qui n’a pu aboutir en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il est donc hasardeux de maintenir ce numéro en l’absence de nouvelles preuves.
Julien Jurion meurt à Auschwitz le 29 octobre 1942 d’après son certificat de décès établi au
camp pour le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 523). Sa fiche d'état civil établie en France après la Libération porte toujours la mention «décédé le 6 juillet 1942 à Compiègne». Il serait souhaitable que le ministère corrige cette date fut donnée dans les années d'après guerre sur les état civils, afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés. Cette démarche est rendue possible depuis la parution de l'ouvrage "Death Books from Auschwitz" publié par les historiens polonais du Musée d'Auschwitz en 1995. Le JO du 21 octobre 1994 portant apposition de la mention "mort en déportation" sur son acte de décès n'a pas corrigé la date erronée. Lire dans le blog Les dates de décès à Auschwitz.
Le titre de « Déporté politique » lui a été attribué le 18 février 1954.
Il a été déclaré "Mort pour la France".

A la demande de sa veuve, une plaque commémorative est apposée sur son ancien domicile en présence de M. René Wise, dont le père était prisonnier à Compiègne en même temps que lui. La rue a été rebaptisée Rue des Martyrs.

Sources

  • Lettre (10 août 1989) de Madame Denise Legrand en réponse au questionnaire biographique (contribution à l’histoire de la déportation du convoi du 6 juillet 1942), envoyé aux mairies, associations et familles au début de mes recherches, en 1987 : elle y communique de précieux renseignements biographiques et une photo de la plaque commémorative.
  • Photo d’avant guerre : © Renwez Informations, bulletin N°31.
  • Lettre (13 novembre 1989) de M. René Vise, conseiller régional. Son père, interné lui aussi à Compiègne avait bien connu Julien Jurion.
  • Jules Ruchot (lettre à Roger Arnould du 3 février 1972) interné à Compiègne du 22 octobre 1941 au 25 août 1944 a témoigné le 3 février 1972 écrit avoir connu Julien Jurion et Ernest Tréseux arrêtés le même jour que lui et communique leurs numéros matricule à compègne. Julien Ruchot réussit à s'évader du train qui l'emmenait en Allemagne, dans la nuit du 25 au 26 août 1944 à Montdidier (Somme).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
Biographie rédigée en décembre 2007 et modifiée en juin 2011 par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com
Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.
Si, membre de la famille du déporté, vous ne souhaitez pas que cette biographie soit publiée sur Internet, je vous prie de me le faire immédiatement savoir : elle sera aussitôt retirée du blog.

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