L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


CHARTON Paul



Matricule "45347" à Auschwitz

Paul Charton est né le 6 octobre 1912 à Saint-Amour (Jura). Il habite au 58 rue de Nuits Saint Georges à Dijon (Côte d’Or) au moment de son arrestation.

Il est le fils de Marie-Louise Bourgeois, 27 ans, sans profession et d’Émile Charton, 35 ans, employé à la gare de Dommartin en Saône-et-Loire.
Paul Charton est cheminot au dépôt du Chemin de Fer du PLM de Dijon-Perrigny comme aide-ouvrier.
Il est membre du Parti communiste, « un pur », dit de lui Gabriel Lejard.
Il est syndicaliste. Sportif, il pratiquait l’haltérophilie à la F.s.g.t. dit Gabriel Lejard. 
Adhérent à l’Union sportive des cheminots dijonnais, créée en 1932, il aurait été le président de l’une des 20 sections du club avant guerre. Il crée l’Union Sportive Ouvrière Dijonnaise (USOD) le 14 novembre 1935. C’est un club voué à l’haltérophilie, force athlétique et musculation. Lire dans le blog dans la rubrique "témoignages", le discours de Gabriel Lejard pour l'inauguration de la salle Paul Charton de l'USOD : Gabriel Lejard : la mort de Paul Charton
Le 20 juin 1936, à Dijon, Paul Charton épouse Jeanne Villeret. Le couple aura deux enfants, qui naissent en 1937 et en 1939.  
Après l'Occupation allemande, le 25 juin 1941, le préfet de Côte d'Or envoie un courrier au commissaire divisionnaire de police mobile signalant trois "militants communistes qu'il serait souhaitable de voir internés", parmi lesquels figure "Charton en congé de captivité au titre de la SNCF". La SNCF l'a licencié le 9 octobre 1941 en raison de son « activité antinationale». Il est entré dans la Résistance et a participé au sabotage du poste d'aiguillage de Perrigny n°2, entraînant le déraillement d’un train.
Paul Charton est arrêté le 23 juin (le 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique, sous le nom "d’Aktion Theoderich", les Allemands arrêtent dans la zone occupée et avec l’aide de la police française,», plus de mille communistes. D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy, ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht et qui ce jour là devient un camp de détention des “ennemis actifs du Reich”.
Paul Charton y reçoit le numéro matricule "1497" (ou 1097 s’il s’agit erreur de transcription, compte tenu du numéro "1096" de son camarade Louis Chaussard).
Son épouse a fait une demande d'informations auprès de la Délégation spéciale (dossier De Brinon W 150).
Depuis le camp de Compiègne, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog :Les wagons de la Déportation
Paul Charton est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Paul Charton est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45347" selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.  
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Affecté à Auschwitz-I, il est au kommando de la Sablière et au même Block que son ami Gabriel Lejard et Pierre Longhi, partageant « la même planche de 80 cm de large » dit Gaby Lejard qui a raconté sa mort : 
"Autour du 13 août, à l'appel du soir, c'est la visite des jambes pour tous les détenus et nous savons ce que cela signifie. Il faut relever le pantalon aux genoux. Nous sommes côte à côte. Le major S.S. approche. Paul me chuchote « Je suis fichu ». Effectivement le major l'arrache des rangs et l'envoie monter dans un camion avec les sélectionnés pour la chambre à gaz. Un petit signe de la main et c'est fini. J'ai passé une nuit atroce mon camarade, mon ami était mort. Le lendemain matin je suis affecté à un autre commando, le déchargement des wagons. Je vois arriver une corvée de 2 à 300 détenus. Tout à coup au passage j'entends « Gaby » ! C'était Paul. Quelques phrases hachées seulement. - « Nous n'avons pas été gazés hier soir mais nous le serons à notre retour de corvées. Je vais repasser tout à l'heure ». Je guettais anxieusement. Enfin les voilà. Et voici le dialogue : « Gaby, un Polonais m'a donné un morceau de pain, je te le lance dans le wagon » - « Non mange-le ». - « Pas la peine, dans une heure je serais mort. Adieu ».  Le pain tombe dans le wagon et Paul continue son chemin vers la mort. Il allait mourir lucidement, en martyr.."
Paul Charton meurt à Auschwitz le 13 octobre 1942 d’après les registres du camp (la date officielle de sa disparition retenue par les ACVG est celle du premier septembre 1942).
Une rue à Chenôve porte son nom
Il est homologué au titre des Forces Française de l’Intérieur (FFI) comme appartenant à l’un des mouvements de Résistance dont les services justifient une pension militaire.
Il est homologué "Déporté Résistant".
Une rue de Chenôve porte son nom.

Sources

  • Ecrits et cassette de Gabriel Lejard et interventions lors de meetings.
  • Archives de Dijon : lettre de Mme Degroise, conservateur (sept. 1991).
  • Listes - incomplètes - du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BACC), Ministère de la Défense, Caen.
  • Mémorial Genweb de côte d'Or.
  • Google Street View.
Biographie rédigée en février 1998, complétée en 2017, par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé), qui reproduit ma thèse de doctorat (1995). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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