L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


HEBRANT Marcel

Marcel Hébrant


Le 8 juillet 1942 à Auschwitz
Matricule "45.657" à Auschwitz


Marcel Hébrant (surnommé « chocolat ») est né le 21 mai 1906 à Villerupt (Meurthe-et-Moselle), où il habite au 13 rue du Commandant Braine à Villerupt-Cantebonne au moment de son arrestation. 
Il est le fils de Victorine Genson, née en 1872 à Russange (Moselle) et de Joseph Hébrant, né en 1865 à Jandrain-Jandrenouille (Belgique), ajusteur, son époux.
Marcel Hébrant a 4 aînés : Nicolas, né en 1891, Léon né en 1894, Edouard, né en 1896 et Juliette née en 1903.
Le 17 décembre 1927 à Villerupt, il épouse Marie Godard, 23 ans, née le 3 novembre 1904, sans profession. Ils ont un garçon, Louis, Marcel, qui naît le 1er mai 1928 à Villerupt (il est décèdé le 6 juin 1987).
Marcel Hebrant est monteur en fer dans une petite entreprise, chez Pérignon à Villerupt. 
En 1931 il est monteur chez Reiser à Villerupt, une autre petite entreprise de constructions métalliques. A son domicile des Champs Vannières de Cantebonne, vivent alors son épouse, son fils Louis et ses parents (recensement de la population).
Syndiqué à la CGT de 1936 à 1939, il est membre du Parti communiste, "responsable de cellule" (source policière).
Fin juin 1940, La Meurthe-et-Moselle est occupée : elle est avec la Meuse et les Vosges dans la zone réservée allant des Ardennes à la Franche-Comté.
La résistance communiste est particulièrement active dans le « Pays-Haut » (in Magrinelli, Op. cité pages 229 à 251). Le Préfet de Meurthe-et-Moselle collabore avec les autorités allemandes, il « ne voit aucun inconvénient à donner à la police allemande tous les renseignements sur les communistes, surtout s’ils sont étrangers » (Serge Bonnet in L’homme de fer p.174).
Marcel Hébrant est membre du «Front national de lutte pour l’indépendance de la France» (1), depuis le 15 mars 1941 (source Mairie de Villerupt).
Le sabotage du transformateur d’Auboué dans la nuit du 4 au 5 février 1942, entraîne une très lourde répression en Meurthe-et-Moselle. Lire dans le blog : Meurthe et Moselle Le sabotage du transformateur électrique d'Auboué (février 1942). Speidel à l’Etat major du MBF annonce qu’il y aura 20 otages fusillés et 50 déportations. 
Les arrestations de militants commencent dès le lendemain dans plusieurs sites industriels de la région : par vagues successives, du 5 au 7 février, puis entre le 20 et le 22, et au début de mars. Elles touchent principalement des mineurs et des ouvriers de la métallurgie. 16 d’entre eux seront fusillés à la Malpierre.
Marcel Hébrant est arrêté le 21 février 1942, par des policiers allemands et français. Amilcare Casagrande et Richard Girardide Villerupt sont arrêtés dans la même période. Marcel Herbrant est interné au camp d’Ecrouves le 6 mars. Il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (le Frontstalag 122) dans la première quinzaine de mars 1942 en vue de sa déportation comme otage.
Depuis le camp de Compiègne, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf l’article du blog : Les wagons de la Déportation
Marcel Hébrant est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
8 juillet 1942, immatriculation et photo
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45657". Sa photo d’immatriculation à Auschwitz (2) a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.  Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Marcel Hébrant meurt à l’infirmerie Auschwitz le 19 septembre 1942 à 15 heures d’après l’acte de décès (25 octobre1946) établi à partir des déclarations de décès du camp d'Auschwitz (N°155). Sur les dates de décès, lire l’article du blog dans « articles historique ».
Hommage de la FNDIRP
Son nom avait été mal orthographié
Le titre de « Déporté politique » lui a été attribué. Il a été déclaré "Mort pour la France". Son nom est honoré sur le monument aux morts de Villerupt. 
  • Note 1 : Création du «Front national de lutte pour l’indépendance de la France», le 15 mai 1941 à l'initiative du Parti communiste clandestin. Nommé par commodité « Front national » pendant la guerre. Aucun rapport avec le parti d’extrême droite crée en 1972.
  • Note 2 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis par Kazimierz Smolen (ancien détenu dans les bureaux du camp d'Auschwitz, puis directeur du Musée d’Auschwitz) à André Montagne, alors vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 
Sources
  • Documents envoyés par M. Alain Casoni, maire et conseiller général de Villerupt (avril 1989) : acte de décès et documents concernant les déportés de Villerupt, fournis par M. Henry Pilarczyk, président de la section FNDIRP de Villerupt, juin 1991.
  • Martyrologie de la déportation à Villerupt, photo et feuilles communiquées par Mme Marie-Louise Bernard, fille de Louis Gangloff
  • Fichier national du Bureau de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen.
  • Bureau des archives de la Division des victimes des conflits contemporains (Archives de Caen du ministère de la Défense). "Liste communiquée par M. Van de Laar, mission néerlandaise de Recherche à Paris le 29.6.1948", établie à partir des déclarations de décès du camp d'Auschwitz ( N°155).
  • Actes de naissance et de mariage de Marcel Hébrant : remerciements à Maïté Farneti Corbanese et René Van Gastel (recherches généalogiques).
  • Recensement de la population de Villerupt, 1926 / 1931 / 1936.

Notice biographique  rédigée en 1997 (modifiée en  2001, 2016 et 2018),  pour la conférence organisée par la CGT et le PCF de la vallée de l’Orne, à Homécourt le 5 juillet 1997 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteure des ouvrages  "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942" Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 



Affiche de la conférence du 5 juillet 1997

salle Pablo Picasso à Homécourt

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