L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


DEVAUX Fernand



Fernand Devaux (à gauche) avec d'André Montagne (pour la Légion d'honneur de celui-ci) et photo agrandie au milieu d'un groupe au Camp de Rouillé (41-42)


Matricule 45472 à Auschwitz

Rescapé

Fernand Devaux est né le 3 janvier 1922 à Guingamp (Côtes d'Armor). Il habite 30 rue Marcel Sembat à Saint-Denis (ancien département de la Seine, aujourd’hui Seine-St-Denis) au moment de son arrestation. Il est tôlier aux Usines automobiles Hotchkiss de Saint-Denis.
Au camp de Rouillé
Il est célibataire. En 1937 il adhère à la Jeunesse communiste, puis au Parti communiste l'année suivante.
Il est syndiqué à la CGT, diffuseur de la Voix Ouvrière dans son entreprise. Après la dissolution des organisations communiste en septembre 1939, il participe à l'activité clandestine du parti en dehors de Saint-Denis. Il est mis en contact avec Rino Scolari, responsable de la jeunesse communiste de la région parisienne.
Fernand Devaux est arrêté le 2 septembre 1940, rue des Ursulines, à St-Denis, lors d'une distribution de tracts. Conduit au commissariat de la ville, il est incarcéré à la Santé le 4 septembre. Il est libéré fin octobre 1940, et reprend rapidement ses activités militantes, cette fois hors de sa ville, en compagnie de Rino Scolari, responsable pour la région parisienne.
Il est arrêté le 9 novembre 1940. Cette arrestation a lieu dans le cadre des rafles organisées à partir du 5 octobre 1940 (avec l’accord de l’occupant) par le gouvernement de Pétain à l’encontre des principaux responsables communistes d’avant-guerre de la Seine et de la Seine-et-Oise (élus, cadres du parti et de la CGT) avec la remise en vigueur du décret du 18 novembre 1939 sur «l’éloignement des suspects et indésirables». Il est interné avec ses camarades, au camp d’Aincourt, en Seine-et-Oise, ouvert spécialement, le 5 octobre 1940 pour y enfermer les militants arrêtés. (Lire dans le blog Le camp d’Aincourt).

Le 6 septembre 1941, il est transféré au camp de Rouillé "pour l'ouverture du camp". Il est remis à leur demande aux autorités allemandes qui le transfèrent au camp de Royallieu à Compiègne, le 22 mai 1942, en vue de sa déportation comme otage. A Compiègne il constitue un "triangle" du Parti communiste clandestin du camp, avec Marcel Boyer (Ivry) et Paul Copin (Vincennes).
Fernand Devaux est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 45472. Dès son arrivée à Auschwitz, il tente de reconstituer un "triangle" avec ses camarades Paul Copin et Marcel Boyer, mais ses camarades meurent très vite, et lui-même se retrouve dans de nombreux Kommandos d’affectation : "Hutta", Tannerie, Entretien, travaux sur les voies ferrées, désinfection, DAW.
Vers le mois d'avril 1943, il se trouve à l'infirmerie avec Lucien Ducastel, Louis Eudier, Adrien Fontaine et Robert Jarry. Leur état physique est tel que le nouveau chef de bloc de l'infirmerie, un communiste allemand les cache pendant la séance de sélection.
Sorti de l'infirmerie par le chef de Block pour lui éviter une nouvelle séance de sélection, Fernand Devaux retrouve Georges Dudal, Louis Faure, Marcel Guilbert. Trois Luxembourgeois feront partie du groupe qui leur viendra en aide.
La quarantaine d'août 1943 au Block 11  Les "45000" au Block 11 - (14 août-12 décembre 1943)  permet à chacun d'eux de se refaire une santé et d'affronter le long parcours qui leur reste à faire, jusqu'à l'année 1945. Lire l'article sur les itinéraires des survivants.
Le 7 septembre 1944, il est transféré à Gross-Rosen (dans un petit groupe de trente «45.000» dont Georges Dudal), puis à Hersbrück le 15 février 1945 (matricule 84476), après quatre jours de voyage en wagons découverts.
Le 24 avril il est transféré à Dachau (matricule 160111).
L'arrivée des troupes américaines ne met pas fin à ses épreuves : afin d'échapper à la quarantaine motivée par une épidémie de typhus, Fernand Devaux s'évade de Dachau avec Georges Dudal dans un camion de l'armée française qui les dépose quelques kilomètres plus loin. Marchant le long d'une voie ferrée, ils arrêtent un train (une locomotive et un wagon ) qui les amène à Augsbourg où ils trouvent un centre de rapatriement.
Partis de Dachau le 13 mai ils arrivent à Paris le 19 mai 1945.
Dès le mois d'août, il reprend son travail à l'usine et ses activités militantes à la CGT et au Parti communiste.
Fernand Devaux devient le beau-frère de son camarade Georges Dudal (ils ont épousé deux sœurs). Il entreprend plus tard des études qui feront de lui un professeur de l'Enseignement technique.
D'abord homologué "Déporté politique" en 1955, le titre de "Déporté résistant" ne lui est reconnu que dans les années 80.
La précision de ses récits en fait un témoin de qualité auprès de la jeunesse (sans se ménager, il répond aux sollicitations des enseignants et des associations et intervient en milieu scolaire).
Avec trois autres « 45000 » (Georges Dudal, Lucien Ducastel, André Montagne) il passe de nombreuses journées pour m'aider à comprendre, évaluer, trier parmi les témoignages recueillis. Chacune de ces séances a été pour eux quatre, une douloureuse épreuve leur faisant revivre l’enfer d’Auschwitz.

Sources
  • Mémoire de maîtrise d’Histoire sur Aincourt d’Emilie Bouin - Juin 2003 - Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines / UFR des Sciences sociales et des Humanités
  • Liste de détenus transférés du camp de Rouillé vers celui de Compiègne en mai 1942. Archives du Centre de documentation juive contemporaine : XLI-42).
  • Bureau des archives des conflits contemporains (BACC), Ministère de la Défense, Caen (dossier individuel).
  • Outre sa participation à l’élaboration de l’histoire du convoi («Mille otages»), il a témoigné dans des publications (« Les barbelés de Vichy », le camp de Rouillé, réserve d'otages... Plaquette éditée par l'Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé), le bulletin municipal de Saint-Denis.
  • Fernand Devaux (le 26 novembre 1991) a rempli le questionnaire biographique (contribution à l’histoire de la déportation du convoi du 6 juillet 1942), envoyé aux mairies, associations et familles au début de mes recherches, en 1987.
Biographie rédigée en janvier 2001 par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé), qui reproduit ma thèse de doctorat (1995). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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