L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


BURTIN Louis





Matricule 45317 à Auschwitz

Louis Burtin est né le 7 novembre 1900 à Mouacourt. Il habite 23 rue des Champs Fleury à Dombasles-sur-Meurthe (Meurthe-et-Moselle) au moment de son arrestation. 

Louis Burtin exerce le métier de peintre et habite à Dombasles au moment du Conseil de révision. Son registre matricule militaire nous apprend qu’il mesure 1m 62, a les cheveux blonds, les yeux gris, le front large, le nez rectiligne, le visage rond. Il a un niveau d’instruction n° 3 (possède une instruction primaire supérieure). Après la guerre, il travaille à Dombasle comme peintre-vitrier aux établissements Solvay (multinationale de produits chimiques).
En 1937 Burtin était secrétaire du syndicat unitaire des Produits chimiques, ainsi que de la section communiste de Dombasle. Il est délégué au congrès du PCF à Arles, en décembre de cette même année. 
Louis Burtin est l’un des 28 délégués de la Fédération de la Chimie (FNIC) au 25ème Congrès confédéral de la CGT à Nantes, les 14-17 novembre 1938. 
Il est le 3ème en haut en partant de la gauche sur la photo ci-dessous de la délégation, où figurent plusieurs responsables syndicaux fusillés par les nazis : Jean Poulmarch, Jean Carasso, Louis Canton, Henri Messager (document et recherches de Jean-Paul Nicolas, syndicaliste, collaborateur du Maitron, dictionnaire du mouvement ouvrier). Robert Letellier du Calvados sera déporté avec lui à Auschwitz.
Délégation de la FNIC au Congrès de Nantes - 1938

En 1939, il faisait partie du bureau régional du PCF.
Louis Burtin est mobilisé en 1940 : il est arrêté en avril 1940 pour ses opinions politiques et interné trois mois à la prison militaire de Toul. Il est fait prisonnier en juin 1940 et interné au Stalag de Trèves, puis libéré comme affecté spécial à l'usine Solvay pour raisons de santé. Mais Solvay ne le réembauche pas « étant donné ses responsabilités syndicales ». Il part travailler en Moselle, près de la frontière allemande.
Il est arrêté le 21 juin 1941, lors de sa première visite à sa famille à Dombasle, en raison de ses activités syndicales et politiques (le 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique, sous le nom « d’Aktion Theoderich », les Allemands arrêtent dans la zone occupée et avec l’aide de la police française plus de mille communistes. D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy, ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht et qui ce jour là devient un camp de détention des “ennemis actifs du Reich”).
Louis Burtin est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages.
Louis Burtin est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 45317 
selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942.
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz
Louis Burtin meurt à Auschwitz le 14 novembre 1942 d’après la listepar matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau
La ville de Dombasle par décision du conseil Municipal du 17 mai 1946, donne son nom à l’ancienne rue des Ecoles.
La section locale CGT lui éleva une tombe symbolique au cimetière, et y dépose chaque année une gerbe, à la date de la journée de la Déportation. En épitaphe on peut lire : « mort pour avoir défendu la cause ouvrière ».

Une salle de réunion dans les locaux de la Fédération CGT de la Chimie (FNIC) porte son nom au Centre Confédéral de Montreuil (Communication et photo : groupe IHS de la FNIC).
L'épouse de Louis Burtin est arrêtée le 20 octobre 1942, incarcérée à la prison Charles III de Nancy. Libérée en janvier 1943.

Sources

  • Renseignements communiqués par M. Robert Blaise, Maire de Dombasle-sur-Meurthe (8 avril 1991).
  • Renseignements communiqués par André Oswald, président de la section FNDIRP de Dombasle-sur-Meurthe (10 avril 1991).
  • "Antifascisme et Parti communiste en Meurthe-et-Moselle" (Jean Claude et Yves Magrinelli) pages 100, 229, 347, 359.
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BACC), Ministère de la Défense, Caen.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom et Tome 20 page 419.
  • Communication des documents de FNIC par Jean-Paul Nicolas.
Biographie rédigée en juin 1997, complétée en 2014 et 2015 par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé), à l’occasion de la conférence donnée le 5 juillet 1997 à Homécourt, initiée par la CGT d’Homécourt et le PCF de la vallée de l’Orne.
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