L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


JUNG Jacques


Matricule "45699" à Auschwitz 


Rescapé

Jakob (Jacques) Jung est né le 23 juillet 1898 à Brumath (Bas-Rhin). Il habite rue Pierre Sepulcre à Homécourt (Meurthe-et-Moselle) au moment de son arrestation.
Il est le fils de Maria, Josaphina Zissel et de Joseph Jung, journalier. 
Ses parents sont catholiques, comme l'indique le registre impérial. Brumath, comme tout le département du Bas-Rhin a été cédée à l’Empire allemand depuis le traité de Francfort de 1871 ("Alsace-Moselle"). 
19ème Pionierregiment
Jacques Jung va donc être mobilisé dans l’armée allemande (les conscrits allemands sont appelés dès l’âge de 18 ans). Il est intégré au 19ème Pionierregiment (régiment du Génie), en garnison à Straßburg (Strabourg), du 23 avril 1917 au 17 novembre 1918.
Le 6 avril 1920 à Moyeuvre-Grande (Moselle), il se marie avec Marguerite Matzel, née le 2 décembre 1899 dans cette commune. Le couple aura neuf enfants (deux de ses fils feront la campagne d'Alsace en 1944 comme engagés volontaires).
Il est inscrit au fameux « carnet B » (surveillance des suspects sous la IIIème République).
Les Forges et aciéries de la Marine
Il est ferblantier aux Forges et Aciéries de la Marine (aujourd’hui De Wendel-Sidélor) à Homécourt.
Jacques Jung est membre du Parti communiste, délégué du personnel, il fait partie du Conseil du Syndicat CGT des Métaux pour la région d'Homécourt.
Dès l’Occupation allemande, Jacques Jung participe à des actions de résistance (tracts, "activités armées" dont témoigne Charles Dallavalle(1), qui a milité à ses côtés).
Le 24 juin 1941, des gendarmes allemands fouillent sa maison "de 10 heures du soir à 3 heures du matin, allant jusqu'à scier les montants des lits en fer", et l'arrêtent comme "suspect d'activités communistes". Il est détenu à Briey durant 2 mois. Il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent en août 1941 au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122).
Depuis ce camp, Jacques Jung va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Jacques Jung est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Jacques Jung est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45699".
Jacques Jung, Auschwitz, le 8 juillet 1942  
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz (2) a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. 
Il reste à Auschwitz jusqu'à la libération par les troupes soviétiques, le 27 janvier 1945.
Très éprouvé, il est rapatrié en juin 1945 et doit être hospitalisé pendant 2 mois.
Atteint de tuberculose, il subit deux opérations, est déclaré invalide à 100 %, mais retourne pourtant à l’usine, où il retrouve la confiance de ses camarades et est à nouveau délégué CGT.
Photo sans date,
mais bien après son retour des camps
C’est son camarade Charles Dellavalle qui « reprend le flambeau » à l’atelier en 1948, et qui sera remplacé comme délégué du personnel en 1956 par le fils de Charles Jung, Fernand. Jacques Jung parle peu de sa déportation, même à son fils Fernand, "son confident, sa relève". Le titre de « déporté politique » lui a été attribué. 
Jacques Jung meurt le 25 novembre 1967, à Gorze (Moselle). 
Ses camarades déportés ont placé une plaque sur sa tombe, portant simplement : « Déporté à Auschwitz ».
  • Note 1 : Charles Dallavalle, né en 1922, adhéra au Parti communiste en 1941. Soudeur à l’arc, secrétaire du syndicat des métaux de l’usine Homécourt, il siégeait au comité fédéral communiste de Meurthe-et-Moselle en 1953 et 1954. L’année suivante, il entra au bureau fédéral et devint secrétaire de l’Union départementale CGT, fonctions qu’il conserva jusqu’en 1964 » in Le Maitron.
  • Note 2 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, alors vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 
Sources
  • Correspondance avec Fernand Jung, son fils (photos et souvenirs).
  • Récit d'Henri Marti à Roger Arnould (rencontre du Havre, 26 mai 1973).
  • Témoignages de Charles Dallavalle (1972).
  • Etat civil : © Archives départementales en ligne du Bas Rhin. Brumath, acte n°84 E66/30. 
Biographie rédigée en juin 1997 (complétée en 2016 et 2017) par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005), à l’occasion de la conférence donnée le 5 juillet 1997 à Homécourt, initiée par la CGT d’Homécourt et le PCF de la vallée de l’Orne. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com  Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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