L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


DAOUDAL François

François Daoudal au camp de Rouillé



Agrandissement














François Daoudal est né le 16 février 1922 à Guérande (Loire-Atlantique) dans une famille de six enfants. Il habite au 27 rue Paul Bert à Villejuif (Val-de-Marne) au moment de son arrestation. Il est célibataire.
Marcelino Gaton et Carlos Escoda (1) ont raconté son enfance et sa jeunesse à Villejuif : « François Daoudal fréquenta l'école annexe de garçons, rue d'Amont (rue René­ Hamon), avant de pratiquer divers métiers liés au bâtiment. En dernier lieu, il était peintre en bâtiment, employé chez Georges Labarre (…) ancien élu en 1925, sur la liste du Bloc ouvrier et paysan conduite par Xavier Guillemin) dont l'entreprise se situait à l'angle des rues du Moutier (rue Georges-Le Bigot) et Paul-Bert. Dès son départ du patronage, il entra dans les Jeunesses communistes, le cercle de Villejuif comprenant entre autres René Plaud, Eugène Candon (responsable des JC sur l'ensemble de Villejuif), Francis Née, Jean Richard, Hernigout : presque tous allaient connaître la déportation ou tués (être fusillés). Voilà François Daoudal secrétaire du cercle. Lorsque la guerre éclata en 1939, le cercle se dispersa. François accompagna sa mère dans la Nièvre, où séjournaient plus d'une centaine d'enfants évacués des écoles de Villejuif : sa disponibilité et son esprit d'initiative lors de l'exode qui entraîna ces enfants sur les routes de la Nièvre et du Cher (juin-juillet 1939) sont mentionnés dans le rapport que le responsable, Pierre Lavigne, fit parvenir à l'inspecteur d'académie dès son retour à Villejuif.
Dès lors les membres du cercle agi­rent dans la clandestinité, François Daoudal faisant équipe avec Francis Née (qui habitait Vitry, à la limite de Villejuif, mais militait à Villejuif) et Paul Guillaume, dit Paulo (confection et distribution de tracts). Tous les trois furent arrêtés, rue Jean-Baptiste-Baudin, lors d'une distribution de tracts, le 17 septembre 1940, par la police française, et eurent affaire à Gimelli, un brigadier de police du commissa­riat de Gentilly, très connu dès avant la guerre par sa violence à l'égard des militants et des élus communistes de sa circonscription. François Daoudal passa en jugement : à noter que ses deux avocats, Hadje et Picard, furent fusillés par la suite. Sa famille, qui allait pourtant chaque dimanche lui apporter du linge, ne put jamais plus le revoir » 
(1). 

François Daoudal est arrêté à Villejuif par la police française pendant une distribution de tracts communistes dans la nuit du 16 au 17 septembre 1940, en même temps que Francis Née de Vitry. Inculpé d'infraction au décret du 26 novembre 1939, considéré comme "meneur communiste actif", François Daoudal est condamné par la 15ème chambre correctionnelle à 8 mois de prison. François Daoudal est emprisonné à la Santé. A l'expiration normale de sa peine, il est interné sur décision du Préfet, le 19 mars 1941 au camp de «séjour surveillé» d’Aincourt, dans le département de la Seine-et-Oise (aujourd’hui dans le Val d’Oise), près de Mantes, ouvert spécialement, en octobre 1940, pour y enfermer les communistes arrêtés dans la région parisienne par le gouvernement de Vichy.
Georges Dudal, témoignage sur la "DJ" à Aincourt
Georges Dudal (2) a évoqué cette période : «François était mon ami, mon frère de souffrance. Nous étions du même âge et avions suivi le même parcours. Pendant un an nous couchions l’un à côté de l’autre à Aincourt, dans cette DJ, dortoir des jeunes, où nous étions une soixantaine de moins de vingt ans. Nombre de nos camarades sont morts fusillés, déportés. François était un gai luron, toujours souriant. Nous l’avions nommé «le mec à maman» pour le petit texte qu’il nous disait souvent le soir après le couvre feu. Il est parti pour Rouillé, moi pour Voves, et nous nous sommes retrouvés à Compiègne avant notre départ pour Auschwitz» (2)
Sa dernière lettre, le 5 juillet 1942. Copie certifiée conforme à l'original (8 dec 1948).
Transféré à Rouillé, François Daoudal est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne, le 22 mai 1942, en vue de sa déportation comme otage.
Il est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. 

