L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


DAUNE Robert, Jules




45427
Rescapé

Robert Daune est né à Brévilly (Ardennes) le 1er août 1910. Il habite Longwy (Meurthe-et-Moselle) au moment de son arrestation.
Il travaille en qualité d'ajusteur à Longwy. C'est un grand amateur de photographie.
Robert Daune est secrétaire du Syndicat CGT de la Sidérurgie pour le Bassin de Longwy, "il joua un grand rôle lors des grèves de 1936 dans le bassin de Longwy" (Maitron).
Militant communiste, il est permanent, de 1936 à 1939, selon le témoignage de Maurice Voutey.
Le 21 octobre 1941, des gendarmes français l'arrêtent : il est interné au camp d'Ecrouves, près de Toul. Il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent le 5 mars 1942 au camp de Royallieu à Compiègne en vue de sa déportation comme otage.
Robert Daune est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Robert Daune est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 45427.
Il est du groupe qui demeure à Birkenau. Il y contracte le typhus au moment de la grande épidémie de l'automne 1942. Robert Dune est alors "sélectionné" pour la chambre à gaz. Georges Marin se souvient : "un groupe de "musulmans" en très mauvais état s'arrête devant le block du Revier. Robert Daune s'affale devant la porte du Revier au moment où elle s'ouvre. Des gars du Revier le relèvent et l'emportent dans le Revier. La porte se referme. Il est soigné au Revier". Georges Marin et André Faudry s'y trouvent, comme coiffeur et infirmier et le soignent comme ils peuvent. Robert Daune est adopté par le Revier et se retape. Il est caché au moment des inspections. Un médecin polonais le sauve, en lui substituant un autre détenu décédé. Georges Marin poursuit "Lorsqu'on vient chercher les Français du Revier pour les emmener au Block 11, le SS doit accepter la présence d'un "mort-vivant".
Plusieurs autres survivants (Gabriel Lejard, Raymond Montégut, Henri Peiffer) ont également témoigné de cette étonnante aventure, qui valut à Robert Daune le surnom de "Mort-vivant".
Le 7 septembre 1944, il est transféré à Gross-Rosen (numéro matricule 40989), puis dans une suite de camps : à Nordhausen le 13 février 1945 (numéro matricule 116284), puis à Dora-Harzungen en avril 1945, et enfin à Bergen-Belsen le 15 avril.
Robert Daune est libéré le 21 avril. Il est rapatrié le 10 juin.
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A son retour, il témoigne du décès de certains de ses compagnons de déportation (attestation ci jointe pour Télesphorte Lalouette).
Profondément traumatisé par sa déportation, révolté, sa réinsertion est très difficile. Sa femme l'a quitté. Il part de Lorraine, et s'installe à Viteaux (Côte d'Or).
Il se remarie avec une côted'orienne, vivant de petits métiers, vendant des produits pharmaceutiques, "à l'écart de toute organisation".
Par hasard, Gabriel Lejard le retrouve en 1946 à une exposition sur Ravensbrück, apprend qu'il vit sans pension, et l'oblige ("une véritable opération commando") avec plusieurs camarades et sa femme à signer les papiers pour faire les démarches nécessaires. C'est ainsi qu'il est reconnu «déporté politique » (26 septembre 1975) et pensionné à 100%.
Maurice Rideau reprend contact avec lui en 1983 par l'intermédiaire de Georges Peiffer. Sa femme est décédée 1984. Gabriel Lejard apprend sa mort à l'hôpital, le 17 août 1986.

Sources
  • Témoignage de Gabriel Lejard (cassette audio enregistrée en 1988).
  • Direction départementale des ACVG: 20 mars 1988.
  • Souvenirs de Maurice Voutey, neveu de Gabriel Lejard.
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom (tome 24, page 99).
Biographie rédigée en juin 1997 par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005), à l’occasion de la conférence donnée le 5 juillet 1997 à Homécourt, initiée par la CGT d’Homécourt et le PCF de la vallée de l’Orne. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
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