L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


JACQUET Charles, Victor



Charles Jacquet est né le 2 décembre 1893 à l’hospice de la Charité à Lyon 2ème (Rhône). Il habite rue de l'Eglise, à Pompey (Meurthe-et-Moselle) au moment de son arrestation.
Il est le fils, de Jeanne, Céline Jacquet, 16 ans, cuisinière, domiciliée rue des Champeaux à Lyon.
Son registre matricule militaire indique qu’il travaille comme garçon de culture (garçon de ferme) et habite Rosières-en-Haye (Meurthe-et-Moselle) au moment du conseil de révision. Il mesure 1m 68.
Conscrit de la classe 1913, Charles Jacquet est classé dans la 5ème partie de la liste de 1913 pour « faiblesse », ce qui signifie qu’il est ajourné d’un an. Le décret de mobilisation générale du 1er août 1914 le mobilise à compter du 5 août : il est incorporé le 9 août au 149ème régiment d’infanterie, cantonné à Epinal (Vosges), où il arrive le 15 août.
Le 25 juin 1915, il est nommé 1ère classe. Lors de la bataille de Verdun, dans le secteur de Vaux, il est cité à l’ordre du régiment (o/j n° 65) le 6 avril 1916 : « Très bon soldat, courageux, méprisant le danger, agent de liaison ayant assuré les communications pendant la période du 1er au 5 avril 1916, sous un violent bombardement ininterrompu. Toujours prêt à marcher dans les circonstances les plus difficiles. Bel exemple pour ses camarades »
Le 26 septembre 1916, Charles Jacquet est à nouveau cité l’ordre du régiment lors de la bataille de la Somme (combats de Soyécourt qui commencent le 4 septembre) : (o/j n° 257) « Agent de liaison, s‘est fait remarquer par son courage et son sang froid au cours de l’attaque du 4 septembre 1916. Est allé chercher sous un feu violent deux soldats blessés et les a ramenés dans nos lignes. Soldat toujours prêt pour les missions dangereuses »,
Pour ces faits d’arme, il reçoit la Croix de guerre, avec deux étoiles de bronze. Le 28 mai 1917, il est nommé caporal. Lors d’une permission, il épouse Elise, Eugénie, Julie Telhiez le 2 mars 1918 à Paris 6ème. Ils ont une fille, Odette et un fils, Gilbert. Elle est domicilié au 4 rue Bourbon-le-Château à Paris 6ème.
Fiche du CICR
Revenu au front,  alors qu’il est caporal à la 3ème compagnie, Charles Jacquet est porté disparu le 29 mai 1918 : il a été fait prisonnier lors de la « très dure bataille défensive de l’Aisne », lors de l’attaque de la cote 140 à Arcy-Sainte-Restitue et Cuiry-Housse (C.f. la fiche du CICR ).
Charles Jacquet est interné dans une annexe du camp de prisonniers de guerre de Langensalza le 1er novembre 1918 dans la province de Saxe, près d'Erfurt.
Le 4 décembre 1918, il est rapatrié sur Paris en vertu des accords du traité de Versailles (article 224 et suivants). Le 5 janvier  1919, il est affecté au 102ème régiment d’infanterie en attente de sa démobilisation qui a lieu le 8 août 1919. Le 12 août le couple habite au 9 rue de la Ferronnerie  à Paris 1er.
En décembre 1921, Charles Jacquet a quitté la région parisienne et est revenu à Rosières-en-Haye (Meurthe-et-Moselle), à 15 km des Forges de pompey.
Charles Jacquet est l'un des organisateurs du Syndicat des Métaux et joue un grand rôle dans les grèves de juin et novembre-décembre 1936 à Pompey. Il est secrétaire du Syndicat des Métaux pour Pompey, de sa création (été 1936) à 1939.
De la tendance unitaire (CGTU), Charles Jacquet est l'un des 6 membres de la délégation de Meurthe-et-Moselle au Congrès de Nantes de 1938 qui condamne majoritairement les décrets-lois Daladier et qui décide d'une grève générale.
Charles Jacquet (et tout le bureau du syndicat des métaux de Pompey) est licencié dans la vague de répression qui suit l'échec de la grève générale des 29 et 30 novembre 1938 (20, 6 % de grévistes dans les Métaux, 8 % dans la métallurgie, 20, 4% dans les mines de fer).
Charles Jacquet travaille alors à la S.N.C.F tout en restant à la tête du syndicat.
En septembre 1939, il se désolidarise publiquement de l'URSS et déclare ne plus avoir rien de commun avec le "PC-SFIO" (Magrinelli op. cité). Il quitte le Parti communiste à la suite du Pacte germano-soviétique (Maitron op. cité).
Le 17 avril 1942, la Feldgendarmerie l'arrête à son domicile, à l'heure de midi, au cours d'une grande rafle dans Pompey et Frouard, à la suite d'une distribution de tracts contre l'occupant la nuit précédente. "quinze ou vingt hommes furent emmenés comme otages. Certains avaient assuré des responsabilités diverses en tant que syndicalistes métallurgistes avant la guerre de 1939 " (témoignage d'Odette-Celotto-Jacquet, sa fille).
Interrogés dans les locaux de la Gestapo rue Albert 1er à Nancy (où une plaque commémorative a été apposée), ils sont conduits à la prison Charles III de Nancy. La plupart sont relâchés, sauf Charles Jacquet et Lucien Pierson de Frouard. Ils sont placés en "cachots secrets". Leurs familles ne les reverront jamais plus.
Au début de juin, Charles Jacquet est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne en vue de sa déportation comme otage. Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».

Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Charles Jacquet est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Son numéro d’immatriculation à Auschwitz n’est pas connu.
Le numéro "45681 ?" figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) et signalé comme incertain correspond à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules, qui n’a pu aboutir en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules.
La reconnaissance du déporté dont la photo est publiée ci-dessus (elle correspond au matricule "45681") par des membres de la famille ou amis, pourrait peut-être apporter confirmation.
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp il est affecté à cette date.
Dessin de Franz Reisz
Charles Jacquet meurt à Auschwitz le 2 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz et destiné à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 492). 
Un arrêté ministériel du 1er juin 1994, paru au Journal Officiel du 16 juillet 1994, porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes et jugements déclaratifs de décès de Charles Jacquet. Mais cet acte porte la mention fictive « décédé en juillet 1942 à Auschwitz (Pologne) ». Si dans les années d'après-guerre, l’état civil français a fixé des dates de décès fictives (le 1er, 15 ou 30, 31 d'un mois estimé) à partir des témoignages de rescapés, afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés, il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte, par un nouvel arrêté, les archives du camp d’Auschwitz emportées par les Soviétiques en 1945, et qui sont accessibles depuis 1995 et consultables sur le site internet du © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau Voir l’article : Les dates de décès des "45000" à Auschwitz.
Le 17 mars 1984, une rue à son nom est inaugurée dans un nouveau quartier de Pompey.

Sources

  • Renseignements donnés par sa fille, Mme Odette-Celotto-Jacquet 25 avril 1989.
  • Mairie de Pompey, avril et mai 1989.
  • "Antifascisme et Parti communiste en Meurthe-et-Moselle " (Jean Claude et Yves Magrinelli) page 119, 122, 128.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BACC), Ministère de la Défense, Caen (1992).
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom. Tome 32, page 120 (article Ét. Kagan).
  • Courriel de son petit fils, Alain Jacquet, en août 2013, qui nous apprend l'existence du deuxième enfant de Charles Jacquet, et qui nous communique les prénoms de ses petits enfants. Les enfants d'Odette : Sylviane et François, et ceux de Gilbert : Michel, Lorraine et Alain.
  • Archives en ligne du Rhone : état civil et registres matricules militaires.
    Historique du 149ème régiment d’infanterie / Epinal. Imprimerie Klein.
    Archives du CICR.
Biographie rédigée en juin 1997 (complétée en 2013 et avril 2016) par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005), à l’occasion de la conférence donnée le 5 juillet 1997 à Homécourt, initiée par la CGT d’Homécourt et le PCF de la vallée de l’Orne.
Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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