On ignore son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschshwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. Le numéro «45422 ?» inscrit dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. 
Kommando Terrasse
François Daoudal est affecté à Birkenau à l’assèchement des marais. Il meurt le 15 décembre 1942 selon les registres de l’état civil.
Georges Dudal pour qui c’était « vers Noël 42 », parle de cette mort dans la première lettre qu'il écrit à ses parents et camarades le 8 mai 1945 depuis le camp de Dachau libéré : "où est Daoudal, qui est mort fou en criant : Maman, ma pauvre maman".
Bien des années après, il l’a réécrit.
Birkenau, témoignage de Georges Dudal
« Marqués comme des bêtes partant vers l’abattoir, tatoués sur le bras gauche enlevant toute personnalité, nous n’étions plus que des numéros. Sur 600 restés à Birkenau dont faisait partie François Daoudal le 8 juillet 1942, 20 seulement restaient vivants le 17 mars 1943. A Birkenau, nous étions restés ensemble. Il avait terriblement maigri, aux alentours de 35 kilos. Après une crise de folie où il implorait sa pauvre maman, le chef de Block l’a tué à coups de bâton. François était un type formidable, nous le regrettons, mais nous ne sommes plus que trois à l’avoir connu, Fernand Devaux, Mario Ripa et moi Dudal Georges. Jojo 45494 » (2)
François Daoudal est homologué Déporté politique : la demande d'homologation comme Déporté résistant a été refusée par 2 fois (décembre 1956 et février 1960), malgré la nature des tracts et l'attestation du Front National "le Parti communiste n'étant pas retenu, en tant que tel, comme formation résistante" (document au dossier).
Sylvette Le Moal, cousine germaine de François Daoudal écrit (23 mars 2010) à propos d’une de ses sœurs qui lui a transmis de précieux documents "Odette était très proche de François, ils avaient 2 ans d’écart et avaient pour beaucoup participé à l’éducation des plus jeunes pendant que ma tante travaillait. Elle a actuellement 90 ans et est veuve depuis peu. C’est par elle que j’ai eu ces documents. Je lui avais demandé par écrit parce que je n’avais jamais osé en parler de vive voix. Je savais qu’aborder le sujet de la déportation lui faisait toujours venir les larmes aux yeux. Elle a attendu son frère longtemps avant que ses camarades d’infortune l’informent de sa mort. Elle n’a jamais pu regarder un film sur la déportation parce qu’elle le cherche parmi les pauvres figures des morts vivants des camps !" (3).
Le nom de François Daoudal est inscrit sur le monument aux morts dans le Parc Pablo-Neruda devant la de la mairie, juste au dessus de celui de son camarade de déportation, André Darondeau.

Sources
La brochure de septembre 1945
  • (1) Marcelino Gaton et Carlos Escoda, Mémoire pour demain. Graphein, 2000.
  • (2) Témoignages et lettres de Georges Dudal.
  • (3) Courriel et documents scannés, transmis le 23 mars 2010 par la cousine germaine de François Daoudal, Sylvette Le Moal (fille de Sylvestre Daoudal, frère de Louise Le Moal-Daoudal, la mère de François).
  • "Villejuif à ses Martyrs de la barbarie fasciste", brochure éditée par « La vie nouvelle » sous l’égide de la municipalité et de la section communiste (29 septembre 1945).
  • Questionnaire biographique (contribution à l’histoire de la déportation du convoi du 6 juillet 1942), envoyé aux mairies, associations et familles au début de mes recherches, en 1987, rempli le 25 octobre 1987 par une des sœurs de François Daoudal, Mme Denise Hébrard.
  • Témoignages de Fernand Devaux.
  • Mémoire présenté par sa mère (in Patriote Résistant).
  • Liste d'otages de Rouillé XLI42, n°56.
  • Archives municipales de Villejuif.
  • Villejuif à ses martyrs de la barbarie fasciste, brochure éditée en 1949 (transmise à Roger Arnould, 1973).
Eléments biographiques rassemblés depuis janvier 2001 par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé), qui reproduit ma thèse de doctorat (1995).
Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
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